‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 113 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Précédents; ZOÉ, accourant atrec une corbeille de fleun.

ZOÉ

Monsieur Dmnont , monsieur Dumont.

DUMONT

Qu'est-ceqully a?

ZOÉ

Venez vite. Via une heure que je vous cherche

pour vous dh-e... (AperccTant Pierre.) Ah! C'CSl

Pierre Rousselet!

BoDJour, bonjour, petite.

DUMONT

Pour me dire...

ZOÉ , regardant Pierre.

Eh bien ! oui , pour vous dire... (i Pierre.) Vous vous portez bien , monsieur Pierre ?

DUMONT, impatienté.

Pourmedh-e... quoi?

ZOÉ , regardant toojoun Pierre.

Dame! je l'ai oublié; je suis venue si vite.. Qu'il a bonne mine ce matin, Pierre Rousselet I

DUMONT

Au diable la petite niaise , avec son Pierre Rousselet ! elle ne sait pas même faire une commission. C'est sans doute poiu* le déjeuner ?

ZOÉ

C'est ça. Ils déjeunent, et il manque quelque chose.

DUMONT

Du vin. Tai les clefs de la cave, j'y cours... (Bas ft Pierre.) Dès qu'lls scrout sortis de table, je te ferai parier à M. d'Auberive.

iOk

PIEERE et ZOÉ.

Air : De nos plaideur», détormait , etc. (do chœur floal de Louùe. ) Mais partez donc promplement.

Allez vite, ils sont à Ubie; lu font tous un bruii du diable.

Pour boire on vous attend.

DUMONT

r sais mon a flaire.

Et pour leur plaire, J' Yais leur donner du meilleor.

ZOÉ

Alors, Monsieur, donnei-leur D' celui qu' vous buvez d'ordinaire.

DU MONT, parlant.

Tiens... Cte petite bête !

ENSEMBLE

DUMOIST.

Oui, Je reviens dans l'instant, Etc., etc., etc.

PIERRE et ZOÉ.

Mais partez donc prompteroent, Etc., etc., etc.

( Dûment aort par la gauche ; Pierre va i*aaieoir aoprèa à*un arbre dam le bosquet. Zoé pose ton panier de fleura sur une des chaises du bosquet.)

ZOÉ; PIERRE, mi».

ZOÉ , à part.

Cte petite bête! Ce vilain régisseur! Voilà pourtant comme ils me traitent tous. (Regardant Pierre.) Excepté Pierre ; lui , au moins, ne me dit pas de clioses désagréables. 11 est vrai qu'il ne me

parle jamais. (Le regardant avec plus d'attention.) Je VOUS

demande, dans ce moment-ci , par exemple, à quoi il peut penser? si toutefois il pense. Si c'était.. (Haut et s'approchant un peu.) Monsieur Pierre...

PIERRE , d*un air indifférent.

Ah ! vous êtes encore là , Zoé ?

ZOÉ , à part.

Comme c'est aimable! (Haut.) Oui. Vous avez

Tair tout drôle... (S'approchant de lui tout à fait.) A

quoi que vous pensez donc comme ça ?

PIERRE

Ah dame ! je pensais au cabaret de la mère Michaud , où j'ai déjeuné à c' matin.

ZOÊ« soupirant.

Joli sujet de réflexions.

PIERRE

Figurez-vous qu'ils étaient là une douzaine à me corner aux oreilles : « Pourquoi que tu ne te maries pas, grand imbécile? Au lieu de vivre seul, comme un grigou. Que diable! tu as des écus ; tu es ton maître. Tu pourrais faire le bonheur d'une honnête fille. »

ZOÉ

Ah ça ! il y a longtemps que je vous le conseille.

PIERRE , se levant , et s*approchant de Zoé.

C'est bien aussi mon intention; et dès que j'aurai la ferme des Viviers, je prendrai une feaime ; je signerai les deux baux en même temps.

ZOÉ

Vous n'avez pas besoin d'attendre.

PIERRE

Si fait; afin de pouvoir dire à ma prétendue : « Voilà, vingt-dnq ans, un bon enfant, quarante setiers de terre , première qualité , physique idem , et quelques sacs de côté , pour acheter des dentelles et des croix d'or à madame Rousselet » C'est à prendre ou à laisser. D'ailleurs c'est vous qui m'avez fait songer à c'te ferme.

