JÉRUSALEM
J^ ^8 octobre, nous partons à ç|na beu^ ^ matin, du désert de Saint-J/ean-Bapdste. Nous at^dons l'aurore à cheval, dans la cour du couvent, fermée de blutes murailles, pour ne pas cpnimuniquer, dans les ténèbres, avec les Apabes et les Tui^ pestiférés du village et de Bethléem. A cipq heures et demie, nous sommes en marche, nous gravissons une montagne toute semée de roches grises énorm^. et attachées en bloc , les unes les autres, conime si le marteau les avait cassées. — Quelques vignes ram« pantes, aux feuiljes jaunies par l'automne, se tratiji^nt dans de petits champs défrichés dans les intervalles des rochers, et d'énormes tours de pierres, semblables à celles dont parle le Cantique des Cantiques^ s'élèvent dans ces vignes: — des figuiepS| dont Je
EN OR^jËVT. &I9
soipfpet e^ <MJ9 «dépouillé dç feuilles, s;pp(t je^^ ^ur le$ bords d^ ^ yign^ , et laissent toipl)er Içyivs figueç ijipires i^i^r }^ ^che. — A notre droite , le désert de SaÎAt-JeSiD, où re1;ienti]t la voîi:, — f^ox clama^it in 4eseriOf — se crepse, cpmjfne un irurpensie ^him^f enpre pinq ou sh h3i;|tes et poir^ moift^gnes, /et d«ns l'jipt^ry^llie que laissept J^urs spmiojets pierrfsux, l'horû^Q 4iç 1^ V^^v d'JÈgypte , cpuvert d'une brupie noirâtre y s'eptr'ouvre à nos yeux : à notre g9uchey et tQPt pvh de ppus , voici upe ruine de tour ojj de château |iptique\ sur la poiqte d^un mapiejon trèsélçyé, qiii sfi dépo^^ille^ comipe tpiit ce qpi Tentoi^re : on dis^ngne quelqijies autres ruipes, seppblables auf ^c^e;sd'up aq^e4iuc, descendapt de c/e château : sur la pente de I9 mpntagne , quelques ceps croissent à l^^rs pieds , et jettent sur ces arçbes éprpulées quelques voûtes de verdure jaune pt pâle : un ou deux térebinthes croissent isolés daps cçs débris; c'est Jffoifin^ le château et lejtopibe^u (}e$ derniers hommes héroïques de l'histoire sacrée, — Ip? Machabpes. — Nous laissons derrière p(^us ces r^ines étince]antes ()pç rayons les plps hai|t^ du n^alin ; ces rayons ne Spnlt p^s (ffn^u» , cpiprop ep ]£urppe, daps une vague et confuse clarté, dans up raypnneniept éclj^t^nt et pqiversel ; ils s'élancent di| haut des ipop|:^gnes qui ppus c^pb^g^ Jér^i^pm , popiipe des flèchps de feu, 4^ diverses teiqfes , réunies à Içur cen^e , et divergeapt dans le ciel à piesure qu'ils s'ep éloignent : Ips uns sopt d'^n bleu légèrement s^rgenté; les autres d'un blanc mat ; ceux-ci d'un rose tepdre et polissant
sur leurs bords, ceux-là d'une couleur de feu ardenti et chauds comme les rayons d'un incendie, — divisés, et cependant harmonieusement accordés, par des teintes successives et dégradées : ils ressemblent à un brillant arc-en-ciel, dont le cercle se serait brisé dans le firmament, et qui se disséminerait dans les airs : — c'est la troisième fois que ce beau phénomène de l'aurore ou du coucher du soleil se présente à nous sous cet aspect, depuis que nous sommes dans la région montagneuse de la Galilée et de la Judée; c'est l'aurore ou le soir, tels que les peintres antiques les représentent, image qui paraîtrait fausse à qui n'a pas été témoin de la réalité. — À mesure que le jour monte, l'éclat distinct et la couleur azurée ou enflammée de chacune de ces barres lumineuses , diminue et se fond dans la lueur générale de l'atmosphère; et la lune qui était suspendue sur nos têtes, rose encore et couleur de feu, s'efface, prend une teinte nacrée, et s'enfonce dans la profondeur du ciel, comme un disque d'argent , dont la couleur pâlit à mesure qu'il s'enfonce dans une eau profonde. — Après avoir gravi une seconde montagne, plus haule et plus nue encore que la première, l'horizon s'ouvre tout à coup sur la droite, et laisse voir tout l'espace qui s'étend entre les derniers sommets de la Judée où nous sommes, et la haute chaîne des montagnes d'Arabie. Cet espace est inondé déjà de la lumière ondoyante et vaporeuse du matin ; après les collines inférieures qui sont sous nos pieds, roulées et brisées en blocs de roches grises et concassées, l'œil ne
