SCÈNE V
ERNEST, JOSÉPHINE, LÉONIE, aMÛe.
EttNEST, enlranl.
Nos docteurs sont à table , et je suis tranquille sur eux. (a Joséphine.) Ils out Seulement prescrit
quelques gouttes d'une potion qu'A faudra porter dans sa chambre.
JOSÉPHINE
Oui, Monsieur.
ERNEST
Car ils prétendent que le danger est passé , mais que , dans l'état de faiblesse où elle est , la moindre émotion pourrait rappeler la fièvre , et ce délire qui m'avait si fort effrayé.
JOSÉPHINE
Quoi!... la moindre émotion?
ERNEST
Il ne faut désormais que du calme et du repos.
( Joséphine aort.) LÉONIE, avec inquiétude.
Qu'est-ce?
ERNEST , allant i cUe, et s^aœyant à sa droite sur le caoap^.
Rien... Nous n'avons plus besoin de la faculté, et j'en suis enchanté... J'étais jaloux même de leurs soins ; c'est moi que cela regarde... c'est à moi seul de veiller sur ce que j'ai de plus cher.
LÉONIE
Ah ! combien vos bontés me confondent!
ERNEST
Y penses4u? n'est-ce pas mon devoir et mon bonheur?... Cette nuit même, malgré l'inquiétude que j'éprouvais, si tu savais combien j'étais heureux de veiller près de toL.. de sentir u maio dans la mienne... de m'enivrer de ta vue!... de contempler ces traits si doux encore, quoique altérés par la souffrance... et plusieurs fois... oui, je m'en souviens... tu as parlé.
LÉONIE
Ociel!
ERNEST
Des phrases... des mots entrecoupés... je n'ai pu rien distinguer.
LÉONIE , respirant avec joie*
Ah!
ERNEST
Mais j'ai entendu mon nom qui errait sar tes lèvres... Ernest.. Ernest... tu m'appelais... et j'étais près de toi... comme dans ce moment..
LÉONIE
Ah ! pourquoi m'as-tu jamais quittée !
Il le fallait.. N'est-ce pas ton père qui, îiatrefois, dans ces temps de trouble, a recueilli ma famille?... N'est-ce pas lui qui m'a élevé?... qo' t'a donnée à moi?... Aussi, j'avais juré de tout immoler à son bonheur et au tien... Mais si ta savais combien étaient longues les heures de l'absence !... Vingt fois, si un devoir sacré, si le saint de mon père ne m'eût retenu , je serais parti; j^ serais arrivé h l'improvisle.. . je t'aurais dit : « Ma » femme, me voilà ! je ne puis vivre sans toi. »
UNE FAUTE
Maïs, grâce au ciel , le temps de Texil est fini : j'ai retrouvé le bonheur... je le retrouve... Vois donc désormais quel sort est le nôtre I... combien nous serons heureux !
Air de Leg Maris ont tort,
A mon bonheur je n'ose croire ;
Le ciel m'a permis d'obtenir.
Quelques honneurs et quelque gloire
Qu'avec mon nom j'ai pu t'offrir.
]l m'a donné de la richesse
Pour embellir tous tes instants,
El, mieux encor, de la jeunesse
Afin de t'aimer plus longtemps.
Mais voyons, mon amie, rendez-moi un peu romptede tout ce qui est arrivé en mon absence... Comment ta vie s'est-elle passée?... as-tu été contente de nos amis, de nos gens.... des embellissements qu'on a faits en ce château?... Balthasar n'est pas ici?...
LÊONIE, troublée.
Balthasar!...
EBNEST.
J'ignore pourquoi., car c'est à lui que j'avais donné mes ordres... et ordinairement il est là pour me rendre compte.
LÉONIE, dont le trouble augmente.
Loi!... vous rendre compte !...
ERNEST , loi prenant la main.
Eh mais ! qu'as-tn donc ?
LÉONIE
Rien.
ERNEST
SI., tu as plos d'agitation.
LÉONIE
Non... vraiment
ERlfEST, cootinoaot toujoun, et lui tenant la maio;
On m'a dit qu'il était parti depuis hier... le moment est bien choisi... mais il ne peut être qu'à la ferme... et je l'ai envoyé chercher. ..
LÊONIE , avec agitation.
n va venir?...
ERNEST
Ce matin , probablement... Eh mais I... ta main est brûlante*. • est-ce que la fièvre reprend?...
