SCÈNE IL
DDMONT, PIERRE.
PIERRE
Bonjour, monsieur le régisseur.
DUMOIfT.
Te Yoitii donc revenu de Caudebec? As-tu fait de bonnes affaires ?
PIERRE
Mais oui. Tai acheté quelques bestiaux, des bêtes superbes, et qui se portent.. (Lui prenant u main. ) A propos de ça, et la santé, monsieur Dumont?
DUMONT
Pas mal, mon garçon, et toi?
PIERRE
Dame I vous voyez. 11 y en a de plus chétifii.
DUMONT
Je crois bien. Je ne connais pas de coquin plus heureux que toi. Jeune , bien bâti , riche : car tu étais fils unique; et ton père, en mourant, a dû te laisser un joli magot
PIERRE
Je ne dis pas... le magot quil a laissé est agréable.
DUMONT
Eh bien! est-ce que tu ne songes pas à te marier maintenant? Toutes les filles de Rouvray doivent courir après toi.
PIERRE , souriant.
Ah ! ah ! c'est vrai ; elles me font des mines... mais je ne m'y fie pas , parce que ces paysannes, quand on leur fait la cour, il arrive quelquefois des inconvénients. C'est si vétilleux, ces vertus de campagne !
AiRdtt Premier prix.
Malgré tous, ell'i vous ensorcèlent.
On n' voulait qu* rire et s'amuser; Puis vMà les famiirs qui s'en mêlent.
Et Ton est forcé d'épouser...
Aussi, prés de ces demoiselles.
Je ne veux pas changer d'emploi ; J' suis leur amant, je m' moque d'elles, J' s'rais leur mari qu'ell's s' moqu'raient d' moi.
Moi, d'abord, je n'aime personne; j'ai le bonheur de n'aimer personne. Mais je n'empêche pas les autres, je me laisse aimer. Alors, je peux choisir.
DUMONT
Ça me parait juste.
PIERRE
Gomme me disait hier encore la petite Zoé : fcTu n'aimes personne, Rousselet Alors, tu » peux choisir.»
DUMONT
Zoé! la fille de l'ancien jardinier, cette petite
sotte que monsieur le baron a gardée id par bonté. C'est elle qui est ton conseil?
Oh t c'est-à-dire , je cause avec c'te enfant, quand j' la rencontre , parce que c'était la filleule de ma tante Véronique. Elle nous est attachée, et puis elle a quelquefois des idées; et moi , c'est la seule chose qui me manque. Je ne l'ai vue hier qu'un mstant , et elle m'a donné une idée.
DUMONT
Pour ton mariage?
PIERRE
Non , pour ma fortune. C'est ce qui me fait venk* de si bonne heure. Dites-moi , monsieur Dumont, vous avez grand monde au château?
DUMONT
Parbleu ! Tous les propriétaires des terres Toisines ; tous les prétendants à la main de Mademoiselle, qui se succèdent depuis trois mois, avec leurs sœurs , leurs cousines... C'est un tapage !...
PIERRE
Et mam'zelle Emestine ne s'est pas encore décidée?
Air : De tommeiller eneor, tna chère.
Elle, si Jolie et si fraîche, Qui voit tant d'amants accourir.
De prendre un époux qui l'empêche?
DUMONT
Eir le ressemble, eir veut choisir.
Avant qu' sous Thymen on se range, A deux fois faut y regarder...
Car, pour les amants, on les change ; Mais les maris, faut les garder.
C'est aujourd'hui cependant qu'elle doit se prononcer. Mais malgré les instances de son père, qui, vu sa goutte et ses soixante-huit ans, est pressé de l'établir , Mademoiselle passe sa vie à désoler ses amoureux par ses caprices , sa bizarrerie. Je n'en ai jamais vu d'aussi fontasque.
PIERRE
C'est drôle! on dit pourtant que, parmi ces jeunes gens, il y en a un plus aimait que les autres.
DUMONT
M. Alphonse d'Auberive, le fils d'un ancien ami de monsieur le baron , c'est vrai ; un jeune homme charmant , de l'esprit , de bonnes manières.
PIERRE
Et une ferme magnifique , qui est vacante , à ce que m'a dit Zoé.
DUMONT
C'est possible; mais je doute qu'il obtienne la préférence.
PIERRE
Pourquoi donc?
DUMONT
Parce que c'est encore un autre genre d'origi*
ZOÉ
naL n a • comme dit Mam*kelle, de vieilles idées, n vem que les femmes soient soumises à leurs maris.
PIEBaB.
Bah!
DUUONT.
Et par suite, il oe se prête pas assez aux fantaisies de Ifam^ielle. Quelquefois même, il lui lance des coups de patte.
PIBEBE.
En vérité!
DUUONT.
L'autre jour, il revenait de la chasse : on était rassemblé sur la terrasse , et Mam'zelle venait d*avoir deux ou trois caprices ; je ne sais pas trop à quel propos...
PIERIUS*
Elle ne le savait peut-être pas elle-même.
DUMONT
C'est probable. Enfin son père n'osait rien dire ; mais on voyait qu'il souffrait. « Parbleu, dit M. Alphonse entre ses dents , si c'était ma fille, je saurais bien me faire obéir. —Et comment ? dit le papa. —Il y a mille moyens. — Mais enfin?... — Cela ne me regarde pas. » Dans ce moment, il aperçoit son chien piétinant une platebande. 11 l'appelle , la pauvre bête hésite... Paf ! il lui décoche un coup de fu^il!
PIEBRE.
Et le tue?
DUMONT
Non; seulement quelques grains de plomb! Tout le monde jette un cri. a Pardon , Mesdames, dit-il; c'est seulement pour lui apprendre à avoir des caprices. » Mam'zelle rougit , monsieur le baron se mord les lèvres, et lui , les saluant d'un air gracieux , s'en va tranquillement faire un tour dépare
PIEBEE.
Oh!là!là!
Aie de Voltaire chex l^inon.
Après & traitrlâ, je l' pense bien, Mam'ieU' devait étr* furieuse.
DUlfONT.
Pas trop... mais elle ne dit rien , El tout It ioir eU' fut réYeuse.
PIERRE
T a d' quoi... e^est déjà ben gentil ; Car s'il veut après l' mariage S* faire obéir à coups d' fusil, Y aora du bruit dans le ménage.
Eh bien ! je serais désolé que ce ne fftt pas lui qui épousât...
DUMONT
Tuleprot^ies?
PIBIRB.
Pov qull me le rende. Je viei» lui demander
sa belle ferme des Viviers, qui est tout près d'ici. Alors, vous concevex, étant déjà le fermier de Monsieur, je serais plus riche du double, et je pourrais choisir parmi les plus huppées.
DUMONT
Est-il ambitieux !
PIERRE
Dites donc, monsieur Dumont, aidez-moi, il y aura un bon pot de vin. Hein ! ça va-t-il ?
DUUONT.
Tais-toi , tais-toi , ne parie donc pas si haut ; ce n'est pas à cause de cela... mais au fait , c'est un brave garçon, et...
ZOÉ , da dehors.
Monsieur Dumont, monsieur Diunont.
DUMONT
Chut ! c'est la petite Zoé. .