distingue plus rien que cet espace éblouissant et si semblable à une vaste mer , que l'illusion fut pour nous complète , et que nous crûmes discerner ces intervalles d ombre foncée, et de plaques mattes et argentées, que le jour naissant fait briller ou fait assombrir sur une mer calme ; sur les bords de cet océan imaginaire , un peu sur la gauche de notre horizon, et environ à une lieue de nous, le soleil brillait sur une tour carrée, sur un minaret élevé et sur les larges murailles jaunes de quelques édifices qui couronnent le sommet d'une colline basse , et dont la colline même nous dérobait la base: niais à quelques pointes de minarets, à quelques créneaux de murs plus élevés, et à la cime noire et bleue de quelques dômes qui pyramidaient derrière la tour et le grand minaret, on reconnaissait une ville, dont nous ne pouvions découvrir que la partie la plus élevée, et qui descendait le long des flancs de la colline : ce ne pouvait être que Jérusalem; nous nous en croyions plus éloignés encore , et chacun de nous , sans oser rien demander au guide , de peur de voir son illusion détruite, jouissait en silence de ce premier regard jeté à la dérobée sur la ville , et tout m'inspirait le nom de Jérusalem ! C'était elle : elle se détachait en jaune sombre et mat, sur le fond bleu du firmament et sur le fond noir du mont des Oliviers. Nous arrêtâmes nos chevaux pour la contempler dans cette mystérieuse et éblouissante apparition. Chaque pas que nous avions à faire, en descendant dans les vallées profondes et sombres qui
étaient sous nos pieds, allait dé nouveau la dérober à nos yeux : derrière ces naules murailles et ces dôinès abaissés de Jérusalem, une haute et large colline s'^élevait en seconde ligne, plus somoré que celle qui portait et cacnait la ville : cette secondé colline bordait et terùiinàit pour nous l'horizon, ije soleif laissait dans l'ombre son flanc occidental, mais rasant de ses rayons verticaux sa cime, semblable a une large coupole, il paraissait làire nager son sommet transparent dans' là luriiièrê , et Ton hè reconnaissait la limite indécise de la terre et du ciel qu'à quefqueè arbres larges et noirs, plantés sur le sommet le ^lus élevé, et à travers lesquels le soleil faisait plàsser ses rayons ; c'étsHt la faiontàgne deà Oliviers ; c'étaient ces oliviers etix-nbémés, vlèùx tétù'oins ^é iant de jours écrits éui^ la terre et daà's le ciel , àr^osé^ dé hirîùës divines , dé la sueur de sang, et de tant d'autres larmes, et de faut d'autres sueurs, depuis là nuit qui les à rendus âàc^és. Où en distinguait confusétnent quelques autres cfù'f fo^riùàleiït dés IdctièS sombrât sur ses flaiVcâ; pmé les inVirs cfé ïérusàleiû' couraient rhorizon et éàcbaient Te pied de la litô'nta^né Sacrée : plus ptès dé nous, et iïilhi^édiatéméht s6ûè nos yeuit, rien c[ue le désert de pierres, qui sert' ^avenue a la Ville de pierres : — èés pierres énormes et fondues , d'une teinte unifori!n'e de gris dé cendré , s'étendent, sanâ iAterruptîoh , depuis Tehdroit où noua étions jusqu'aux portes de Jéi'usalem'. Les coinnés s^àbaissent et se relèveh^; des vallées étroites éirculént et serjl^ntent entVe leurs raciAes; (^uelqiiés vallons
£N ûklÈNT. k'ï3
