‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 47 sur 48 · ONZIEME NOTE · texte numérisé non relu

ONZIEME NOTE

Ci'jicndant dans son sein son lialeine oppressée. ..

Il s'assit sur son lit, et n'eut pas le temps de nous dire grand'chose : car le serviteur des Onze entra presque en même temps, et s'approcliant de lui : Socrate, dit-il , j'espère que je n'aurai pas à te faire le même reproche qu'aux autres : dès que je viens les avertir, par l'ordre des magistrats , qu'il fout boire le poison , ils s'emportent contre moi et me maudissent; mais pour toi , depuis que tu es ici , je l'ai toujours trouvé le plus courageux , le plus doux et le meilleur de ceux qui sont jamais venus dans cette prison ; et en ce moment je suis bien assuré que tu n'es pas fâcbé contre moi , mais contre ceux qui sont la cause de ton malheur, et que tu connais bien. Maintenant, tu sais ce que je viens t'annoncer; adieu , tâche de supporter avec résignation ce qui est inévitable. En même temps il se détourna en fondant en larmes, et se retira. Socrate, le regardant, lui dit : Et toi aussi , reyois mes adieux ; je ferai ce que tu dis. Et se tournant vers nous : Voyez, nous dit -il, quelle honnêteté dans cet homme! tout le temps que j'ai été ici, il m'est venu voir souvent, et s'est entretenu avec moi : c'était le meilleur des hommes, et maintenant comme il me pleure de bon cœur! Mais allons, Criton, obéissons-lui de bonne grûce, et qu'on m'apporte le poison, s'il est broyé; sinon, qu'il le broie lui-même.

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