‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 11 sur 48 · A PROVIDENCE A L'HOMME · texte numérisé non relu

A PROVIDENCE A L'HOMME

Quoi ! le i\h du néani n maudit l'existence! Quoi ! tu peiix m'acciiser de mes propres bienfaits Tu peux fermer tes yeux à la magnificence Des dons que je t'ai faits!

Tu n'étais pas encor. créature insensée , Déjà de ton bonheur j'enfantais le dessein ; Di\jà , comme son fruit, l'éternelle pensée Te portait dans son sein.

0 i, ton être futur vi\ait dans ma mémoire; .le pi-éparais les temps selon ma volonté. Enfin ce jour [tarut; je dis : Nais pour ma gloire FI ta félicité !

Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente, Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ; ,1'écliauffai de tes sens la sève languissante Des feux de mon regard.

MÉDITATIONS POETIQUES. 13r»

D'un lait myslérieux je remplis la mamelle; Tu t'enivras sans peine à ces sources d'amour, .l'affermis les ressorts, j'arrondis la prunelle Où se peignit le jour.

Ton Ame , quelque temps par les sens éclipsée, Comme les yeux au jour, s'ouvrit à la raison : Tu pensas ; la parole acheva ta pensée, Kt j'y gravai mon nom.

En quel éclatant caractère

Ce grand nom s'offrit à tes yeux !

Tu vis ma bonté sur la terre ,

Tu lus ma grandeur dans les cieux !

L'ordre était mon intelligence ;

La nature , ma providence ;

L'espace , mon immensité !

Et de mon être, ombre altérée,

Le temps te peignit ma durée ,

Et le destin , ma volonté !

Tu madoras dans ma puissance , Tu me bénis dans ton bonheur, Et tu marchas en ma présence Dans la simplicité du cœur; Mais aujoiird'hui que l'infortune A couvert d'une ombre importune Ces vives clartés du réveil , Ta voix m'interroae ol me blànie .

Le nuage couvre ton âme , Et tu ne crois plus au soleil.

« Non, tu n'es plus qu'un grand problème

« Que le sort offre à la raison ;

« Si ce inonde était ton emblème,

« Ce monde serait juste et bon. »

Arrête , orgueilleuse pensée !

A la loi que je t'ai tracée

Tu prétends comparer ma loi?

Connais leur différence auguste :

Tu n'as qu'un jour pour être juste;

J'ai l'éternité devant moi !

Quand les voiles de ma sagesse A tes yeux seront abattus, Ces maux dont gémit ta faiblesse Seront transformés en vertus.

De ces obscurités cessantes Tu verras sortir triomphantes Ma justice et ta liberté; C'est la flamme qui purifie, Le creuset divin où la vie Se change en immortalité !

iMais ton cœur endurci doute et murmure encore :

Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés.

Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore

De l'éternelle aurore

Les célestes clartés !

POÉTIQUES. iT,

AUcnds; ce demi-jour, mêlé d'ur-e omljre obj^ciiie . Suffit pour le guider en ce terrestre lieu : Regarde qui je suis, et marche sans murmure.

Comme fait la nature

Sur la foi de son Dieu.

La terre ne sait pas la loi (jui la féconde ; L'Océan, refoulé sous mon bras tout-puissant. Sait-il comment, au gré du nocturne croissant,

De sa prison profonde

La mer vomit son onde,

Et des bords qu'elle inonde

Recule en mugissant?

Ce soleil éclatant, ombre de la lumière, Sait-il cil le conduit le signe de ma main? S'est-il tracé lui-même un glorieux chemin?

Au bout de sa carrière ,

Quand j'éteins sa hmiière .

Promet- il à la terre

Le soleil de demain?

Cependant tout subsiste et marche en assurance. Ma voix chaque matin réveille l'univers! J'appelle le soleil du fond de ses déserts :

Franchissant la distance ,

Il monte en ma présence ,

Me répond , et s'élance

Sur le frône des airs 1

Et toi, dont mon souftle est la vie , Toi , sur qui mes yeux sont ouverts Peux-tu craindre que je t'oublie, Homme , roi de cet univers? Crois-lu que ma vertu sommeille?

Non , mon regard immense veille Sur tous les mondes à la fois !

La mer qui. fuit à ma parole , Ou la poussière qui s'envole , Suivent et comprennent mes lois.

iMarche au flambeau de l'espérance Jusque dans l'ombre du trépas, Assuré que ma providence Ne tend point de piège à tes pas.

Chaque aurore la justitle, L'univers entier s'y confie , Et l'homme seul en a douté 1 Mais ma vengeance paternelle C.onfondi-a ce doute infidèle Dans l'abîme de ma bonté.

SOLVKNIR.

En vain le jour succède au jour, Ils glissent sans laisser de trace ; Dans mon àme rien ne t'efface , 0 dernier songe de l'amour !

Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi , Comme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées.

Mon front est blanchi par le temps ; Mon sang refroidi coule à peine, Semblable à cette onde qu'enchaîne Le souffle glacé des autans.

Mais la jeune et brillante image, Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir :

Comme l'àme , elle n'a point d'âge.

liO MÉDITATIONS

Non, tu n'as pas quitté mes yeux Et quand mon regard solitaire Cessa de te voir sur la terre , Soudain je te vis dans les cieux.

Là, tu m'apparais telle encore Que tu fus à ce dernier jour, Quand vers ton céleste séjour Tu t'envolas avec l'aurore.

Ta pure et touchante beauté Dans les cieux même t'a suivie ; Tes yeux, où s'éteignait la vie , Rayonnent d'immortalité !

Du zéphyr l'amoureuse haleine Soulève encor tes longs cheveux ; Sur ton sein leurs flots onduleux Retombent en tresses d'ébène.

L'ombre de ce voile incertain Adoucit encor ton image , Comme l'aube qui se dégage Des derniers voiles du matin.

Du soleil la céleste flamme Avec les jours revient et fuit; Mais mon amour n'a pas de nuit , Et lu luis toujours sur mon âme.

POÉTIQl'KS. Ul

C'est lui que j'entends, que je vois : Dans le désert , dans le nuage , L'onde rélléchit (on image :

Le zéphyr m'apporte ta voix.

Tandis que la terre sommeille.

Si j'entends le vent soupirer, Je crois t'entendre murmurer Des mots sacrés à mon oreille.

Si j'admire ces feux épars Qui des nuits parsèment le voile, Je crois te voir dans chaque étoile Qui plaît le plus à mes regards.

Et si le souffle du zéphyre M'enivre du parfum des fleurs , Dans ses plus suaves odeurs C'est ton souffle que je respire.

C'est ta main qui sèche mes pleurs, Ouand je vais, triste et solitaire.

Répandre en spcret ma prière Près des autels consolateurs.

Quand je dors , tu veilles dans l'ombre; ; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi , Doux comme le regard d'une ombre.

Pendant mon sommeil , si ta main De mes jours déliait la trame, Céleste moitié de mon àme, J'irais m'éveiller dans ton sein!

Comme deux rayons de l'aurore , Comme deux soupirs confondus, Nos deux âmes ne forment plus Qu'une âme, et je soupire encore 1

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