‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 153 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Pbécédents, Madame DABMENTIÈRES.

UADAHE DABMENTIÈRES, entrant par le fond, Adroite.

Que l'on porte les fleurs et les bouquets dans ma chambre ; et surtout le plus grand secret... Balthasar, Joséphine, ma chère filleule, vous voilà... J'ai des ordres à vous donner. Et vous. Grincheux, puisque vous êtes venu passer ici quelques jours auprès de votre femme , vous ne nous serez pas non plus inutile.

JOSÉPHINE et GRINCHEUX.

Qu'est-ce donc?

MADAME DARMENTIÈRES.

C'est aujourd'hui le jour de naissance de ma nièce , ma chère Léonie... et comme elle, qui est toujours malade , se trouve aujourd'hui un peu mieux... il faut en profiter.

JOSÉPHINE

Je veux êu*e la première à offrir mon bouquet à madame.

MADAME DARMENTIÉRES, la retenant.

Non pas... garde-t'en bien... ce n'est pas le

lU

CeUYRES COMPLÈTES DE SCRIBE.

moment.. Je veux quelque chose dnmpré?u... d'inattendu, qui nous frappe tous de surprise et d'admiration.

BALTE ASiR, à part.

C'est ça.... du romanesque.... des coups de théâtre!

a'ai invité une nombreuse société. Nous aurons ce soir un grand souper, un bal, un feu d'artifice... Moi, j'aime le monde, le bruit... c'est là mon bonheur, surtout quand il s'agit de fêter ma nièce.

Air du vaudeville de l'Êcv de tix franct. Partout son chiffre et sa devise En transparent dans le jardin ; Et pour compléter sa surprise , Alors nous paraîtrons soudain.

Des fleurs, des bouquets à la main!...

C'est moi qui dois marcher en létc.

Le coup d'œil sera ravissant; Et cela m'amusera tant!...

BALTHASAR, à part.

C'est pour eir que sera la fête.

MADAME DARMENTIÈRES.

Mais il me manque, pour le dénoûment, quelque chose de foudroyant., de ces coups extraordinaires qui vous renversent... qu'est-ceque nous pourrions donc faire?

JOSÉPHINE

Je m'en rapporte à vous, ma marraine.

MADAME DARMENTIÈRES.

Et VOUS, Balihasar, qu'est-ce que vous en dites?

BALTHASAR , pa»aot auprès de madame Darmcnlière».

Moi, je dirais tout uniment à madame la comtesse: «Ma chère nièce, c'est aujourd'hui que » tu es née pour l'orgueil de tes parents et le » bonheur de ton époux... songe à lui, à tes de- » voirs , et embrasse-moL.. voilà mon bouquet. »

Dieu! que c'est bourgeois!

JOSÉPHINE

Gomme c'est fête de famille !

BALTUASAR.

C'estpossible... j'ajouterais... « Si je netefète

»pas autrement, c'est qu'en l'absence de ton

' » mari , il ne me paraît pas convenable de donner

» des bals , des réjouissances , des feux d'artilice. »

MADAME DAUMENTIÈRES.

Balthosar !...

BALTHASAR

Vous me demandez mon avis...

MADAME DARMENTIÈRES.

Il est impertinent., et vous pouvez le garder.

BALTHASAR

C'est dit., iliraavecbeaucoupd'autresqu'onne me demandait pas , et qu'on eût bien fait de suivre.

(Grincheux paaie auprès de ta femme, )

MADAME DARME>*T1È(IES.

Je n'ai besoin ni de votre approbation , ni de votre censure. Je fais ce qui me convient, et ce qui conviendrait à monsieur le comte de ViWcvallier , mon neveu, s'il était ici... Pourquoi n'y estil pas? Pourquoi, depuis un an, nous laisse-t-il seules en ce château ?

BALTHASAR

Si mon maître le fait, c'est qull a ses raisons.

MADAME DARMENTIÈRES.

Vous les connaissez donc ?

BALTHASAR

Non t mais elles ne peuvent être que justes et convenables.

