‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 152 sur 756 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

JOSÉPHINE, aiûie;BALTHASAR, GRINCHEUX.

BALTHASAR, entrant parle fond.

Si ce n'est pas un meurtre , une indignité I... Partout des papiers perse ! des peintures nouvelles, des dorures, des coliGchets ! Ce n'est plus notre ancien château... Je ne m'y reconnais plus.

GRINCHEUX

Je crois bien, cousin; nous en avons fait un boudoir de la Gbaussée-d'Antin de Paris. Ce n'est pas un mai.

BALTHASAR

Si vraiment!... Mon pauvre maître, après un an d'e.\il , se fait sans doute une fête de revoir le chûteau de ses pères; et en y rentrant, il se croira encore dans un pays étranger... Quant à moi, qui suis né ici, qui y ai passé ma jeunesse...

AiR de Laniara.

Ce vieux château devait me plaire!

J'ai, par le temps, vu ses murs se noircir :

Chaque coloi ne, chaque pierre Me rappelaient au chagrin, an plaisir; A cba(|ue pas c'était un souvenir.

Il d'vait rester tel que moi , ce me semble; Car c'est cruel, et mon cœur en gémit, Pour deux amis qui vieillissaient ensemble. De voir qu'un d'eux seulement rajeunit.

Enfin n'y pensons plus..« quand mon mattre

reviendra... s'il revient jamais!... (a oriiwiieax, qû

•W approché de loi , et qui loi présente on papier) Qtt'CSt*

ce que c'est?

GRINCHEUX

Mon mémoire» que vous examinerez, et que j'ai fait en conscience ; car c'est vous, cousin, qui m'avez fait avoir la pratique du château.

BALTHASAR, regardant le papier.

As-tu bien mis là tout ce que tu as fait ?

GRINCHEUX

Oh! oui... pour le moins.

BALTHASAR , lisant.

Que de frais inutiles !.... que de folles dépenses!... Enfin, ça ne me regarde pas... Monsieur l'a fait pour plaire à madame,

C'est bien naturel !.... une jeune femme si bonne , si gracieuse , et siutout si jolie!... On la reconnaîtrait pour Espagnole, celle-là, rien qu'à ses beaux yeux noirs.

BALTHASAR

Oui, la fille d'un ancien ambassadeur , dont à Paris il s'est avisé d'être amoureux... sa première inclination!... Il en perdait la tête... moi aussi... et il a bien fallu la lui donner pour femme.. • au lieu d'en choisir une... tout animent en France... Mon Dieu! elles nesontpas pires & qu'ailleurs.

JOSÉPHINE

C'est aimable.

BALTHASAR

Est-ce que j'ai besoin d'être aimable, madame Grincheux?... Est-ce que c'est mon habitude?

JOSÉPHINE

Non , certainement., mais si madame vom entendait...

BALTHASAR

Qu'importe!... J'ai ici mon franc-parler.., le comte de VUlevallier, mon maître, que j'ai va naître, que j'ai élevé, que j'ai porté dans mes bras , m'a dit : « Balthasar , tant que je vivrai , tu » resteras chez moi. » Et j'ai dit : « J'y compte... » Parce que mon maître. .. Vous ne savez pas ce que c'est que mon maître?... c'est l'honneur même... c'est un cœur d'or... c'est le plus brave jeune homme... et si le ciel était juste, cehii-là méritait d'épouser un ange.

JOSÊPHINB.

Il me semble qu'il n'est pas si mal tombé !.... Qu'est-ce que vous avez à reprocher à madame?

BALTHASAR

Moi !... est-ce que je lui repreche rien?

JOSÉPHINE

Dame !... vous avez un ah*...

GRINCHEUX

G*est vrai » cousin»., vous avez un air...

UNE FAUTS

JOSÉPHINE 9 êi levant et Tenant eoprèa deBaltbaaar.

Est-ce quVlle n'est pas honorée et chérie dans le pays? Est-ce qu'elle ne fait pas du bien à tout le monde?*.. Est-ce qu'elle ne se conduit pas d'one manière exemplaire ?

BALTE ASAR

Cest possible... Je ne dis pas non.

JOSÉPHINE

Et cependant, depuis un an que son mari Ta laissée seule ici, dans ce château , avec sa tante pour unique compagnie, ça n'est pas amusant,

BALTHASilU

Ob! sans doute; le devoir n'est jamais amusant., et puis c'est une chose si longue qu'un ao de constance !

JOSÉPHINB^

Mais oui... et il ne feut pas croire qu'en fait de constance tous les hommes en aient déjà tant.... Vous, tout le {H'emier; car autrefois vous adoriez madame.

GBINCOEUX.

Vous vous seriez mis au feu pour elle ! témom llncendie du château , où vous vous êtes fait une blessure à la jambe, en voulant la sauver.

JOSÉPHINE

Et maintenant vous êtes toujours de mauvaise bumeur quand on parle d'elle. Il semble que vous lui en vouliez.

BALTHASAB.

Moil... Qui vous a dit cela ? Est-ce que je l'accuse? Est-ce à elle que j'en veux ?

JOSÉPHINE

Et à qui donc?

BALTHASAB.

A sa tante.. • à madame Darmentières.

JOSÉPHINE

A ma marraine! qui, au fond, est une si bonne femme!

BALTHASAB.

Une véritable Espagnole, qui, avec ses idées castillanes, voit partout des don Rodrigue et des béros de romans... Donnez donc un pareil mentor à une fenune de dix-sept ans , légère et sans expérience!

JOSÉPHINE

Cest justement ce qui prouve pour madame la comtesse... elle n'en a que plus de mérite à se conduire comme elle fait.. Mais à nous autres femmes , on ne nous rend jamais justice.

(BUeTaaeraaaeoir.) BALTHASAB.

Ah! souvent, si on vous la rendait..

JOSÉPHINE

Fil ce que vous dites là n^est pas galant.. Mais en général , monsieur Balthasar ne se pique pas d'être poli.

BALTHASAB.

Ce n'es pas d'hier , du moins , que vous ponvea me faire ce reproche... car je vous ai saluée deux fois sans que vous ayez daigné m'apercevoir.

6BINCH£t^X,

Et où donc?

BALTHASAB.

An château de Baba... où vous vous promeniez en compagnie.

GRINCHEUX

Tu as été hier te promener avec ta tante... en sortant de dîner.

JOSÉPHINE, baUsant lee jeai.

Oui , mon ami.

BALTHASAB, d*un air de doute et a^approchant de Josépbiiie,

Ah! cousme! ah! c'était votre tante qui vous donnait hier le bras!

JOSÉPHINE , d'un air auppliant.

Monsieur Baltbasar...

BALTHASAB, àdemi^roix, etatec kameor.

Soyez tranquille!.,, est-ce que je vois jamais oe qui ne me regarde pas ?

GBINCBEUX.

Qu'est-ce que c'est donc ?

BALTHASAB* Bien du tout... ( Lui donnant une poignée de main. )

Ce pauvre Grincheux!... J'examinerai ton mémoû*e... car voici la tante de madame.

GBINCHBtX, étonné.

Ah çà !••• il y a donc quelque chose ?

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