LÉO.ME
A merveille ! ( Avec euibarras. ) Eh bien !... eh bien ! Baithasar, voulez- vous donc me forcer à user de rigueur envers vous?... vous savez cependant tout ce que jusqu'ici je vous ai montré de bontés et de ménagement.
BALTHASAR, froidement.
Je le sais... mais puisque madame votre tante veut absolument que vous me chassiez...
LÉONIE , doucement.
Ai-je dit cela?... y ai-je consenti?... Non pas que vous ne l'ayez mérité , peut-être.
BALTHASAR, avec colère.
Moi!...
LÉONIE, Tivement, et avec crainte.
Ha tante du moins le croit... mais moi je n'ai point oublié que mon mari... qu'Ernest vous chérissait., que vous l'avez élevé... et si je fais preuve encore aujoiu*d'hui d'une trop longue indulgence c'est par égard pour loi.
BALTHASAR
Je l'en remercie, Madame... c'est cela de plus que je devrai à mon maître.
LÉONIE
Et à moi, Baithasar, ne croyez-vous rien me devoir?
BALTHASAR
Si, Madame... et, pendant longtemps , j'en ai été Uen reconnaissant.
LÉONIE
Et pourquoi, depuis quelque temps, avez-vous changé ? Pourquoi n'avcz-vons plus pour ma tante et pour moi les égards que nous avons droit d'attendre?
Si c'est ainsi, c'est malgré moi... c'est sans le vouloir... il est possible que je me sois trompé... que j'aie tort... je le voudrais... et au prix de tout mon sang...
LÉONIE , se levant , et reprenant confiance.
Je ne vous comprends pas, Baithasar. .. Voyons, expliquez-vous sans crainte. Qu'y a-t-il?
BALTHASAR
Il y a. Madame , que je chéris mon maître pardessus tout... que son père et lui nous ont comblés de bienfaits... que moi et les miens nous sommes habitués à lui et à ce château, comme si nous en dépendions... nous sommes presque de sa famille.... et nous dévouer pour lui n'est pas même un mérite, ni un devoir... c'est notre vie, notre existence.
LÉONIE
Je le sais... eh bien?
BALTHASAB.
Eh bien !.... Quand U est parti , quelques jours après son mariage, il m'a dit: «Baithasar... une affaire malheureuse , dont je ne puis parler à ma femme , car cela lui ferait trop de peine , m'oblige à m'éloiguer... je ne sais combien de temps je serai absent, ni même s'il me sera possible de vous donner exactement de mes nouvelles... mais je te laisse ici, je suis tranquille... tu veilleras sur elle... c'est ce que j'ai de plus cher. »
LÉONIE , avec émotion.
U a dit cela !
Oui; et moi je lui ai répondu : « Mon maître, partez... comptez sur votre vieux serviteur, je réponds de tout »
LÉONIE
Et tu as tenu parole... car, lorsque le feu prit à l'aile droite du château...
BALTHASAB.
Ah ! ce n'est pas de cela que je voulais parler... ce n'est pas ainsi que j'aurais dû veiller...
LÉONIE
Que voulez-vous dire?
BALTHASAR
Que souvent il y avait de certaines personnes, certaines sociétés... votre tante le trouvait bon , il n'y avait rien à dire... non pas qu*on veuille faire mal....
LÉONIE
Eh bien?
BALTHASAR
Mais la jeunesse... Tétourderie... on se laisse entraîner plus loin qu'on ne croit... El s'il n'avait dépendu que de moi, on aurait congédié tout ce monde.
LÊOME.
Des parents, des amis de mon mari... pas d'autres... et je ne sais, Balthasar, ce que vous voulez dire... Acheveï... car je n'ai jamais entendu que personne m'ait blâmée... que personne ait cru apercevoir...
BALTHASAR
Non , personne, grâce au ciel!... Mais moi... moi seul , qui toujours sur pied, et le jour et la nuit... ai cru voir... ! Oui, je suis bien vieux...
mes yeux sont bien faibles... ( U regardant en face)
mais, par malheur, ils ne me trompent pas... et j'ai vu...
LÊOIfiB.
Qui donc?... c'est trop souffrir... parlez, je le veui; je l'exige...
BALTHASAR , ttec un accent terrible.
Vous me le demandez !... à moi?
LÉONIB, effrajée.
Non, non... (se remettant sor-le-champ) Car VOici
matante... Sans cela, Baltliasar, je saurais ce quesignifie un discours aussi étrange... et auquei Je ne puis rien comprendre.
BALTHASAR
Fasse le ciel que vous disiez vrai !