ZOÉ

C'est vrai ; mais ça ne doit pas vous empêcher de faire un choix , parce que , pendant que y^ms vous consultez , les jeunes filles se marient , et A vous tardez comme ça I...

Air de VArtUle.

Vous n' pourrez placer, j' gage, Vot' c<Bor ni votre argent; Car dans notre village.

Tout's les flil's, on les prend...

Il n'en restera pas une.

Et Je plains vot' destin...

Chei vous s'ra la fortune, Et l' bonheur chez 1' voisin.

C'qu'elle dit là est assez juste. 11 n'y a déjà pas tant d'fiUes dans le pays. Il y a disette.

ZOÉ , se rajustant.

Oh ! on en trouve encore, en cherchant bien.

PIERRE , d'un air de doute.

Hum! voyons, Zoé... Vous qui me connaissez d'enfance , qui est-ce qui pourrait me convenir ?

ZOÉ , timidement.

Dame ! faut voir. D vou«^iaut quelqu'un d'aimable, de gentil..

PIERRE

Oui, qui me fasse honneur.

ZOÉ

Quelqu'un qui ne vous taquine jamais; parce que vous êtes vif, sans que ça paraisse.

PIERRE , d'un air tranquille.

Très-vifi

ZOÉ

Une bonne petite femme qui vous aime bien.

PIERRE

Et qui ne m'attrape pas.

ZOÉ

Bien mieux : qui vous empêche d'être attrapé ; car vous êtes un peu simple^

Oh 1 j*ai l'air comme ça ; mais j'suls futé, sans

ZOÉ

qa*ça paraisse... (cherchant.) Ah! dites donc, la grande Marianne ?

ZOÉ , faisant la moue.

Oh ! non. Est-ce que vous la troayez jolie, la grande Marianne ?

PIEERE.

Mais...

zoé:

Je ne trouye pas, moL Elle est maigre et sèche...

PIERRE

Cest vrai qo'elle n*est pas si bien qoe Catherine Bazo.

ZOÉ , d^QD air approbatif.

Ah ! voilà une jolie fille.

PIERRE

ITest-cepas?

Mais elle est coquette.

PIERRE

Catherine Bazu?

ZOÉ

Ah ! elle est coquette... Il n*y a qu'à la voir les dimanches, elle se pavane, elle fait la belle, sans compter qu'elle change de danseur à chaque instant.

PIERRE

Ah! si eue change de danseur, il n'y aurait pas ce danger-là avec Babet Leroux?

ZOÉ

Ah! oui, la pauvre enfant! elle est si douce I et puis elle boite , elle ne peut pas danser.

PIERRE

C'est vrai, elle boite; cependant, quand elle est assise, cane paraît pas... Nous avons la grosse Goihon ?

ZOÉ

Une mauvaise langue.

PIERRE

Claudine?

ZOÉ

Plus vieille que vous.

Fandiette?

ZOÉ

Elle épouse Jean-Louis.

PIERRE , se grattant Toreille.

Diable! voilà tout le village. Je n'en vois plus d^antres.

ZOÉ , à part

Ah ! mon Dieu !lil est donc aveugle I

PIERRE

A moins de prendre dans les mamans. (Comme fr^pé d'une idée. ) Ah ! que je suis béte ! Je n'y pôisaispas.

ZOÉ, avec joie.

L'y voilà enfin.

PIERRE

D n'y en a plus id...

Air de l'Êeu de iix f ranci.

Mais c'est demain , t'Iè mon affaire.

Jour de marché.

ZOÉ

Qu'est-c* que ça Pra?

PIERRE

De tous les environs, j'espère.

Il en viendra... je serai là.

Étant V premier sur leur passage, Je serai bien sûr de saisir Lear cœur...

A moins qu'avant d' partir Ell's n' l'aient laissé dans leur village; A moins pourtant qu'avant d' partir, Elfs n' l'aient laissé dans leur village.

PIERRE

C'est encore possible. 11 y a des amoureux

comme ici, peut-être plus... (Regardant ver* la gauche.) Mais v'iàla compagnie qui sort de table, car je la vois dans les jardins. Tvas vite trouver le régisseur, pour qu'il me fasse parler à M. d'Auberive. Sans adieu, ma petite Zoé.... (Eu s*en ai. lant.) Si je trouve ce qu'il me faut, il y aura un cadeau de noce pour vous.

(Il disparaît dans le bosquet. )

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