‹ Œuvres complètes de M.A. de LamartineChapitre 14 sur 35 · VISITE A LADY ESTHER STANHOPE · texte numérisé non relu

VISITE A LADY ESTHER STANHOPE

Lady Eslher Stanhope, nièce de M. Pitt, après la mort de son oncle, quitta l'Angleterre et parcourut FEurope. Jeune, belle et riche, elle fut accueillie par-

tout avec Tempresseaieai et l'intërèt que son rang, sa fortune, son esprit et sabeauté devaient lui attirer; mais elle se refusa constamment à unir son sort à celui de ses plus dignes admirateurs, et après quelques années passées dans Les principales capitales de r£uit>pe, elle s'embarqua avec une suite nom*breuse pour Coostaptinople. On n'a jamais su le motif de cette expatriation : les uns l'ont attribuée à la mort d'ua jeune général anglais, tué à cette époque en Espagne, et que d'éternels regrets devaient conserver à jamais présent dans le cœur de lady Esther; les autres à un simple goût d'aventures que le caractère entreprenant et courageux de cette jeune personne pouvait faire présumer en elle. Quoi qu'il en soit, elle partit; elle passa quelques années à Constantinople , et s'embarqua enfin pour la Syrie sur un bâtiment anglais qui portait amssi la plus grande partie de ses trésors et des valeurs immenses en bijoux et en présens de toute espèce.

La tempête assailUt le navire dans le golfe de Macri, sur la route de Caramanie, en face de l'ile de Rhodes : il échoua sur un écueil à quelques milles du rivage. Le vaisseau fut en peu d'instans brisé, et les trésors de lady Stanhope furent engloutis dans les flots ; elle-même échappa avec peine à la mort, et fut portée sur un débris du bâtiment , à une petite ile déserte où elle passa vingt-quatre heures sans alimens et sans secours : enfin, des pécheurs de Marmo* riza, qui recherchaient les débris du naufrage, la découvrirent et la conduisirent à Rhodes, où elle

se fit recoiiDattre du consul anglais. Ce déplorable événement n'attiédit pas sa résolution. Elle se rendit à Malte, de là en Angleterre. Elle rassembla les débris de sa fortune ; elle vendit à fonds perdu une partie de ses domaines ; elle chargea un second navire de richesses et de présens pour les contrées qu'elle devait parcourir, et elle mit à la voile. Le voyage fut heureux, et elle débarqua à Latakie, Tancienne Laodicée, sur la côte de Syrie, entre Tripoli et Alexandrette. Elle s'établit dans les environs, apprit l'arabe, s'entoura de toutes les personnes qui pouvaient lui faciliter des rapports avec les différentes populations arabes, druzes, maronites du pays, et se prépara, comme je le faisais alors moi-même, à des voyages de découverte dans les parties les moins accessibles de l'Arabie, de la Mésopotamie et du désert.

Quand elle fut bien familiarisée avec la langue, le costume, les mœurs et les usages des pays, elle organisa une nombreuse caravane, chargea des chameaux de riches présens pour les Arabes, et parcourut toutes les parties de la Syrie. Elle séjourna à Jérusalem, à Damas, à Alep, à Koms, à Balbeck et à Palmyre : ce fut dans cette dernière station que les hombreuses tribus d'Arabes errans, qui lui avaient facilité l'accès de ces ruines, réunis autour de sa tente, au nombre de quarante ou cinquante mille , et charmés de sa beauté, de sa grâce et de sa magnificence, la proclamèrent reine de Palmyre, et lui délivrèrent des firmans par lesquels il était convenu que tout Européen protégé par elle pourrait venir en toute sûreté visiter

le désert et les ruines de Balbeck et de Palmyre, pourvu qu'il s'engageât à payer un tribut de mille piastres. Ce traité existe encore et serait fidèlement exécuté par les Arabes^ si on leur donnait des preuves positives de la protection de lady Stanhope.

 son retour de Palmyre, elle faillit cependant être enlevée par une tribu nombreuse d'autres Arabes , ennemis de ceux de Palmyre. Elle fut avertie à temps par un des siens, et dut son salut et celui de sa caravane à une marche forcée de nuit, et à la vitesse de ses chevaux qui franchirent un espace incroyable dans le désert en vingt-quatre heures. Elle revint à Damas, où elle résida quelques mois sous la protection du pacha turc à qui la Porte l'avait vivement recommandée.

Après une vie errante dans toutes les contrées de l'Orient, lady Esther Stanhope se fixa enfin dans une solitude presque inaccessible, sur une des montagnes du Liban, voisinedeSaïde,rantiqueSidon. Le pacha de Saint-Jean-d' Acre , Abdala-Pacha, qui avait pour elle un grand respect et un dévouement absolu, lui concéda les restes d'un couvent et le village de Dgioun, peuplé par les Druzes. Elle y bâtit plusieurs maisons, entourées d'un mur d'enceinte semblable à nos fortifications du moyen âge : elle y créa artificiellement un jardin charmant à la mode des Turcs; jardin de fleurs et de fruits, berceaux de vignes, kiosques enrichis de sculptures et de peintures arabesques; eaux courantes dans des rigoles de marbre, jets d'eau au milieu des pavés des kiosques ; voûte

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