‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 64 sur 88 · M« DESBORDES-VALMORE · texte numérisé non relu

M« DESBORDES-VALMORE

Souvent sur des mers où se joue La tempête aux ailes de feu , Je voyais passer sous ma proue Le haut mâtque le vent secoue , Et pour qui la vague est un jeu !

Ses voiles ouvertes et pleines Aspiraient le souille des flots , Et ses vigoureuses antennes Balançaient sur les vertes plaines Ses ponts chargés de matelots.

La lame en vain dans sa carrière Battait en grondant ses sabords ; Il la renvoyait en poussière, Comme un coursier sème en arrière La blanche écume de son mors !

Longue course à l'heureux navire , Disais-je : en trois bonds il a fui !

Ui . A MADAME

La vaste mer est son empire , Son horizon n'a que sourire , £t l'univers est devant luil

Mais , d'une humble voile sur Tonde Si je distinguais la blancheur, Esquif que chaque lame inonde , Seule demeure qu'ait au monde Le foyer flottant du pécheur ;

Lorsqu'au soir sur la vague brune , La suivant du cœur et de l'œil , Je m'attachais à sa fortune , Et priais les vents et la lune De la défendre de l'écueil ;

Sous une voile , dont l'orage En lambeaux déroulait les plis , Je voyais le frêle équipage Disputer son mât qui surns^e Aux coups des vents et du roulis.

Debout , le père de famille Labourait les flots divisés, Le fils manœuvrait, et la fille Recousait avec son aiguille La voile ou les filets usés.

Des enfants accroupis sur l'âtre , Soufflaient la cendre du matin ;

DESBORDBS-VALMORE. Sli

Et déjà 16 flamme bleuâtre Égayait le couple folâtre De Tespoir d'un fragal festin.

Appuyée au mât qui chancelle, Et que sa main tient embrassé , La mère les couvait de Taile Et suspendait à sa mamelle Le plus jeune à son cou bercé.

Ils n'ont, disais^je, dans la vie Que cette tente et ces trésors , Ces trois planches sont leur patrie , El cette terre en vain chérie Les repousse de tous ces bords !

En vain de palais et d'ombrage , Ce golfe immense est couronné.

Ils n'ont , pour tenir au rivage , Que l'anneau rongé par l'orage , De quelque môle abandonné !

Us n'ont pour fortune et pour joie Que les refrains de leurs couplets , L'ombre que la voile déploie , La brise que Dieu leur envoie , Et ce qui tombe des filets I

Cette pauvre barque , 6 Valmore , Est l'image de tOQ destin.

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