‹ uvres completes de M. de LamartineChapitre 8 sur 48 · L'IMMORTALITE · texte numérisé non relu

L'IMMORTALITE

Le soleil de nos jours pâlit des sou aurore, Sur nos fronts languissants à peine il jette encore Quelques rayons tremblants qui combattent la nuit : L'ombre croit , le jour meurt . tout sefface et tout fuit. Qu'un autre à cet aspect frissonnne et s'attendrisse . Qu'il recule en tremblant des bords du précipice , Qu'il ne puisse de loin entendre sans frémir Le triste chant des moris tout prêt à retentir. Les soupirs étouffés d'une amante ou d'un frère , Suspendus sur les bords de son lit funéraire , Ou l'airain gémissant , dont les sons éperdus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plusl Je te salue, ô mort 1 Libérateur céleste, Tu ne m'apparais fioint sous cet aspect funeste Que t'a prèle longtemps l'épouvante ou l'erreur ; Ton bras n'est point armé d'un glaive destructeur, Ton front n'est point cruel , ton œil n'est point perfide ; Au secours des douleurs un Dieu clément te guide ; Tu n'anéantis pas, tu délivres : ta main,

Céleste niessager, porte un ilambeau divin;

Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière,

Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière :

Et l'espoir près de toi , rêvant sur un tombeau ,

Appuyé sur la foi , m'ouvre un monde plus beau.

Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles.

Viens, ouvre ma prison, viens, prête-moi tes ailes.

Que tardes-tu? Parais; que je m'élance enfin

Vers cet être inconnu, mon principe et ma fin.

Qui m'en a détaché? Qui suis-je, et que dois-je être?

Je meurs, et ne sais pas ce que c'est que de naître.

Toi, qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu,

Avant de m'animer, quel ciel habitais-tu?

Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe fragile?

Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile?

Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports

Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps?

Quel jour séparera l'âme de la matière?

Pour quel nouveau palais quitteras-tu la terre?

As-tu tout oublié? Par-delà le tombeau ,

Vas-tu renaître encor dans un oubli nouveau?

Vas-tu recommencer une semblable vie?

On dans le sein de Dieu , ta source et ta pali ie .

Affranchi pour jamais de tes liens mortels,

Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels?

Oui , tel esl mon espoir, à moitié de ma vie !

lyest par lui que déjà mon âme raffermie

A pu voir sans effroi sur les traits enchanteurs

Se faner du printemps les brillantes couleurs :

C'est par lui (]ue. y)ercé du trait qui me déchire.

l'OÉTIQLES. lit

Jeune eiicuie . en mourant vous me \eiiez suurire. Et que des pleurs de joie, à nos derniers adieux, A ton dernier regard, brilleront dans mes yeux. Vain espoir! s'écrira le tioupcau d Épicure . Kt celui dont la main disséquant la nature. Dans un coin du cer\ eau noii\ellement décrit . Voit penser la matière et végéter l'esprit. Insensé 1 diront-ils, (pie trop d'orgueil abuse, Regarde autour de toi : tout commence et tout s'use. Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir : Dans ces prés jaunissants tu vois la fleur languir; Tu vois dans ces forêts le cèdre au front superbe Sous le poids de ses ans tomber, ramper sous l'herbe ; Dans leurs lits desséchés tu vois les mers tarir ; F.es cieux même, les cieux commencent à pâlir : Cet astre dont le temps a caché la naissance , Le soleil , comme nous . marche à sa décadence , Et dans les cieux déserts les mortels éperdus Le chercheront un jour, et ne le verront plus! Tu vois autour de toi dans la nature entière Les siècles entasser poussière sur poussière , Et le temps, d'un seul pas confondant ton orgueil , De tout ce qu'il produit devenir le cercueil. Et l'homme, et l'homme seul , ô sublime folie ! Au fond de son tombeau croit retrouver la vie ; Et dans le tourbillon au néant emporté. Altattu par le temps, rêve l'éternité!

