LÉONIE , JOSÉPHINE
LÉONIE
Eh bien! Joséphine, dois -Je ouvrir cette lettre ? Voos ne me répondez pas... Vous m'effrayez... et en vérité... Je suis aussi émue , aussi tremblante que vous... Cette lettre.*, vous savez donc de qui eDe est?
JOSÉPHINE
Je m*en doute, du moins.
LÉONIE
Etfout-iiquejeialise?
JOSÉPHINE , joignant les mains.
Oui, Madame, oui... ne fût-ce que pour ma punition.
LÉONIE , regardant la aignature.
Signé Théophile... Quel est ce Théophile ?
JOSÉPHINE
Un jeune homme qui a à peine dix-huit ans... qui a étudié... qui aurait pu être clerc daps quelque bonne étude de Bordeaux... Mais il a mieux aimé être simple commis chez M. Durand , son oncle, qui est marchand de nouveautés.
LÉONIE
Et pourquoi ?
JOSÉPHINE
ParcQ que H. Durand demeure à côté de chez nous.
LÉONIE
^e comprends.». 11 vous aime ?
JOSÉPHINE
Je le crois... Voilà dix-huit mois qu*il me fait la cour... mais je n'ai jamais voulu Técouter... Oh l ça, je vous le jure.
LÉONIE
Bien vrai?
JOSÉPHINE
Lisez , Madame... vous verrez qu'il doit se plaindre.., car il se plaint toujours; et ça me ûiit assez de peine.
LÉONIE , Uaant avec émotion.
Ainsi vous croyez n'avoir rien à vous rq^rocher ?
Bien... ce n'est pas ma faute... il m'aime tant ! il est si gentil ! tandis que U* Grmdieux est si déliant, si grondeur, si jaloux l
LÉONIE
A-t-il toigours été ainsi ?
JOSÉPHINE
Non , Madame , je ne crois pas... Dans les commencements de notre mariage , il était assez bien , j'en conviens; mais il y a longtemps que cela a
LÉONIE
Et depuis quand?
JOSÉPHINE
Je l'ignore.
LÉONIE
Et moi , je crois le savoir.. . Joséphnie » n'est-ce pas depuis dix-fadt mois à peu près ?
JOSÉPHINE
Commentera?
LÉONIE
Oui , c'est depuis qu'un autre vous a paru aimable que votre mari a cessé de l'être à vos yeux.
A» : J^en guette im petit de mon âge. S'il vous maltraUe et s'il vois farle «n nMltre , S'il est grondeur, n'est-ce pas, entre nous.
Depuis qu'il a sujet de l'être?
Qui Ta rendu dëflant et jaloux?
Et lorsque vous penses à d'autres, S'il vous épie au logis, au dehors, S'il est coupable, enfin, s'il a des torts.
Ces torts ne sont-ils pas les vôtres?
JOSÉPHINE
Ah! Madame!
LÉONIE
Et s! voos saviez, mon enfant, quel avenir vous vous préparez !... encore an pas, et il n'y a plus pour vous ni bonheur, ni repos. (Mouvement de Joséphine.) Je no VOUS parle point de vos regrets, de vos reproches continuels... de votre intérieur à jamais troublé... de la désunion, de la défiance dans votre ménage... Mais vingt fois par jour Teffroi dans le cœur , la honte sur le front , vous tremblerez d'être trahie... Vous vivrez dans la crainte de vos voisins, dans la dépendance d'un domestique , qui , s'il a cru lire dans votre cœur, aura acquis le droit de vous faire rougir... et si , fadguée d'une journée si pénible, vous espérez la nuit trouver le repos , vous le chercherez en vain... vous ne dormirez point... non ; le souvenu* de votre faute vous poursuivra jusque dans votre sommeil , et vous craindrez, même en dormant, de trahU* votre secret.
JOSÉPHINE
Ah ! mon Dieu !... vous me faites peur.
LÉONIB.
Oui... oui... croyez-moi, il en est temps encore ; éloignez de votre cœur et de vos sens des idées dont on triomphe toujours quand on le veut bien... on peut vivre lohi de celui qu'on aime... on souffre peut-être ; mais on n*est pas vraiment malheureuse.
JOSÉPHINE, pleurint.
Il me semble cependant que je le suis.
LÊONIE, avec agitation.
Ah ! c'est que vous ne connaissez pas le remords.
JOSÉPHINE, effrayée.
Que dites-vous ?
LÉONIE , te reprenant.
Que , dans ce moment même , où vous pleurez , OÙ vous le regrettez , vous trouvez dans votre propre estime, dans la mienne, dans le sentiment de vos devoirs, un adoucissement à vos maux , et des consolations... On n'en a plus dès qu'où s'est oublié un instaut... Joséphine, il y a longtemps que je vous vois ici... vous êtes la filleule de ma tante ; et comme telle , je dois vous porter intérêt . . que mes avis, que mes conseils vous préservent d'un tel malheur... Vous avez un mari qui est un honnête homme, qui vous aime... vous avez été heureuse avec lui ; vous le serez encore dès que voub le voudrez... me le promettez-vous...? Et à
cette condition, je déchire cette lettre... (cUe déchire la lettre) et je lui (lirai que vous êtes ce que je déwre que vous soyez... et ce que vous êtes en effet, n'est-il pas vrai? une honnête femme.
JOSÉPHINE
Oui, Madame, oui,je vous le jure., (pieuraoï.) J'aurai bien de la peine ; mais c'est égal... je suivrai vos conseils... (En bétitauu) Que dlsait-U dans cette lettre?
LÉONIB.
Il demandait à vous voir... et vous indiquait un rendez-vous.
JOSÉPHINE
Pauvre garçon!
LÊONIE.
Il faut le refuser et l'éviter, s'il s'offrait à vos yeux.
JOSÉPHINE
Oui , Madame... il m'est plus aisé de ne pas le voh*, que de le voir malheureux.
LÉONIB.
C'est bien... ayez confiance en moi... diteMnoi tout., et je ne vous abandonnerai pas.
JOSÉPHINE
Air du vaudeville de Voltaire chez Kinon. Quand j' pens' qu'en ce moment , hélas! Il est déjà p't-étre à ra'attendre!
Mais c'est égal , je n'irai pas ; A vos avis je veux me rendre.
(Pleurant.)
Pendant longtemps j'en pleorerti.
J'ai bien du chagrin.
LÉONIB.
Je le pense.
JOSÉPHINE
Mais c'est à vous que je V devrai , Comptez sur ma reconnaissance.
(EUesort.)