‹ Œuvres complètes de M.A. de LamartineChapitre 21 sur 35 · A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

A JÉRUSALEM

8 octobre 188i, à 3 heoies après midi.

Monté à cheval avec dix-huit chevaux de suite bu de bagages formant la caravane. — (touché au kan, à trois heures de Bayruth ; même route que celle déjà écrite pour aller chez lady Stanhope. — Le lendemain parti à trois heures du matin; traversé à cinq le fleuve Tamour, l'ancien Tamyris ; lauriersroses en fleurs sur les bords. — Suivi la grève où la lame venait laver de son écume les pieds de nos chevaux, jusqu'à Saîde, l'antique Sidon, belle ombre encore de la ville détruite, dont elle a perdu jusqu'au nom ; — point de traces de sa grandeur passée. Une jetée circulaire, formée de rochers énormes, enceint une darse comblée de sable, et quelques pécheurs avec leurs enfans, les jambes dans l'eau, poussent a

la mer une barque sans mâture et sans voiles, seule image maritime de cette seconde reine des mers. A Saïde f nous descendons au kan français^ immense palais de notre ancien commerce en Syrie, où nos consuls réunissaient tous les nationaux sous le pavillon de la France. Il n'y a plus de commerce, plus de Français; il ne reste à Saïde, dans Timmense kan désert, qu'un ancien et respectable agent de la France, M.Giraudin, qui y vit depuis cinquante ans au milieu de sa famille tout orientale, et qui nous reçoit comme on reçoit un voyageur compatriote, dans le pays où l'hospitalité antique s'est conservée tout entière. — Dîné et dormi quelques heures dans celte excellente famille; — douceur de l'hospitalité reçue ainsi, inattendue et prodiguée; — l'eau pour laver, offerte par' les fils de la maison ; la mère et les femmes des deux fils, debout, s'occupant du service de la table. — A quatre heures, monté à cheval , escorté des fils et des amis de la famille Giraudin. — Courses de dgérid, exécutées par l'un d'eux, monté sur un cheval arabe. — A deux heures de Saïde, adieux et remerciemens. — Marché deux heures encore et couché sous nos tentes, à une fontaine charmante au bord de la mer, nommée el Kantara. — Arbre gigantesque ombrageant toute la caravane. — Jardin délicieux descendant jusqu'aux flots de la mer. Une immense caravane de chameaux est répandue autour de nous dans le même champ. — Nuit sous la tente; hennissement des chevaux, cris des chameaux, fumée des feux, du soir, lueur transparente de la lampe à

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