(Ju'un autre vous réponde, ù sages de la terre l Laissez-moi mon erreur : j'aime , il faut que j'espère: Notre faible raison se trouble et se confond.

UI MÉUITATIONS

Oui, la raisuu se tait ; mais l'instinct vous répond. Pour moi , quand je verrais dans les célestes plaines Les astres s'écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés. Parcourir au hasard les cieux épouvantés; Quand j'entendrais gémir et se briser la terre; Quand je verrais son globe errant et solitaire Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit . Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit: Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres. Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres. Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi . Être infaillible et bon . j'espérerais en toi ; Et certain du retour de réternelle aurore . Sur les mondes détruits je t'attendrais encore 1 Souvent, tu t'en souviens, dans cet heureux séjour Où naquit dun regard notre immortel amour, Tantôt sur les sommets de ces rochers antiques, Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques, Sur l'aile du désir, loin du monde emportés, ,1e plongeais avec toi dans ces obscurités. Les ombres, à longs plis descendant des montagnes. Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes ; Mais bientôt . s'avançanl sans éclat et sans bruit , Le chœur mystérieux des astres de la nuit. Nous rendant les objets voilés à notre vue, De ses molles lueurs revêtait l'étendue. Telle, en nos temples saints par le jour éclairés, Quand les rayons du soir pâlissent par degrés , La lampe répandant sa pieuse lumière.

Diiii jour plus rpcueilli remplit le sanctuaire.

Dans ton ivresse alors tu ramenais mes yeux ,

Et des cieux à la terre, et de la terre aux cieux ;

Dieu caché, disais-lu, la nature est ton temple!

L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple;

De tes perfections, qu"il cherche à concevoir,

Ce monde est le reflet , l'image, le miroir;

Le jour est ton regard , la beauté ton sourire ;

Partout le cœur t'adore et l'àme te respire ;

Éternel , infini , tout-puissant et tout bon ,

Ces vastes attributs n'achèvent pas ton nom ;

Et l'esprit, accablé sous ta sublime essence,

Célèbre ta grandeur jusque dans son silence.

Et cependant , ô Dieu 1 par sa sublime loi ,

Cet esprit abattu s'élance encore à toi ,

Et sentant que l'amour est la fin de son être,

Impatient d'aimer, briile do te connaître.

Tu disais : et nos cœurs unissaient leurs soupirs Vers cet être inconnu qu'attestaient nos désirs : A genoux devant lui , l'aimant dans ses ouvrages , Et l'aurore et le soir lui portaient nos hommages , Et nos yeux enivres contemplaient tour à tour La terre notre exil, et le ciel son séjour.

.^h ' si dans ces instants où l'âme fugitive S'élance et veut briser le sein qui la captive , Ce Dieu, du haut du ciel répondant à nos vœux , D'un trait libérateur nnu~ eut fiappi's tMiir> deux I

lu MËDITATION'S POÉTIyUES.

Nos àiiips , d'un seul bond remontant vers leur source ,

Ensemble auraient franchi les mondes dans leur course;

A travers l'infini , sur l'aile de l'amour,

Elles auraient monté comme un rayon du jour.

Et jusqu'à Dieu lui-même arrivant éperdues,

Se seraient daus son sein pour jamais confondues !

Ces vœux nous trompaient-ils? Au néant destinés,

Est-ce pour le néant que les êtres sont nés?

Partageant le destin du corps qui la recèle,

Dans la nuit du tombeau l'âme s'engloulit-elle?

Tombe-t-e!le en poussière? ou, prête à s'envoler,

Comme un son cjui n'est plus, va-t-elle s'exhaler?

Après un vain soupir, après l'adieu suprême

De tout ce qui t'aimait, n'est-il plus rien qui t'aime?... -

Ah ! sur ce grand secret n'interroge que toi !

Vois mourir ce qui l'aime, Elvire, et réponfls-moi I

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