mêmes s elendent ça et la , comme pour tromper 1 œa oe rfiomme et tui prometlie là végétation et la vie; maïs iàiii est de pierre , côuiDeSi vallées et plaiiies : ce n'est qu'une seule couche de dix ou douze piec^ a épaisseur de roches fondues, et qui iToirrerit qu'assez d'intervalle entré elles pour laisser ramper tè reptile ^ où pour briser la jambe du chameau qui s y enfonce. Si 1 on se représente d énormes mursulles dé pierres colossales comme celles du Colyseé oii dés grands théâtres romains, s^écroulant d'une seufé pièce , et récouvrant dé leurs pans imm'enses è[ tondus ià ferré qui les porte, on aura une exacte ideé de la couche et dé la nature des roches qui recouvrent partout ces derniers remparts de la ville du désert. Plus on approche, plus les pierres se présent et s'élèvent comme des avalanches étemelles , prêtés a eÊlgloiiiir le passant. Les derniers pas que ton làit àvâiit dé découvrir Jérusalem sont creusés au milieu d une avenue immobile et funèbre de ces rdc^éfs qui s'élèvent dé dix p7eds au-dessus de la te(é au voyageur, et né laissent voir que la partie du ciél qui est àu-déssus d'eux : nous étions dans cette dernière et lugubre avenue, nous y marchions depuis un quart a nèure, quand les rochers, s'écartant tout à coupf a droite et a gauche , nous laissèrent face à fàcé avec les m'iîrs de Jéri/salém , auxquels nous touchioijs sans nous éh douter. tJn espstce vide de quelques cèiîf suiiés dé pas s'étéàdait seul entre la porte de fiefhféém et ifous : cet espace, aride et ondulé comme ces glacis qui entourent de loin les places tbrtes de
TEurope et désolé comme eux, s'ouvrait à droite et s'y creusait en un étroit vallon, qui descendait en pente douce, et à gauche, il portait cinq vieux troncs d'oliviers à demi couchés sous le poids du temps et des soleils; arbres pour ainsi dire pétrifiés , comme les champs stériles d'où ils sont péniblement sortie. La porte de Bethléem , dominée par deux tours couronnées de créneaux gothiques, mais déserte et silencieuse comme ces vieilles portes de châteaux abandonnés, était ouverte devant nous. Nous restâmes quelques minutes immobiles à la contempler; nous brûlions du désir de la franchir, mais la peste était à son plus haut période dUntensité dans Jérusalem : on ne nous avait reçus au couvent de Saint-Jean- Baptiste du désert que sous la promesse la plus foiv melle de ne pas entrer dans la ville. Nous n'entrâmes pas , — et tournant à gauche , nous descendîmes lentement le long des hautes murailles , bâties au revers d'un ravin profond ou d'un fossé où nous apercevions de temps en temps les pierres fondamentales de l'ancienne enceinte d'Hérode. A tous les pas nous rencontrions les cimetières turcs, blanchis de monumens funéraires, surmontés du turban : ces cimetières , dont la peste peuplait chaque nuit les solitudes, étaient çà et là remplis de groupes de femmes turques et arabes qui venaient pleurer leurs maris ou leurs pères. Quelques tentes étaient plantées sur les tombes, et sept ou huit femmes assises ou à genoux , tenant de beaux enfans qu'elles allaitaient, sur leuGs bras, poussaient, par intervalles,
des lamentations cadencées , chants ou prières funèbres, dont la religieuse mélancolie s'alliait merveilleusement à la scène désolée qui était sous nos yeux. Ces femmes n'étaient point voilées ; quelques-unes étaient jeunes et belles ; elles avaient à côté d'elles des corbeilles pleines de fleurs artificielles, et peintes de couleurs éclatantes, qu'ellesplantaient tout autour du tombeau en les arrosant de larmes. Elles se penchaient de temps eu temps vers la terre, fraichement remuée , et chantaient au mort quelques versets de leur complainte, paraissant lui parler tout bas; puis, restant en silence, l'oreille collée au monument, elles avaient l'air d'attendre et d'écouter la réponse. Ces groupes de femmes et d'enfans, assis pour pleurer là tout le jour, étaient le seul signe de vie et d'habitation humaine qui nous apparût pendant notre circuit autour des murailles : du reste, nul bruit, nulle fumée ne s'élevait; et quelques colombes, volant des figuiers au)c créneaux , et des créneaux sur les bords des piscines saintes , étaient le seul mouvement et le seul murmure de cette enceinte muette et vide.
