‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 7 sur 48 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

Le soir ramène le silence.

Assis sur ces rochers déserts , Je suis dans le vague des airs Le char de la nuit qui s'avance.

Vénus se lève à rhorizon ; A mes pieds l'étoile amoureuse De sa lueur mystérieuse Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre J'entends frissonner les rameaux :

On dirait autour des tombeaux Qu'on entend voltiger une ombre.

Tout à coup, détaché des cieux, Un rayon de l'astre nocturne, Glissant sur mon front taciturne.

Vient mollement toucher mes veux.

Doux reflet d'un globe de flamme, Charmant rayon, que me veux-tu?

Viens-tu dans mon sein abattu Porter la lumière à mon âme?

Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère , Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler?

Une secrète intelligence T'adresse-t-elle aux malheureux?

Viens-tu la nuit briller sur eux Comme un rayon de l'espérance?, y

Viens-tu dévoiler l'avenir Au cœur fatigué qui l'implore?

Rayon divin, es-tu l'aurore Du jour qui ne doit pas finir?

Mon cœur à ta clarté s'enflamme , Je sens des transports inconnus, Je son^e à ceux qui ne sont plus:

Douce lumière, es-tu leuràme?

Peut-être ces mânes heureux Glissent ainsi sur le bocage.

Enveloppé de leur image, Je crois me sentir plus près d'eux 1

Ah 1 si c'est vous, ombres chéries!

Loin de la foule et loin du bruit , Revenez ainsi chaque nuit Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l'amour Au sein de mon âme épuisée , Comme la nocturne rosée Qui tombe après les feux du jour.

Venez!... Mais des vapeurs funèbres Montent des bords de l'horizon :

Elles voilent le doux rayon , Et tout rentre dans les ténèbres.

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