‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 17 sur 48 · NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX

Versez du sang ; frappez encore !

Plus vous retranchez ses rameaux , Plus le tronc sacré voit éclore Ses rejetons toujours nouveaux !

Est-ce un dieu qui trompe le crime Toujours d'une auguste victime Le sang est fertile en vengeur !

Toujours, échappé d'Athaiie , Quelque enfant que le fer oublie Grandit à l'ombre du Seigneur!

11 est né l'enfant du miracle !

Héritier du sang d'un martyr, Il est né d'un tardif oracle , Il est né d'un dernier soupir !

16i MÉDITATIONS

Aux accents du bronze qui tonne La France s'éveille et s'étonne Du fruit que la mort a porté !

Jeux du sort! merveilles divines!

Ainsi fleurit sur des ruines Un lis que l'orage a planté.

Il vient , quand les peuples victimes Du sommeil de leurs conducteurs Errent aux penchants des abîmes Comme des troupeaux sans pasteurs!

Entre un passé qui s'évapore , Vers un avenir qu'il ignore, L'homme nage dans un chaos!

Le doute égare sa boussole , Le monde attend une parole , La terre a besoin d'un héros!

Courage! c'est ainsi qu'ils naissent!

C'est ainsi que dans sa bonté

Un dieu les sème ! Ils apparaissent

Sur des jours de stérilité !

Ainsi , dans une sainte attente ,

Quand des pasteurs la troupe errante

Parlait d'un Moïse nouveau ,

De la nuit déchirant le voile,

Une mystérieuse étoile

Les conduisit vers un berceau !

Sacré berceau ! frêle espérance

Qu'une mère tient dans ses bras !

Déjà tu rassures la France ; Les miracles ne trompent pas!

^Confiante dans son délire , A ce berceau déjà ma lyre Ouvre un avenir triomphant, Et comme ces rois de l'Aurore , Un instinct que mon âme ignore Me fait adorer un enfant!

Comme l'orphelin de Pergame , Il verra près de son berceau Un roi , des princes , une femme , Pleurer aussi sur un tombeau !

Bercé sur le sein de sa mère , S'il vient à demander son père , Il verra se baisser les yeux!

Et cette veuve inconsolée , En lui cachant le mausolée, Du doigt lui montrera les cieux!

Jeté sur le déclin des âges,

Il verra l'empire sans fin ,

Sorti de glorieux orages ,

Frémir encor de son déclin.

Mais son glaive aux champs de victoire

Nous rappellera la mémoire

Des destins promis à Clovis ,

Tant que le tronçon d'une épée,

D'un rayon de gloire frappée ,

KiO MÉDITATIONS

Biillerail aux mains de ses fils!

Sourd aux leçons efféminées Dont le siècle aime à les nourrir, Il saura que les destinées Font roi pour régner ou mourir ; Que des vieux héros de sa race Le premier titre fut l'audace , Et le premier trône un pavois; Et qu'en vain l'humanité crie :

Le sang versé pour la patrie Est toujours la pourpre des rois!

Tremblant a la voix de l'iiisloire,

Ce juge vivant des humains,

Français, il saura que la gloire

Tient deux flambeaux entre ses main?:

L'un d'une sanglante lumière

Sillonne l'horrible carrière

Des peuples par le crime heureux;

Semblable aux torches des Furies

Que jadis les fameux impies

Sur leurs pas traînaient après eux !

L'autre du sombre oubli des âges, Tombeau des peuples et des rois.

Ne sauve que les siècles sages El les légitimes exploits :

Ses clartés immenses et pures, Traversant les races futures,

POKïKjLliS. IC.T

Vont s'unir au jour éternel :

Pareil à ces feux pacifiques , 0 Vesta! que des mains pudiques Entretenaient sur ton autel.

11 saura qu'aux jours où nous sommes ,

Pour vieil.ir au trône des rois ,

Il faut montrer aux yeux des hommes

Ses vertus auprès de ses droits ;

Qu'assis à ce degré suprême,

Il faut s'y défendre soi-même ,

Comme les dieux sur leurs autels ;

Rajipeler en tout leur image ,

Et faire adorer le nuage

Qui les sépare des mortels !

Au pied du trône séculaire Où s'assied un autre Nestor, J)e la tempôle populaire Le flot calmé murmure encor !

Ce juste , que le ciel conlomplc , Lui montrera par son exemple Comment, sur les écueils jeté , On élevé sur le- rivage, Avec les débris du naufrage , Un temple à Fimmortalité !

Ainsi s'expliquaient sur ma lyre Les deslins présents à mes yeux ; El tout secondait mon délire .

Et sur la terre et dans les deux 1 Le doux regard de l'Espérance Éclairait le deuil de la France :

Comme après une longue nuit, Sortant d'un berceau de ténèbres , L'aube efface les pas funèbres De l'ombre obscure qui s'enfuit.

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