‹ Œuvres complètes de M. A. de Lamartine (volume 5)Chapitre 65 sur 88 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

La vague , d*aurore en aui'of^'/ Comme elle le ballotté encore Sur un océan incertain !

Tu ne bâtis ton nid d'argile Que sous le toit du passager ; Et comme Toiseau sans asile Tu vas glanant de ville en ville Les miettes du pain étranger.

Ta voix enseigne avec tristesse Des airs de fête à tes petits; Pour qu'attendri de leur faiblesse L'oiseleur les épargne , et laisse Grandir leurs plumes dans les nids !

Mais l'oiseau que ta voix imite , .

T'a prêté sa plainte et ses chants, Et plus le vent du nord agite La branche où ton malheur s'abrite , Plus ton âme a des cris touchants !

Du poète c'est le mystère :

Le luthier qui crée une voix

Jette son instrument à terre ,

Foule aux pieds , brise comme un verre

L'œuvre chantante de ses doigts ;

Puis d'une maiïi que l'art inspire Rajustant ces fragments meurtris,

DESBORDBS-VALMORE. 847

Réveille le son et l'admire , Et trouve une voix à sa lyre , Plus sonore dans ses débris!...

Ainsi le cœur n'a de murmures Que brisé sous les pieds du sort !

L'âme chante dans les tortures ; Et chacune de ses blessures Lui donne un plus sublime aceord !

Sur la lyre où ton front s'appuie Laisse donc résonner tes pleurs !

L'avenir du barde est la vie; Et les pleurs que la gloire essuie Sont le seul baume à ses douleurs 1

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