‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 40 sur 48 · CINQUIÈME NOTE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME NOTE

l>oui(iuoi ilaiis celle iiiorl qu'on appelle la vie. . .

« Mais pour arriver au rang dos dieux , que celui ((ui u'a pas philosophé et qui n'est pas sorti tout à fait pur de cette vie, ne s'en flatte pas; non, cela n'est donné qu'au philosophe. C'est pourquoi, Symmias et Cébès, le véritable philosophe s'abstient de toutes les passions du corps, leur résiste, et ne se laisse pas entraîner par elles; et cela bien qu'il ne craigne ni la perle de sa fortune et la pauvreté, comme les hommes vulgaires et ceux qui aiment l'argent, ni le déshonneur et la mauvaise réputation , comme ceux qui aiment la gloire et les dignités.

Il ne conviendrait pas de faire aulremenl , reiiarlil ("lébès.

Non, sans doute, continua Socrate : aussi ceux ((ui iiriMinenl quelque intérêt à leur âme, et qui ne vivent pas- pour flatter le corps, ne tiennent pas le même chemin que les autres qui ne savent où ils vont ; mais, persuadés qn'il ne faut rien faire qni soit contraire à la philosoi)hie, à l'affranchissement et à la purilication qu'elle opère, ils s'abandonnent à -a conduite, et la suivent partout où elle veut les mener.

Comment, Socrate?

La philosopliie recevant l'âme liée véritablement et pour ainsi dire collée au corps, et forcée de considérer les choses non par elle-même, mais par rintermédiaire des organes

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coinniL' il travers les murs d'un cacliol et dans une obscurité absolue, reeouuaissaut que toute la foret; ilu cachot vient des passions (lui font (jue le prisonnier aide lui-uiènie à serrer sa chaîne; la philosophie, dis-je, recevant rame en cet état, Texhorte doucement et travaille à la délivrer : et pour cela elle lui montre que le témoignage des yeux et du corps est plein d'illusions , comme celui des oreilles, comme celui des autres sens; elle l'engage à se séparer d'eux , autant qu'il est en elle ; elle lui conseille de se recueillir et de se concentrer en elleinènie, de ne croire qu'à elle-même, après avoir examiné au dedans d'elle et avec l'essence même de sa pensée ce que cha([ue chose est en son essence , et de tenir pour faux tout ce (pfelle apprend par un autre qu'elle-même, tout ce qui varie selon la différence des intermédiaires : elle lui ense'gne que ce qu'elle voit ainsi, c'est le sensible et le visible! ce qu'ell3 voit ainsi par elle-même, c'est l'intelligence et l'immatériel Le véritable philosophe sait que telle est la fonction de la philosophie. L'âme donc , persuadée qu'elle ne doit pas s'opposer à sa délivrance, s'abstient, autant ciu'il lui est possible, des voluptés, des désirs, des tristesses, des craintes; réfléchissant qu'après les grandes joies et les grandes craintes, les tristesses et les désirs immodérés, on n'éprouve pas seulement les maux ordinaires, comme d'être malade, ou de perdre sa fortune, mais le plus grand et le dernier de tous les maux, et même sans en avoir le sentiment.

Et quel est donc ce mal , Socrate?

C'est que l'effet nécessaire de l'exlrême jouissance et di; l'extrême affliction est de persuader à l'âme ([ue ce qui la réjouit ou l'afflige est très-réel ou très-véritable, quoiqu'il n'en soit rien. Or, ce qui nous réjouit ou nous afflige , ce sont principalement les choses visibles , n'est-ce pas?

Certainement.

N'esl-ce pas surloul dans la jouissance et la souffrance ([ue ie corps sul)jngue et enchaîne Tànie?

Conimenlcela?

Chaque peine, chaque plaisir a, pour ainsi dire, un clou avec lequel il attache l'àme au corps , la rend semblable , et lui fait croire que rien n'est vrai que ce que le corps lui dit. Or, si elle emprunte au corps ses croyances et partage ses plaisirs , elle est , je pense , forcée de prendre aussi les mêmes mœurs et les mêmes habitudes, tellement qu'il lui est inq)ossible d'arriver jamais pure à l'autre monde; mais, sortant de cette vie toute pleine encore du corps qu'elle quitte, elle retombe bientôt dans un autre corps, et y prend racine, comme une plante dans la terre où elle a été semée , et ainsi elle est privée du commerce de la i)ureté et de la simplicité divine.

Il n'est (|ne trop vrai, Socrate, dit Cébès.

Voilà pounpioi, mon cher Cébès, le véritable philosophe s'exerce à la force et à la tempérance, et nullement pour toutes les raisons que s'imagine le peuple. Est-ce que tu penserais comme lui?

Non pas.

Et tu fais bien. Ces l'aisons grossières n'entreront pas dans l'âme du véritable philosophe; elh; ne pensera pas (jue la philosophie doit venir la délivrer, pour qu'après elle s'abandonne aux jouissances et aux souffrances et se laisse enchaîner de nouve.lu par elles, et que ce soit toujours à recommencer comme la toile de Pénélope. Au contraire , en se rendant indél)endante des passions, en suivant la raison pour guide, en ne se départant jamais de la contemplation de ce qui est vrai, divin , hors du domaine de l'opinion ; en se nourrissant de ces contemplations sublimes, elle acquiert la conviction qu'elle doit vivr(> ainsi tant qu'elle est dans celte vie, et qu'après la

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mort elle ira se réunir à ce fini lui est semblable et conform-.'. à sa nature, et sera délivrée des maux de l'humanité. Avec un tel régime, ô Simmias, ô Cébès, et après l'avoir suivi fidèlement , il n'y a pas de raison pour craindre qu'à la sortie du corps elle s'envole emportée par les vents, se dissipe et cesse d'être.

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