LEONIE, arec égarement , et retirant sa main brusquement.
Non, non... je suis bien...
ERNEST, se lerant.
Eh! mon Dieu!... cela m'inquiète, (il appelle.)
Joséphine I... (courant à la fenêtre. ) LeS VOltUTCS
ne sont plus dans la cour... nos docteurs sont re- Pvti8...ahl ce qu'ils ont ordonné... si on l'avait apporté...
(il entre dans la chambre de Léonie. ) LÉONIB, seule.
One je souffre!... mon Dieu! quejesouflre!... ma tête est en feu! où suis-je?... (Écontanu J'en tends marcher... on vient... on vient...
ERNEST, entrsnt.
Ils n'ont rien apporté... n'importe... {Apercevant
Léonie qui se lève et marche. ) Ah ! quelle agitation !...
quel trouble effrayant ! Ironie...
LÉONIE , avec égarement.
Taisez-vous n'entendez -vous pas? il
monte... le voilà...
Et qui donc ?
LÉONIE
Balthasar !.*• devant moi ! oh ! que j'ai peur !... j'ai beau baJMer mon front.... il me voit toujours... n'eSt«CepaS? (SejeUntdaDsIesbrasd'Eroest. )
Qui que vous soyez, par grâce... par pitié... cachez-moi... qu'il ne puisse pas m'aperce voir.... il dirait... « La voilà... elle est coupable! »
ERNEST
Léonie. •• quelle idée!... quel mensonge!
LÉONIE
Non... non... l'on ne ment point avec des cheveux blancs. •• il a dit vrai.
ERNEST
Quel délire vous égare! songez à vousmême... songez à votre père.
LÉONIE
Mon père!... mon père... ah ! viens , emmène moi... éloignons-nous !... c'est ce jeune homme... ce parent d'Ernest
ERNEST
Un parent à moi... et qui donc?
LÉONIE
Ne le vois-tu pas?... il vient d'entrer dans le salon... il part dans huit jours pour l'armée... et ma tante a voulu qu'il restât ce temps-là au château... moi je ne voulais pas... je ne devais pas le souffrir ; car il m'a dit qu'il m'aimait., moi je n'aime qu'Ernest... Il pleure... il se désespère... pour le consoler j'ai laissé tomber mon bouquet , qu'il vient de ramasser... tiens, vois-tu?... il Ta porté à ses lèvres, et l'a caché dans son sein... (Avec un soupir.) lleureusemcnt il part demain... Qui vient là ?... entrer ainsi chez moi... la nuit., par ce balcon !... c'est lui... Ah ! que ma légèreté fut coupable , si elle a pu lui inspirer une pareille audace!... Sortez... laissez-moi... laissez-moi... vous me faites horreur!
ERNEST
Orage!
LÊONIE.
Je n'aime qu'Ernest... Ernest, viens me défendre... je suis digne de toi... viens... (Avccd/sc»-
poir.) Non... va-t'en... (Tombante genoux.) 0 mon
Dieu!... ô mon père... pardonnez-moi !
ERNEST
Tais-toi, malheureuse... tais-toi.
OEirVTŒS COMPLÈTES DE SCRIBE.
LÉOMB.
OuL.# oai... U faut se taire*. • minuit sonne. G*est la veille de Noël... il est descendu par le balcon , le long des treillages..» j*ep(cnds un coup de fusil,.. QD Taura aperçu dons PombrQ !».* c^est Baltbasar!... Baltbasar... dont je ne puis éviter le regard... Trembler à sa vue!... rougir devant un valet!... si je lui demandais grâce... NoOf.» non... il ne le voudra pas... que faut-il faire?... j^ai voubi me tuer.
»aNEST, ^
Que dis-tu?
LÉONIE
Je n'ai pas osé... J'ai eu peur.*, mais si Ernest revient. J'oserai... et déjà Je aens là,*, mon Dieu! m'auriez-vous exaucée? je me sens mourir.
( Elle tombe «ur le canapé , fermant let yeux peu k peu. )
AiR: O Vierge tainlejen qui J'ai foi (de Fra Diavolo).
0 toi, dont j'ai trahi la foi,
Ernest... Ernesl... pardonne-moi;
Ernest... Ernesl... pardonne-moi.
(Sa tète tombe sur set épaulai... le sommeil la saisit. Ernest •'est assis près de la table à droite, U tète daa» lesmat^s, et plongé dans ses réflexions.)