A moitié chemin de la descente qui nous conduisait au Cédron et au pied du mont des Oliviers, nous vîmes une grotte profonde, ouverte, non loin des fossés de la ville , sous un monticule de roche jaunâtre. Je ne voulus pas m'y arrêter; je voulais voir d'abord Jérusalem et rien qu'elle, et elle tout entière, embrassée d'un seul regard avec ses vallées et ses collines, son Josaphat et son Cédi*on, son temple et son sépulcre, ses ruines et son horizon!
iaé VOYAGE
Nous passâmes ensuite devant la porte de Damas, charmant monument dix gôut arSbe^ flaînquée de deux tours ; ouverte pâ*r une large, haute et élégante ogive , èi crénelée de crenèailx arabesques en forme dé turbans dé pierre. Puis n'ous tournâmes à droite contré Tàngïe des mûrs de la ville qUi forment du cÂté ciu nora un cafré régulier, et ayant à notre gâiichéla profondé et obscure valïée de Gethsemani, dont lé torrent à sec du téaf on occupe et remplît le fond, nous suiv ImesJ ûsqu'à iaporte de Sain t-Étienne, un sentier étroit touchant aux murailles, interrompu p^r deux bèlïes piscines, dàiïs l'une desquelles le Christ guéHt lé paralytique. Ce sentier est suspendu sur une lïiargè étroite qui domine le précipice de Gethsémani et la vauéè de iosaphat : à la porte de Saint-Étiehne, il est interrompu dan^ sa airection le long dès terrassés à pic qui portaient le temple de Salomon, et portent aujourd'nùi la mosquée d'Ômar ; et une pénté rapide et large descend tout a coup à gàiicHe , vers ^è pôiit qui traversé le ^dron et Conduit à Gethsémani et au jàrclîn dès Olives. Nous passâmes ce pont , et nous redéscénaimes de cldeval en face d'un cnàrmânt édifîcë d'architecture composite, lÂais d'un caractère sévère et antique, qui est comme enseveli âû plus profond de la vallée de Ciétfisemani ei èii occupé foute la largeur. C'est lé tombeau supposé dé la l^iérge, mère du Cl'irist : il appartient aux Arméniens dont lés couvens étaient lés pliis ravagés par fa peste. I^ous' n'eiitfâmés donc pas dans lé simctuaire même dii (ofhbeàu ; je me coiitentili dé me
EN ORiÉr^T. fâf
mettre a genoux s'ûV la marché de marbre àè la cour quîprécèclécéjoli lèmplè, et d'invoquer ceflè dont tdute nière apprend, de bonne heure, a son enfant le càHé piëùx et fendre ; en mè levant, j'aperçus aèr-' rfèfé idoî un àfp'ént détendue, toucKan^ â'un c6fe a là rive élevée du toi^rèA't du Cédron , et de l'autre,' s'élevànt doucèméht contre lâ basé dit mont âès OTives. Un ^tît rniit de pierres sans ciment énloure ce champ, et huit oliviers espacés de trente à quarante pa^ les uns des autres,* le coi/vrent presque tout eùiiet âë leur omîbVé. Ces oïivïérs sont ad nombre dês plus ^fôs arbres aie cette espèce que j'aie jamais rencontrés : la tràUîtioh' fait remonter léuYs années jusqu'à là daté mémorable dé Tagoniéde l'flommè-Ùiéu qui les choisit pour cacher ses divifieâ angoisses. Leur aspect coAfirmérait au* besoin la tràdifiôn qui féis vénère; leurs immenses racines, comme les accroissefùénf^ séculaires, ont soulevé la terre et lés piei^rés» <|ul lès recourraient, et, s^élevànt dé j^iliisîéurs pfédâ aij-ffèssuii dii niVeaii dû soi, présentent sfu pèlerin cfes sièges iiàturêh , 6ti il peut s'agen6uîlTé^ où s'asseô?!