‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 162 sur 756 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Madame DARMENTIÈRES, ERNEST, GRINCHEUX.

madame DARMENTIÈRES , i Ernest qui entre.

Cest lui... c'est mon neveu!

ERNEST

Ma chère tante !

Ne faites pas de bruit.. Grincheux, laisseznous , et veillez à ce que personne ne puisse nous surprendre.

(Grincheux sort.) ERNEST, regardant autour de lui d'un air étonné

Et pourquoi donc tous ces mystères? ne suisje pas chez moi? Il m'a fallu d'abord faire antichambre dans mon salon, pendant un quart d'heure... et maintenant Je ne peux pas vous aimer tout haut, ni vous dire que je suis enchanté de vous voir ?

MADAME DARMENTIÈRES.

Si vraiment.

ERNEST

Et ina chère Léonie.... ma femme, où estelle?

MADAME DARMENTIÈRES.

Silence... c'est pour elle surtout qu'il faut vous taire... elle ne se doute de rien... et nous lui ménageons une surprise.

ERNEST

Vraiment... je reconnais là, ma chère tante, votre tournure d'esprit romanesque... les événements ordinaires et habituels vous désespèrent... et vous aimez mieux , je crois, une catastrophe à eflet, qu'un bonheur tranquille et bourgeois... Je ne suis pas comme vous... et je tiens à embrasser ma femme, sans façons, et le plus tôt possible.

MADAME DARMENTIÈRES.

Attendez seulement quelques instants.

Je préférerais que ce fût tout de suite... car enfin, c'rstdu temps perdu... et il y a si longtemj)squeje ne l'ai vue... l'avoir quittée après un mois de mariage !

MADAME DARMENTIÈRES.

C'est terrible.

ERNEST

Et je l'aime tant !... je n'ai jamais aimé qn^elle... c'est ma seule inclination ; et quand on trouve sa sœur, son amie, sa maltresse, tout réuni dans sa femme...

MADAME DARMENTIÈRES.

C'estheureux... et c'est rare.

ERNEST

Eh bien! vous qui aimez Pextraordinaire, en voilà... vous devez être enchantée... Eh mais!... où est donc Balthasar ? comment ne l'ai-je pas encore vu ? ( Avec craiote.) U existe eucore , n'est-ce pas?

MADAME DARMENTIÈRES.

Certainement

BRNBST.

]1 est si vieux que , quand je le quitte » j'ai toujours peur de ne plus le retrouver.

MADAME DARMENTIÈRES.

n est absent., on vous dira pourquoL

Absent., tant pis ; cardans cemomeDC mtee...

Air du viodeville du Premier Prix.

Vous le dirai-je en confidence?

Quelque rhose me manque ici , C'est la figure et la présence De ce vieil et fidèle ami.

Oui, depuis que je suis au monde, El qu'en ce château Je le voi , Quand je ne l'entends pas qui gronde.

Je ne crois pas être chez moi.

Mais parlez-moi de Léonie, de ma femme. Elle doit être bien jolie... n'est-ce pas ?

MADAME DARMENTIÈRES.

Mais oui... c*est ce que chacun dit

ERNEST

Heureusement, ma chère tante, que vous étiei là , et qu'en duèg^ne sévère vous défendiez le trésor que je vous avais confié.

MADAME DARMENTIÈRES.

Comme je me serais défendue moi-même.

ERNEST

Je n'en doute point

MADAME DARMENTIÈRES.

D'abord , et pour l'étourdir sur votre adMence. je lui ai conseillé de se distraire, de voir le monde.

ERNEST

Vous avez bien fait.. Que le bonheur, que le plaisir puissent toujours l'environner!...

Les sociétés de Bordeaux ont été très-brillantes cet hiver, et Léonie y a eu un succès étonnant! Vive, légère, étourdie , elle était charmante... tout le monde l'adorait., ce qui me faisait un plaisir... Mais cela n'a pas duré... Sa tristesse l'a reprise... Elle n'a plus voulu voir

UNE FAUTE

personne... Elle ne pensait qu'à vous, ne s*occupaît que de vons... Et depuis six mois elle est réellement malheureuse, et surtout très-souffrante.

ERNEST

Que dites-YOHS?... elle est soufirante! Alors c'est décidé , je n'accepte point

MADAME DARMENTIÈEES.

Quoi donc?

ERNEST

Tout entier an plaisir de vous Toir, je ne vous ai pas parlé des honneurs qui , chemin faisant , me sont arrivés... on me propose un poste imporlanL.. une ambassade.

Je suis enchantée , ravie , transportée.

ERNEST

Ce n'est pas la peine; car je refuserai... Ma femme!... ma pauvre femme est souffrante, et je la quitterais ! Songez donc que c'est ma vie, mon bonheur.. • que je mourrais si je la perdais... Non, non, plus rien qui m'éloigne d'elle. Je vivrai id désormais en bon propriétaire et en mari. . . n me semble, autant qu'il m'en souvient, que c'est un état fort agréable... Aussi, ma tante, c'estfini : le quart d'heure est expiré... je ne peux plus attendre.

MADAME DARMENTIÈRES.

Eh bien ! puisqu'il faut vous le dire... apprenez donc que c'est aujourd'hui le jour de la naissance de vou-e femme.

ERNEST

Attendez donc, c'est, ma foi, vrai!... etle jour de mon arrivée ! est-ce heureux !

MADAME DARMENTIÈRES.

Je le crois bien.... j'ai invité tout ce qu'il y a de mieux dans le département.... Entendezvous?... Voiddéjà les voitures qui entrent dans la cour.

Air : A saixanie ont.

Ils ¥00 1 offrir à Léonie Leurs complimenls et leurs vœux empressés. Pour mon bouquet , sûre d'être obeie.

Moi, je dirai : Mon neveu , paraissez.

Quels cris de joie à l'instant sont poussés! On vous eniouie... ils sont tous en délire. Et votre femme en vos bras.

ERNEST

Ah! bravo l

Coup de UiéAtre, étonnement, tableau !

ERNEST , rianU La toile tombe.

MADAME DARMENTIÈRES.

Et chacun se retire.

ERNEST

Ce moment-U doit être le plus beau.

MADAME DARMENTIÈRES.

La toile tombe, et chacun se relire.

ERNEST

Pour un époox c'est l'instant le plut^ beau.

Page 1