SCÈNE V
JOSÉPHINE, assise; MADAME DARMENTIÈRES, LÉONIE, GRINCHEUX.
MADAME DARMENTIÈRBS.
En Vérité il n'y a que dans ce pays où l'on soit
exposé à de telles insolences... Si à Madrid, où vous êtes née et moi aussi , cela fût arrivé...
Ain du Ménage de garçon.
En prison, ou bien aux galères.
On l'eût envoyé tout d'abord ; Car il suffit, dans ces alTaires, D'avoir un bon corrégidor.
C n'en est pad là chez nous eneor.
Dans notre pays , qu'est barbare , Il Tant, pour qu'un homme ait des torts, Trouver des raisons : c'est plus rare A trouver qu* des corrégidors.
Il faut des raisons... c'est plus rire A trouver qu' des corrégidors.
(Il passe auprès de sa femme. )
LÉONIE
11 suffit., je VOUS promets , ma tante , que vous aurez satisfactioD... Mais comment cela est-il arrivé?
MADAME DAEMBNTIÈRES.
A propos de rien... au sujet de ces lettres qu'il m'apportait, et que je n'ai pas encore achevé de
lire. En voici pour vous. ( EIU remet des lettres à Léonie , et achève de parcourir celles qui lui restent. Léonie va s'asseoir auprès de la table à gauche. ) Gelle-cl eSt de mOQ
libraire, à qui j'ai demandé des romans nouveaux. .. 11 y a longtemps que je n'ai eu d'émotions fortes. ••
(Prenaut une autre lettre.) Gcllc-là... « Â madame
» Joséphine Grincheux , au château de Ville- » vallier. » Ce n'est pas pour moi»
JOSÉPHINE , st levant.
Ah! mon Dieu 1 Balthasar se sera trompé.
GRINCHEUX, prenant la lettre.
Sans doute.
Joséphine , U lui reprenant.
Ce n'est pas pour toi.
(Madame Darmentières lit ses lettres tout bas, auprès de la table , à droite , aiosi que Léonie , qui est assise i gauche ; Joséphine et Grincheux occupent le milieu de la scène sur le devant. )
GRINCHEUX , à voix basse , à sa femme.
C'est égal : je peux bien en prendre connaissance.
JOSÉPHINE , troublée , et reconnaissant récriture , I voix basse aussi.
Du tout... ce n'est pas nécessaire... non pas certainement que j'y tienne en aucune façon...
GRINCHEUX
Eh bien! moi, madame Grincheux, j'y tiens beaucoup... Tout à l'heure je ne sais ce que vous avez dit à mon cousin Balthasar... mais il avait avec mol un air de compassion qui m'a déplu...
( S'animant par degrés. ) JC n'aime paS qu'OH me
plaigne.
JOSÉPHINE , de même.
Si vous en croyez Balthasar, il brouillerait tous es ménages.
GRINCHEUX
Mais c'est égal ; je veux savoû* pourquoi on vous l'adresse ici , au château.
josÉPHtHe.
Parce qu'on sait que j*y travaille, que j*y sois en journée.
OBINCHinX.
Voyons.
JOSÉPHINE
Vous ne la verrez pas.
LÉOMË, avec impatience, et interrompant sa leclurs.
Qu'est-ce donc?... Encore des disputes!... en vérité, je suis bien malheureuse... même ici, dans mon intérieur, dans ce chliteau où je vis presque seule , je ne puis avoir un instant de repos ni de tranquillité.
GRINCHEUX , remonUnt la scène, et aUant auprès ëe fjéonie.
Pardon , madame la comtesse, c'est la faotc de ma femme.
JOSÉPHINE
C'est la sienne.
GRINCHEUX
Elle ne veut pas me montrer Cette lettre.
JOSÉPHINE
Pourquoi veut-Il connaître mes secrets?
GRINCHEUX
Pourquoi en a-t-elle avec moi ? Dès que , dans un ménage , il y a communauté , les secrets en sont ; et si elle refuse , c'est qu'elle est coupable.
LÉONIE , vivement et avec agtiaUon.
Coupable! que dites- vous?... qui vous donne le droit de l'accuser P
C'est elle-même... moi, je ne demande pas mieux que de faire bon ménage , et d'être bon mari; c'est dans ma nature... SU n*yarlende mal dans cette lettre , qu'elle vous la montre. (Prenant Joséphine par le bru, et la faisant passer auprès de
Léonie. ) Jc m'cH rapporte à vous , madame la corntesse, qui êtes la sag:esse et la vertu même, et d'après ce que vous me direz, je serai tranqtillle.
MADAME DARMENTIÈRES, à Joséphine.
Voilà, ma filleule, qui me parait raisonnable.
JOSÉPHINE
Je ne dis pas non, ma marraine... Mais aller importuner madame hi comtesse de nos affaires particulières!...
GRINCHEUX
Dès qu'elle y consent.. £h bien ! madame Crin* chcux, vous hésitez?... Elle hésite...
JOSÉPHINE
Non, non* certainement ( EUe remet u lettre à
Léonie. ) La VOlCl.
LÉONIE, au moment où elle reçoit U lettre , lui prend U main.
Joséphine , vous tremblez.
UNE FAUTE
IW
JOSÉPHINE
Non, Madame.
LÊONIE la regarde, puû regarde la lettre qu^elle tient, et, tans la décacheter, dit à GriDcbeux , en se levant et pai- •aut aoprèsde lui :
C'est bien... toat à Thenre... à mon aise... Je la lirai. •• et nous en parlerons... je tobs le promets.
GBINCHEUX.
Ça suffit, Madame, ça safGt.
Air deg Comédient.
Toat c' que j' demande est d'avoir confiance : Rendez-la-moi, c'eàt \h tout mon espoir. MADAME DABMENTIÈRE8.
(Ba..) Viens, laissons-les... Je veux en confidence Vous expliquer mes ordres pour ce soir.
(Païaant auprèa de Léonii. ) £t V0II4 , songes à Balihasar... qu'il sorte... Quand de ses gens on veut être obéi , Au moindre mot on les met à la porte.
GRirrCHEUX.
Cest l' seul moyen d'en être bien servi.
KnSEMBLB.
MADAME DARMENT1ÈRE8.
Ah! qvtl plaisir 1 mon cœur jouit d'iviBca De la surprise où je m'en vais la voir;
(a Grincheux») Viens, laissons-les... Je veui en coDidenoe Voua expliquer mei ordres pour «eêoir.
Tout c* que j' demande est d'avoir confiance : Rendez-la-moi, c'est là tout mon espoir; Aussi , Madam', j' vous reroerci' d'avance , Et je viendrai toul à l'beur' vous revoir. LÉONIE , regardant Joséphine.
£h mais! je croia qu'aile tremble d'avance; Qu'a-t-elle donc? Je craina de le savoir. S'il en est temps encor, de l'indulgenco; Tâchons au moins de la rendre au devoir.
JOSÉPHINE
Ab! malgré moi, mon cœur tremble d'avance! Par cet écrit que va-t-elle savoir.' Dans sa bonté mettons ma confiance.
Car désormais c'est là tout mon espoir.
(Madame Dannentiëres et Grincheux sortent. )