^ pour recueillir les saintes pensées c^i descendent dé leùr^ ciàiês âléhcieùséâ. Un trôiic noueux, cannelé, <^rédsé par fa vièilléss^e , corihifié par des ridél profondes, s'élève eti lai^gè côTonhè siir ces grô'à|)és dé racines et, côm/né accablé et penèhé parle poidÉ déà jouré, s'îAicline à droite ou à ga'ùche et laisse pendre ^es vastes rameaux eritrétàcés , que là fiaché a èénf fois i*etrài)èhé^ pour les rajeunir. Ces ^àmeàiix vieux et lourds, qui s'inclinent sur le troWc, eh portent
d'autres plus jeunes qui s'élèvent un peu vers le ciel, et d'où s'échappent quelques tiges d'une ou deux années, couronnées de quelques touffes de feuilles, et noircies de quelques petites olivesbleuesqui tombent, comme des reliques célestes, sur les pieds du voyageur chrétien. Je m'écartai de la caravane qui était restée autour du tombeau de la Vierge, et je m'assis un moment sur les racines du plus solitaire et du plus vieux de ces oliviers; son ombre me cachait les murs de Jérusalem ; son large tronc me dérobait aux regards des bergers qui paissaient des brebis noires sur le penchant du mont des Olives. Je n'avais sous les yeux que le ravin profond et déchiré du Cédron , et les cimes de quelques autres oliviers qui couvrent en cet endroit toute la largeur de la vallée de Josaphat. Nul bruit ne s'élevait du lit du torrent à sec ; nulle feuille ne frémissait sur l'arbre ; je fermai un moment les yeux, je me reportai en pensée à cette nuit, veille de la rédemption du genre humain , où le messager divin avait bu jusqu'à la lie le calice de l'agonie , avant de recevoir la mort de la main des hommes , pour salaire de son céleste message. ,
Je demandai ma part de ce salut qu'il était venu apporter au monde à un si haut prix ; je me représentai l'océan d'angoisses qui dut inonder le cœur du fils de l'homme quand il contempla d'un seul regard toutes les misères, toutes les ténèbres, toutes les amertumes, toutes les vanités, toutes les iniquités du sort de l'homme ; quand il voulut soulever seul ce fardeau de crimes et de malheurs sous lequel Thu-
manité tout entière passe courbée et gémissante dans cette étroite vallée de larmes ; quand il comprit qu*on ne pouvait apporter même une vérité et une consolation nouvelleà l'homme qu'au prix de sa vie; quand, reculant d'efTroi devant l'ombre de la mort qu'i) sentait déjà sur lui , il dit à son père : a Que ce calice passe loin de moi ! » Et moi, homme misérable, ignorant et faible, je pourrais donc m'écrier aussi au pied de l'arbre de la faiblesse humaine : Seigneur! que tous ces calices d'amertume s'éloignent de moi et soient reversés par vous dans ce calice déjà bu pour nous tous! — Lui, avait la force de le boire jusqu'à la lie, — il vous connaissait, il vous avait vu; il savait pourquoi il allait le boire ; il savait quelle vie immortelle l'attendait au fond de son tombeau de trois jours; — mais moi. Seigneur, que sais-je, si ce n'est la souffrance qui brise mon cœur, et l'espérance qu'il m'a apprise ?
