A MADAME
La vague , d*aurore en aui'of^'/ Comme elle le ballotté encore Sur un océan incertain !
Tu ne bâtis ton nid d'argile Que sous le toit du passager ; Et comme Toiseau sans asile Tu vas glanant de ville en ville Les miettes du pain étranger.
Ta voix enseigne avec tristesse Des airs de fête à tes petits; Pour qu'attendri de leur faiblesse L'oiseleur les épargne , et laisse Grandir leurs plumes dans les nids !
Mais l'oiseau que ta voix imite , .
T'a prêté sa plainte et ses chants, Et plus le vent du nord agite La branche où ton malheur s'abrite , Plus ton âme a des cris touchants !
Du poète c'est le mystère :
Le luthier qui crée une voix
Jette son instrument à terre ,
Foule aux pieds , brise comme un verre
L'œuvre chantante de ses doigts ;
Puis d'une maiïi que l'art inspire Rajustant ces fragments meurtris,
DESBORDBS-VALMORE. 847
Réveille le son et l'admire , Et trouve une voix à sa lyre , Plus sonore dans ses débris!...
Ainsi le cœur n'a de murmures Que brisé sous les pieds du sort !
L'âme chante dans les tortures ; Et chacune de ses blessures Lui donne un plus sublime aceord !
Sur la lyre où ton front s'appuie Laisse donc résonner tes pleurs !
L'avenir du barde est la vie; Et les pleurs que la gloire essuie Sont le seul baume à ses douleurs 1