‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 185 sur 756 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ROSE; Madame BEAUMÉNIL, portant une corbeille élégante qu'elle poae sur la table.

MADAME BEAUMÉNIL.

Voilà bien une autre aventure.

ROSE

Quoi donc, maman?

MADAME BEAUMÉNIL.

Une corbeille magnifique.

ROSE

Une corbeille , que Ton apporte ?

MADAME BEAUMÉNIL.

De la part de monsieur Guichard.

ROSE

Monsieur Guichard I Qu'est-ce que cela signifie ?

MADAME BEAUMÉNIL.

Que tout entier aux préparatifs de la noce , il n'est pas rentré chez lui , qu'il n'a pas encore ta lettre, et qu'il ignore...

ROSE

Ah I mon Dieu ! il ne fallait pas recevoir...

MADAME BEAUMÉNIL.

Est-ce que j'ai eu le courage ?... D'ailleurs , on ne fait pas une pareille confidence à un domestique.

ROSE , panant auprès de la table.

Ah! il a pris un domestique! Mais vous allez renvoyer tout cela , j'espère?

MADAME BEAUMÉNIL.

Aussitôt que j'aurai quelqu'un.

ROSE, s'en approchant.

A la bonne heure. Je neveux pasqull pense...

(Regardant la corbeiUe. ) Ça fait UU joU Clfet , le

satin.

MADAME BEAUMÉNIL, à Rose, qui entr*ooTre la corbeille.

N'y touche donc pas , Rose, puisque ce n'est plus pour nous!...

ROSE

Mon Dieu, maman , on peut bien regarder; je veux voir seulement comment tout cela est choisi.

MADAME BEAUMÉNIL.

Pour te moquer de monsieur Guichard. Dame ! il n'a pas des millions comme ton artiste.

ROSE , soupirant , à part.

Oui, joliment! Pauvre Emile! J'ai le cœur navré!... (luut.) Oh! le joli dessin !

MADAME BEAUMÉNIL, regardant uu tulle brodé.

' Charmant ! C'est le voile , et un voile d'Angle-

terre encore I Dis done , du prohibé « c'est cossu.

ROSE • le mettant.

Oui, tenez, cela se met ainsi; on croise cela par devant.

MADAME BEAUMÉNIL.

Ah I c'est joli , très-joli ; et ça te va...

HOSE.

Vous trouves?

MADAME BBAHMÉlflL.

Et ce bouquet, (EUelui met le boaquet.) JO UC

t'ai jamais vue avec un bouquet

BOSE , à part.

Ah ! son malheur me le rend plus cher que jamais. (Haut.) Voulez-vous une épingle, maman? (a part.) Et son image sera toujours.,. (Haut.) Un peu de côté : ça aura plus de grâce.

MADAME BEAUMÉNIL, radmiranl.

Ah î si tu voyais l Comme des fleurs vous relèvent une femme! (EUe prend dantU corbeiUede la blonde qu'elle montre à Rue.) AS-lU remarqué CCtte

blonde pour garnir la robe de noce ?

ROSE , la regardant.

n y a de quoi faire deu?^ raogs,

MADAME BEAUMÉNIL.

Deux rangs de blonde I Aurais-tu été benreuso avec cet homme-là ! (continuant à u parer, ) Et dirt que tout cela va être pour une autre !

ROSE

Pour une autre 1

MADAME BBAUMÉNIL.

Écoute donc , il a envie de se marier, ce garçon ; il voudra utiliser sa corbeille. J'ai idée que ce sera la fille de monsieur Gibelet, l'huissier au conseil des Anciens.

BOSE

Gomment, U petite Gibelet* qui loge id au quatrième?

MADAME BBAUMÊNIL.

Oui. Elle le regarde toi^ours de côté.

ROSI , brosqnenieBt.

Je crois bien : elle louche...

MADAMB BEAUMÉNIL.

Oh I non.

ROSE

C'est-à-dire qu'elle louche horriblement.. Une petite solte , si envieuse , si méchante , qui a toujours un air...

MADAME BBAUMÊNIL.

Hum î Si elle te voyait avec cette toilette , elle en ferait une maladie. Tu es si gentille comme ça !

ROSE

Vous trouvez ? Je voudrais bien me voir aussi , maman.

MADAME BEAUMÉNIL.

Attends ; je vais chercher le miroh*.

(Elle entre dan» U chambre de Kon. )

R08B, leulf.

Certainement , ce n'est pas tout oda qni b^ blouh*a. Je suis trop sûre de mes prindpM. Pauvre Emile I mais après tout* il n'a riep. (EUe

•*eat approchée dé la éorheUle, d'«Àellere|ir0wneUtlB^eUe

ootre.) Tiens , il y a le collier, et il n'y a pas les boudes d'oreilles I Et ma pauvre nèr# , travaîUer à son âge; elle qui n'aime pas à se priver I (Bt« gardant un châle.) V 'là justement Ic châle que jc désirais!

MADAME BEAUMÉNIL t refMiMil*

Tiens , voilà la glace de la toilette.

( EUe tient le miroir devanl alU. ) ROSB.

Quelle fraîcheur ! quelle élégance ! ( a r«rt, et d*an ton pénétra.) Abl Certainement, ce n'est pas d'une bonne fille*

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