Je me relevai, et j'admirai combien ce lieu avait été divinement prédestiné et choisi pour la scène la plus douloureuse de la passion de l'homme-Dieu. C'était une vallée étroite, encaissée, profonde ; fermée au nord par des hauteurs sombres et nues qui portaient les tombeaux des rois; ombragée à l'ouest par l'ombre des murs sombres et gigantesques d'une ville d'iniquités ; couverte à l'orient par la cime de la montagne des Oliviers, et traversée par un torrent qui roulait ses ondes amères et jaunâtres sur les rochei*s brisés de la vallée de Josaphat. A quelques pas de là, un rocher noir et nu se détache, comme un
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prp^o^toire^ ,4u pied 4^ 1^ njioptagne, et, si|spendu $^^ le Cédrop e\, s\iy la vdllée, pofl^ quelques v^pux to^))eaux des fois pt des pajU'jar^es, taillés ep arcjijtppj.urp gigantesque pt ^jzarrp, .ç^ s'élaqce, cqmfpup le pont ()e I^ ffiort, sur la y^Jléç 4^ I^ineptatiQffs!
^ cettjB époque, 9«ffs 4Qute, })es flanic?, ffi^ijqif rd'hui deipi-nu^, de Ij^ mont^igne fies Oljiviers épu/eR( 9rrpses par Teau d,es piscines et pjir Ifjf flofs enepr^ coulans du Cé()ron. Pps jardins ^ grepadiers, 4'pra9gers et d'oliviers , ppuvr^iept d'une pjnbre plus épaisse Tétroite vallée de Getj^ym^i , qui se crpw^ con[i;pje un ni4 4e doyleur, daps le ^nd ]^ plps rétréci et le i^.us ténébrei);^ 4? cplle de Josaplifi^. L'^pp)nae d'opprpbre, l'homme de 4,9Jilieur, pouvait s'y cacher comme un crimine), en^re les rapines d^ quelques arbres, entre les rpch^ 4u torfent,soqs 1^
triples prpbr^ 4^ ^^ y|ll^ 9 ^^ l^ ^lontjigpp et dp la nuit; il pouvait entendre de là les pas secrets de sa mère e^ fje ^ jdisçiples qu^ passaient spr Je chemin ep chff chapi leur fiIç et leur ip^ltrp ; Jesbrpit^ cpQfi}$, les ^ccl^^ations sjtupides de la yille, qui ^'f^levaieRt au-dessus de sa ^éte pour s^ réjouif d'9voir vj^ncu la vérité çt chassé I9 justice ; e^ le gémiçsepient du Cé4roi^ m}^ r^ulaijt ses ondes spu^ §e$ pipds, et qui l^ientôt j^l]ait voir sa ville renyer^ et s^ sourcf^ brisées par U f uine d'^ine nation cpupjsd^le pi ^vpuglç. I^ Ç}}fis\. popyait-il mieux choisir ]p lipp de ses larmes? pouvait-il arroser die la $upur 4^ sang i|pe terre plus labourée de misères, p)us abreuvée de tristesses, plus inibibée de lamentations?
E5i 9^ipNT. ^l
^e remonj ai à cheval, et, tourniip.t ^ ch?q,ue ins^juj^t la télé poi^r apercevoir quelque c|iq;Ste df plus de lii vallée et de ^a ville, je gravi/s en un quart d'hei^rp la qdontagne des Oliviei^ : chaque pBS que faisa|| m^n cheval sur Iç sentier qui y monte, me découyr^i( )ifï Quartier, un édifice de plus de Jérus^lpm. Vgfftyfi^ au sommet çopronné d une mo/squée |sp fjL]|ne$ qjli cQ,uvre la place oif le Christ s'éleva au cjel 9Prè$ ^ résuri^tiôn ; jç déclinai un peu vers I9 drpitj^ .dp cette mosquée pour arriver auprès de deux colonf^^ br^ées, couchées à ^i^e ^x pied.? dp qil?Jq,u/?? pj.ir viers^ sur un pl^te^u q[u| regarde ^ la foi? Jér|î?alepï, Sion^ les vallées de Saint^aba qpf menpjQ^ p J^ i^r^ Mqrt^; la n^r Morte e)Ie-méi];e ^ril^q); j^e 1^ p|l^i;f les cimes des montagnes et rhprizj^ igïWpR?e ef sillonné de cimes ^ivçrses ^ui ^ fenpinp 9Uf ff}OBT Uf^nes 4' Arable ^ là, je m'^j^s. — Yoipi Iji gcçjjp tfgr vanl moi : —
