SCÈNE II
Les PaÉCÉDENTS; PHILIPPE, lcn«nt à la mais d» papiers et dei journaux.
MADEMOISELLE D'HIRVILLE.
Qu'est-ce que c'est?
PHILIPPE , à mademoûfllle d'HarvOle.
Les lettres et les journaux de mademoiselle < et les comptes du mois ; car c'est aujourd'hui le 1*%
(U lui préaente les papiers. )
MADEMOISELLE D'HAEVILLE*
C'est bien , je n'ai pas besoin de lire.
MATHILDB.
On peut s'en rapporter à Philippe , ce n'est pas un intendant comme un autre.
MADEMOISELLE D'HAEVILLK.
Oui, c'est un honnête homme, et de plus, un habile et dévoué serfiteur. Grâce à lui, on me croit deux fois plusricbeque je ne le suis; je lais des dépenses énormes, je n'ai jamais de dettes, et toujours de l'argent comptant.
FHILIPPB.
Je n'y ai pas grand mérite : pourvu qu'on se souvienne seulement que deux et deux ne font jamais que quatre, ce* n'est pas malin d'être intendant; je sais bien qu'anciennement ce n'était pas comme cela»
Air du Piège, Tous ces (ripons d'intendants d'autrefois Vons ruinaient d'une ardeur peu commune.
MADEMOISELLE d'HABVILLE.
On n'en a plus , et cependant je vois Qu'on dîMïpe bien sa fortune.
D'accord , je sais qu'on la mange souvent Avec une vitesse extrême; Mais du moins on a maintenant L'esprit de U manger soi-même.
( 11 présente un registre à mademoiselle d'Harrille.
MADEMOISELLE D'HABYILLE.
C'est inutile, Philippe.
PHILIPPE
Mademoiselle veut toujours signer sans lire ; ce sont les usages d'autrefois. Lisez , lisez, il le faut :
qu'est-ce que c'est donc que ça ? ( Mademoiselle d'Harville passe auprès de la table, et s'assied pour examiner les papiers que Pbilippe lui a présentés. ) MATHILDE.
C«l drôle , il n'y a que lui qui gronde ma tante , et elle ne se fâche pas. Ces vieux serviteurs ont des privilèges.
PHILIPPE , passant auprès de Mathilde»
3'ai tort , sans doute; mais , voyez-vous , Mademoisdle , un ancien militaire ne peut pas parler eomme un gentilhomme de la chambre.
MADEMOISELLE D'UARVILLE.
Qu'est-ce que je vois là ! ( Lisant. ) « Secours
» donnés par madeMiseUe,!8ixminefinmes.»u Philippe.) C'est plus du double des mois ordinaires.
PHILIPPE
Mademoiselle est si bonne , et l'hiver est si rigoureux 1
Air : Dans «m eailel dame de kmU tifnë§e, A vos désirs j'obéissais d'avance.
Dans vos saloni , de tous ces graiidf seàgorart Quand votre nom attire l'afflucaee, Pour ses bienraits on le bénit ailleurs. Si votre hôtel est connu d' U doUmm,
Par rindigence il l'est aussi ; Et si quelqu'un ignorait votre adresse.
Le premier pauv? lui dirait : « Cesl icL »
MADEMOISELLE D'HABVILLE at lève et oontinne dft lire.
Des ouvriers... d'anciens miHtaîres...
PHIUPPB.
Des camarades à moi, qui servaient dans l'armée de Rhin et Moselle. 11 faut £adre quelque chose pour ceux qui y étaient , Mademoiselle : car c'est sous leurs tentes que bien des gens, qui valaient mieux que moi , ont trouvé asile et protection.
MADEMOISELLE D'HAEVILLE , pasant entre Philippe
et Mathilde.
C'est vrai , c'est Philippe qui , dans ce temps^, nous a aidées à passer la frontière.
MATHILDE
Je comprends alors votre reconnaissance , votre affection pour lui.
MADEMOISELLE D*HARVILLE
Achevons. (LUam.) « Pour la pension de Frédéric , cinq cents firancs. » ( a Philippe. ) C'est beair coup pour un mois.
PHILIPPE
C'est bien peu , MademoîKlle ; puisque vous ravez élevé et protégé , il fiant achever votre onvn(ge , il faut qu'il s'instruise , quil ait des maîtres ; il a besoin d'avohr du mérite, lui qui n'a pas de fortune...
MADEMOISELLE D'HABVaLE.
C'est ce qu'il faudrait souvent lui répéter. Je VOUS ai placé près de lui, Philippe, comme un guide , comme un ami ; et j'ai à me plaindre de lui , de vous peut-être : vous le ^tez , vous n'aves pas pour lui toute la sévérité nécessaire; souvent il rentre bien tard.
PHILIPPE , embtrraȎ.
Mademoiselle...
MADEMOISELLE D'HABVILLE.
Je ne l'ai pas vu hier soir.
PHILIPPE
Ah! mon Dieu!
MADEMOISELLE D*aARVII«LE.
Ce matin Je lai ai fait dire de descendre» et B n*a pas encore paru.
PHILIPPE
11 était sorti de très^nne heure» pourjoon
PfflLIPPE.
droh, pour one confârence.,. Je ne sais pas au |Dste«.. il travaille tant que souvent U passe la Doit.
1IATBU.DB.
Voyez-vous, ma tante , il finira par se rendre malade.
MADEMOISELLE D*HARVILLE , TiTemeot
Voilà ce que je n'entends pas ; je ne veux pas qu'il travaille tant , je le lui défendrai
PHILIPPE, à part.
Ce n'est pas la peine.
MADEMOISELLE d'hARVILLE, aUant à la tâUe, et prenant dam la caiaette une boune qu'elle remet à Phi. lippe.
Tenei, Philippe, voilà son trimestre; vous le lui donnerez de ma part , en lui recommandant Tordre , réconomie et la bonne conduite.
PHILIPPE
Oui, Mademoiselle; mais vous, en revanche, ayez im peu dlndulgence.
Air : Amit , voici la rianh iemaine.
n est léger, mais plein d'honneur et d'âme : Je m'y connais, et je vous en réponds. Pour des misér's quand je vois qu'on le bUme , Moi, je l'excuse , et j'ai bien mes raisons. Oui maintenant, quoi qu'il dise ou qu'il fasse. Pour un jeune homm' j' suis toujours indulgent. Car je soupire , et je m' dis : A sa place , Le diabP m'empon' si j' n'en frais pas autant! Pardon , Mamiell'; mais j'en frais tout autant.
BEAUVOISIS, endehon.
On n*a pas encore déjeuné , c*est bien.
Ah 1 c^est mon neveu que j*entends»