‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 108 sur 756 · DB19NEVILLE · texte numérisé non relu

DB19NEVILLE

Que voulez - vous I ce ne sont point de ces rôl^ qu'on puisse jouer seul. Il faut être secondé, il faut quelqu'un qui puisse vous entendre, et je n'ai point ce bonheur! Dans ce moment, par eiemple , plein des plus doux souvenirs , je crois vous voir, il y a deu\ ans, à pareil jour, parée comme aujourd'hui , aussi brillante , aussi jolie , ah ! mille fois plus encore, car alors vous m'aimiez, vous juriez de m'aimer sans cesse»

CAROLINE

Odell

DENNEVILLE.

Que sont devenus vos serments, vous qui ne vous rappelez même plus le jour où ils forent prononcés?

CAROLINE

Quoi ! c'est l'anniversaire de notre mariage 1

DENNEVILLE.

Oui, GaroKne; oui, c'est aujourd'hui le 5 février, et seul j'y avais pensé; c'était pour le célébrer, qu'en secr^, et sans en parler à personne , je vous avais préparé cette surprise , ces diamants.

CAROLINE

n se pourrait I

Tespérais mieux encore ; j'avais fait un projet, on rêve; je voulais, en mémoire de ce jour, souper id en tête-à-téte avec vous.

CAROLINE

Qn'entends-je?

DENNEVILLE.

Le bonheur n'a pas besoin de témoins, et je ■e fusais une si douce idée d'une soirée passée auprès d'une femme diarmante, aaprès de la mais elle va au bal , elle a d'autres pro-

jets, et tous mes efforts n'ont pu l'y iaire renoncer.

CAROLINE

0 mon ami ! mon ami I que j'étais coupable! Je m'en punirai , tu sauras tout.

DENNEVILLE.

Quoi donc?

CAROLINE

Je ne veux plus rien avoir de caché pour toi , cela rend trop malheureuse. Apprends donc qu'on m'entourait d'hommages , qu'on me faisait la cour.

DENNEVILLE.

Je ne veux rien savoir.

CAROLINE

Ah ! ce n'est pas pour toi,' c^est pour moimême ! ton ami Edmond , tout le premier , il m'aimait, ce n'est pas ma faute.

DENNEVILLE, lecouant U tète.

C'est peut-être la mienne ?

CAROLINE

C'est possible , c'est toi qui le voulais. Quoique insensible à leurs hommages , j'en étais flattée , et peut-être qu'un jour...

DENNEVILLE.

Ociel!

CAROLINE

On ne sait pas ce qui peut arriver. La preuve, c'est qu'hier il a osé me faire une dédaration écrite.

DENNEVILLE.

Vrahnent l

CAROLINE

Oui, une vraie déclaration. Je ne sais ce que j'en ai fait, je l'ai perdue ; sans cela je te la montrerais. £t vois jusqu'où la colère peut nous mener : moi, qui jusqu'à présent l'avais dédaigné , maltraité, j'étais si fâchée contre toi, que je ne sais vraiment..

DENNEVILLE, à part.

Dieu! il était temps.

CAROLINE

Et le plus indigne, c'est que je t'accusais à tort#

Air de Téniert,

Moi l'accuser! est-ce possible?

Pardonne-moi, je souffrais tant!

Car je songeais à celte lettre horrible. Qui ne m'a pas quittée un seul instant. Je l'emportais à ce bal qui s'apprête.

Gomme un tourment, elle est là sur mon sein.

( La lui donnant. ) Tiens. To le vois, sous les habits de fête,

Il est souvent bien du chagrin.

DENNEVILLE, U prenanU

Ma lettre à Edmond.

CAROLINE

Oui , voilà ce qui m'avait abusée. Ces diamants, ce tétc-à-téte avec une jolie femme... je ne pouvais

pas penser & mol , et Je te soupçonnais , giiand je suis seule coupable*

DENNETILLE , eisuyint une Unne.

Pauvre femme ! (atm chaleur.) Non, Caroline, non : tu sauras tout : c*est moi...

CAROLINE

Eh bien ! nous le sommes tous deux , pardonnons-nous mutuellement Je n*ai pas besoin de te dire que je ne vais plus à ce bal.

DENNEYILLB.

Vraiment I

CAROLINE

Je reste id près de toi. Je viens te demander à souper. Me refuseras-tu? aussi bien je meurs de faim : car , par caprice , je n'ai point dîné.

DENNEVILLB.

Moi non plus.

CAROLINE

Tu vois bien que nous nous entendions !

DENNEVILLE.

Et ta belle toilette ?

CAROLINE

Elle aura été pour toi seul, et maintenant elle me pèse, elle me fatigue, il me tarde de m'en délivrer. Sonne ma femme de chambre. (Denne-

Tille va pour tirer le cordon de la sonnette. Caroline Tar-

rête. ) Ah ! j'oubliaisque je lui ai donné congé pour la soirée, mais je m'en passerai bien. (EUeva pr«t de la glace.) Mou ami, voulez-vous m'ôter mon agrafe?

DENNEVILLB , rivement.

Bien volontiers. ( s'arrètant. ) Non, non, on vient

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