‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 41 sur 48 · SIXIEME NOTE · texte numérisé non relu

SIXIEME NOTE

l.'vii sort (le l'hiver, le jou- sort de la nuit.

Quand Socrate cul ai^î^i i)arU'', Cobùs, prouaul la parole, lui dit : Socrate, tout ce que lu viens de dire me semble trèsvrai. Il n'y a qu'une chose qui paraît incroyable à l'homme : c'est ce que tu as dit de l'àine. Il sendjle ([ue lorsque l'àme a quitté le corps , elle n'est plus ; que , le jour où l'homme expire , elle se dissipe comme une vapeur ou comme une fumée, et s'évanouit sans laisser de traces : car si elle subsistait quelque part recueillie cn-elle-méme et délivrée de tous les maux dont lu as fait le tableau , il y aurait une grande et belle espérance, 6 Socrate, que tout ce que tu as dit se réalise : mais que l'âme survive à la mort de l'homme, qu'elle conserve l'activité et la pensée, voilà ce qui a peut-être besoin d'explication et de preuves.

Tu dis vrai, Cébès, reprit Socrate; mais comment feronsnous? Veux-tu ((ue nous examinions dans celte conversation si cela est vraisemblable, ou si cela ne l'est pas?

Je prendrai un très-grand plaisir, répondit Cébès, à entendre ce que lu penses sur celte matière.

Je ne pense pas au moins, reprit Socrate, que si qnehpi'un nous entendait, fût -ce un faiseur de comédies, il pût me re|ii'(K'lier qM(\j(' baciinc, et que Je parle de choses (|ni ue me

NOTES. 2'r.l

l'tîgardenl pas ' . Si donc lu le veux , oxaniinons enseinlilc icltc question. Et d'abord voyons .si les âmes des nioils sont dans les enfers, ou si elles n'y sont pas. C'est une opinion bien ancienne = que les ànies, en quittant ce monde, vont dans les enfers , et que de là elles reviennent dans ce monde , et retournent à la vie après avoir passé jiar la mort. S'il en est ainsi, et que les hommes , après la mort , reviennent à la vie , il s'ensuit nécessairement que les âmes sont dans les enfers pendant cet intervalle; car elles ne reviendraient pas au monde, si elles n'étaient plus : et c'en sera une preuve suffisante si nous voyons clairement cpie les vivants ne naissent que des morts; car si cela n'est point il faut clierclier d'autres preuves.

Fort bien , dit Cébès.

Mais, reprit Socrate, pour s'assurer de cette vérité, il ne faut pas se contenter de l'examiner par rajjport aux hommes, il faut aussi l'examiner par rapport aux animaux , aux plantes et à tout ce (pii naît ; car on verra par là que toutes les choses naissent de la même manière, c'est-à-dire de leurs contraires, lorsqu'elles en ont, comme le beau a pour contraire le laid, le juste a pour contraire l'injuste, et ainsi mille autres choses. Voyons donc si c'est une nécessité absolue que les choses qui ont leur contraire ne naissent que de ce contraire; comme, par exemple, s'il faut de toute nécessité, quand une chose devient plus grande, qu'elle fût auparavant plus petite, pour acquérir ensuite cette grandeur.

Sans doute.

Et quand elle devient plus petite, s'il faut qu'elle filt plus grande auparavant, pour diminuer ensuite.

t. Allusion à un reproche d'Eupolis, poète comique. (Olïmp., nd Phœdon ; Proclcs , ad Parmenhlem, lib. I, p. 30, edil. Varisieus.,

2. Dogme pythagoricien, et même orphique. ; Olïmp , ad Phœdon. Voyez Orpli. Frag. HERM\^.^, p. îilO.)

2'.ll NOTES.

Évidemment.

Tout de même, le plus fort vient du plus faible, le plus vite du plus lent.

C'est une vérité sensible.

Eh quoi! reprit Socrate, quand une chose devient plus mauvaise, n'est-ce pas de ce qu'elle était meilleure? et quand elle devient plus juste, n'est-ce pas de ce ([u'elle était moins juste?

Sans difficulté , Socrate.

Ainsi donc, Cébès, que toutes les choses viennent de leurs contraires, voilà ce qui est suffisamment prouvé.

Très-suffisamment , Socrate.

Mais entre ces deux contraires, n'y a-t-il pas toujours un certain milieu, une double opération qui mène de celui-ci à celui-là , et ensuite de celui-là à celui-ci? Le passage du plus grand au plus petit, ou du plus petit au plus grand, ne suppose-t-il pas nécessairement une opération intermédiaire, savoir, augmenter et diminuer?

Oui, dit Cébès.

N'en est-il pas de même de ce qu'on appelle se mêler et se séparer, s'échauffer et se refroidir, et de toutes les auti'cs choses? Et ([uoiciu'il arrive quelquefois que nous n'ayons pas de termes pour exprimer toutes ces nuances, ne voyons-nous pas réellement que c'est toujours une nécessité absolue que les choses naissent les unes des autres , et qu'elles passent de l'une à l'autre, par une opération intermédiaire?

Cela est indubitable.

Eh bien! reprit Socrate, la vie n'a-t-elle pas aussi son contraire, comme la veille a pour contraire le sommeil?

Sans doute, dit Cébès.

Et quel est ce contraire?

C'est la mort.

Ces deux choses ne naissent-elles donc pas l'une de l'autre , puisqu'elles sont contraires? et i)uisqu'il y a deux contraires,

NOTKS. 2'.>5

n'y a-t-il pas une doul)le opéralioa iril.TiuiMliaii'L' ((ui les fait passer de Tun à l'autre?

Comment non?

Pour moi , repartit Socrate , je vais vous dire la combinaison des deux contraires, le sommeil et la veille, et la double opération cjui les convertit l'un dans l'autre; et toi, tu m'expliqueras l'autre combinaison. Je dis donc, quant au sommeil et à la veille, que du sommeil naît la veille, et de la veille le sommeil; et que ce qui mène de la veille au sommeil, c'est l'assoupissement, et du sommeil à la veille, c'est le réveil. Cela n'est-il pas assez clair?

Très-clair.

Dis-nous donc de ton côté la combinaison de la vie et de la mort. Ne dis-tu pas que la mort est le contraire de la vie?

Oui.

Et qu'elles naissent l'une de i'aulrc?

Sans doute.

Qui naît donc de la vie?

La mort.

Et qui naît de la mort ?

Il faut nécessairement avouer que c'est la vie.

C'est donc de ce qui est mort que naît tout ce qui vit, choses et hommes?

Il paraît certain.

Et par conséquent, reprit Socrate, après la mort nos âmes vont habiter les enfers.

Il le semble.

Maintenant des deux opérations qui font passer de l'état de vie à l'état de mort, et réciproquement, l'une n'est-cUe pas manifeste? car mourir tombe sous les sens, n'est-ce pas?

Sans difficulté.

Mais quoi! pour faire le parallèle, n'existe-l-il pas une opération contraire, ou la nature est-elle boiteuse de ce côté-là ?

Ne faut-il pas nécessairement que mourir ait son contraire ?

Nécessairement.

Et quel est-il ?

Revivre.

Revivre, dit Socrate, est donc , s'il a lieu, l'opération qui ramène de l'état de mort à l'état de vie. Nous convenons donc que la vie ne naît pas moins de la mort que la mort de la vie ; preuve satisfaisante que l'àme , après la mort , existe quelque part , d'où elle revient à la vie.

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