Air : Au temps heureux de la chevalerie. Voilà pourquoi je pense au fond de râmc Que votre niée' peut bien , ainsi que vous , Aveuglément, et sans craindre de blanie. Se conformer aux ordr's de son époux.

Sansqu' ma raison ou mon cœur réfléchisse , Tout c* qu'il commande, à l'inslanl je le fais. Car je suis sûr, pour peu que j'obéisse , ly rendre un service , ou d' répaudr* des bienfaits.

MADAME DARMENTIÈRES.

Il suffit.. Avez- VOUS été ce malin à la ville? Avez-vous fait les commissions de ma nièce?

BALTHASAR

Oui, Madame.

MADAME DARMENTIÈRES.

Y avait-il des letu-es pour nous ?

BALTHASAR

Plusieurs : ainsi que les journaux... pardon, je les ai là.

Et VOUS ne me les avez pas données!... où avez-vous la télé? A quoi pensez-vous? (euc prend

les lettres, en ouvre une.) DicU ! Técriture de mOB

neveu !

BALTHASAR

C'est de lui. Madame ?... Madame, se portet-ilbien?

MADAME DARMENTIÈRES, lisant.

Certainement.

BALTHASAR

Il ne lui est rien arrivé ?

MADAME DARMENTIÈRES, de même.

Du tout.

BALTHASAR

Dieu soit loué !... ah ! que vous êtes bonne !..• et après, Madame, après... qu'est-ce qu'il dit?

MADAME DARMENTIÈRES.

Que ce soir il peut être ici.

BALTHASAR

Vous ne me trompez pas?

MADAME DARMENTIÈRES, vivement.

Voilà ridée que Je cherchais... au milieu de la fête... l'arrivée d'un maril... Surprise, coup de tbéâu*e !••• il ne b'agil que de bien ménager cela ,

UNE FAUTE

et je m*en charge... pourvu que personne ne prévienne ma nièce.

BALTHASÂR.

Mon maître, mon cher maître !... je veux être le premier à le recevoir... J'irai au-devant de luL.. Daignez me dire par où il doit arriver.

MADAME DARMENTIÈRBS.

G*e8t inutile; je veux le plus grand secret.. D*aiUeurs on aura besoin de vous ici, pour le service de la table , celui de Toffice et Tinspection de Fargenterie.

BALTHASAR

Ab! Madame, grâce pour aujourd'hui.

MADAME DARMENTIÈRES.

Pourquoi donc?

BALTHASAR

Air do viudeville de la Robe et let BoHei.

Vous savez bien que d'ordinaire Devant l'ouvrag" je ne recule pas; Et j'ai gardé , quoique sexagénaire ,

Do cœur, de la tête et des bras.

Mais prêt à ravoir mon maître, j' vous l'atteste, Par le bonheur je me sens oppresser, Il m'ôt' la force; et je veux qu'il m'en reste.

Ne fût-ce que pour l'embrasser.

MADAME DARMENTIÈRBS, le regardant arec pitié.

Ces vieux domestiques sont si ridicules !

BALTHASAR

Ce n'est pas une raison pour les tuer... ( Entre •et denta. ) S'il fallait tuer tout ce qui est ridicule...

MADAME DARMB?iTlÈRES.

Balthasar!

GBINCHEUX, allant I Balthaur.

Cousin...

BALTHASAR

Eh ! qu*est'ce que cela me fait ? ( il paMe 4 u

gauche de Grincheux. )

MADAME DARMENTIÈRBS.

C'en est trop... sortez d*ici à Tinstant

BALTHASAR

Sortir !... je suis au service de monsieur le comte... c'est lui qui est mon maître.

MADAME DARMBNTIÈRES.

Mais, en son absence, ma nièce a tout pouvob-; et quand je lui raconterai votre insolence , c'est elle qui vous chassera.

BALTHASAR

Peut-être.

MADAME DARMENTIÈRBS.

VoUà qui est trop fort... et nous verrons qui de moi , ou d'un insolent valet...

JOSÉPHINE et GRINCHEUX.

Prenez donc garde, monsieur Balthasar...

mon cousin.

BALTHASAR

Ça m'est égal; nous verrons.

GRINCHEUX

Paix! c'est madame.

Page 1