La montagne des Oliviers , ai| spipa^pt ^ }9q;jplle je suis assis, descend^ en pente brusqup et r^pid^i jusque dans le profoncl pbtme q]i]| Ip sépajre d^ ^fH' salém et oui 3'appelle la vallée de ^osapb.^. Du fofif} d/e cette soipbre et étroite yal)ée dont le» %i)P? QH? sont tf clje^és de pierres noires et ^]afic^^ , piefre^ funèbrçs de la mort ^ dont ils soff t pre^i^e pj|rt9)|} pavés, s'élève une immense etlai^e coUinp dopt rjf|clinaison rapide ressemble à celle d'un haut rempart éboulé; nu) arbre n'y peut planter ses raciifes; nuUç mousse même n'y peut accrocher ses filamens; }^ pente est si raide que la terre et les pjerres y cpoulenf
sans cesse, et elle ne présepte à l'œil qu'une surface de poussière aride et desséchée, semblable à des monceaux de cendres jetées du haut de la ville. Vers le milieu de cette colline ou de ce rempart naturel , de hautes et fortes murailles de pierres larges et non taillées sur leur face extérieure prennent naissance, cachant leurs fondations romaines et hébraïques sous cette cendre même qui recouvre leurs pieds et s'élèvent ici de cinquante, de cent, et, plusloin, de deux à trois cents pieds au-dessus de cette base de terre. — Les murailles sont coupées de trois portes de ville , dont deux sont murées, et dont la seule ouverte devant nous semble aussi vide et aussi déserte que si elle ne donnait entrée que dans une ville inhabitée. Les murs s'élèvent encore au-dessus de ces portes et soutiennent une large et vaste terrasse qui s'étend sur les deux tiers de la longueur de Jérusalem , du coté qui regarde l'orient ; cette terrasse peut avoir à vue d'œil mille pieds de long sur cinq à six cents pieds de large ; elle est d'un niveau à peu près parfait, sauf à son centre où elle se creuse insensiblement, comme, pour rappeler à l'œil la vallée peu profonde qui séparait jadis la colline de Sion de la ville de Jérusalem. Cette magnifique plate-forme, préparée sans doute par la nature, mais évidemment achevée par la main des hommes , était le piédestal sublime sur lequel s'élevait le temple de Salomon : elle porte aujourd'hui deux mosquées turques: Tune , El-Sakara , au centre de la plate-forme , sur l'emplacement même où devait s'étendre le temple;
Tautre, à rextremité sud-est de la terrasse , touchant aux murs de la ville. La mosquée d'Omar , ou El- Sakara , édifice admirable d'architecture arabe , est un bloc de pierre et de marbre d'immenses dimensionsy à huit pans, chaque pan orné de sept arcades terminées eu ogive; au-dessus de ce premier ordre d'architecture, un toit en terrasse d'où part tout un autre ordre d'arcades plus rétrécies , terminées par un dôme gracieux couvert en cuivre, autrefois doré. — Les murs de la mosquée sont revêtus d'émail bleu ; à droite et à gauche s'étendent de larges parois terminées par de légères colonnades moresques , correspondant aux huit portes de la mosquée. Au-delà de ces arches détachées de tout autre édifice , les plates-formes continuent et se terminent, l'une à la partie nord de la ville, l'autre aux murs du côté du midi. De hauts cyprès disséminés comme au hasard, quelques oliviers et des arbustes verts et gracieux , croissant çà et là entre [les mosquées , relèvent leur élégante architecture et la couleur éclatante de leurs murailles, par la forme pyramidale et la sombre verdure qui se découpent sur la façade des temples et des dômes de la ville. Au-delà des deux mosquées et de l'emplacement du temple , Jérusalem tout entière s'étend et jaillit , pour ainsi dire, devant nous, sans que l'œil puisse en perdre un toit ou une pierre, et comme le plan d'une ville en relief que l'artiste étalerait sur une table. Cette ville , non pas comme on nous l'a représentée , amas informe et confus de ruines et de cendres sur lequel sont jetées quelques