SCÈNE III
GUICHARD, Madame GUICHARD.
MADAME GUICHABD.
Voyons, parlez, monsieur Guichard, je yous écoute.
GUICHARD
Moi, je De sais... je... (a part.) Que diable aussi , me laisser tout seul !
MADAME GUICHARD
Eh bien !
GUICHARD
Pardon, chère amie, après vous. Vous avez quelque chose à me dire.
Ok I c'est fort ample. L'abbé Doncin, qui prend tant dlntérét à ce qui vous regarde , m'a donné d'eicellents conseils pour tonte la famille : d'abord pour Augustin. Ce cher enfant ! j'avais des projets sur lui; je pensais à le faire entrer daos les ordres, mais les temps sont mauvais, c'est un état perdu. Et puis, ce qui autrefois n'était pas tm obstacle, il n'a pas de vocation. Vous le voyez , il aime le monde , le spectacle. Je crois Béme, Dieu me bénisse , qu'il est un peu libéraL L'école de droit me l'a gâté : il faut donc chercher à le sauver d'une autre manière , pendant qu'il est encore jeune , et je ne vois que le mariage.
GUICHARD , à part.
Je Ty ai donc amenée. (Haut.) Je crois qu'il aillerait oûeux ça.
MADAME GUICHARD
Air du Pol de fleurs.
Ah ! )e n%n suis pas étonnée!
Cela doit lui sourire asscx ; Loi, qui voit toute la journée Le bonheur dont vous jouissez.
Le mariage est un élat , je pense , Où l'on fait bien son salut.
GUICHARD
Je lecroi, Car je sais déjà , quant à moi,
( A pan. ) Qu'on peut y Taire pénitence.
MADAME GUICHARD
Nous venons, avec M. l'abbé Doucin, de lui trouver un excellent parti , mademoiselle Esthcr Grandmaison.
GUICHARD
La fille du receveur général ? Elle n'est pas jolie.
MADAME GUICHARD
Quatre-vingt mille francs de dot, une piété exemplaire, et des espérances! et une famille si respectable ! Le père a eu le courage de prêter serment contre sa conscience , poui* être fidèle à la bonne cause.
GUICHARD
Cest bien. Mais ma pupille Emilie?
MADAME GUICHARD
J'ai aussi pensé à elle. Je sais combien vous l'aimez, et je ne cherche qu'à vous être agréable. Nous lui assurons le sort le plus doux ; du repos et de la liberté pour toute sa vie. A force de protections , je la fais entrer chez les dames de la rue de Varennes.
GUICHARD
Au couvent!
MADAME GUICHARD
On viendra la chercher aujourd'hui, à trois heures, sauf votre approbation, ainsi que pour Augustin ; car vous êtes le maître de votre pupille, et de votre fils, comme de voire femme.
GUICHARD
Alors...
MADAME GI JCHARD.
Ainsi , c'est décidé , c'est convenu. Je vous en préviens, il n'y a plus à revenir. Malutenant, voyons , qu'avez-vous à me dire ?
GUICHARD
Mon Dieu! chère amie, c'était la même chose, à peu près... seulement.
MADAME GUICHARD
Vous voyez bien que nous sommes toujours d'accord, et que je ne cherche qu'à vous complaire en tout. Mais vous, mon ami, ne ferezvous rien pour moi?
GUICHARD
Quoi donc , ma bonne ?
MADAME GUICHARD
Oh ! vous ne pouvez plus vous refuser. Vous savez , ce don à la paroisse ; un marguiilicr doit donner exemple, et puis vous ne me refuserez pas.
GUICHARD
C'est selon. Combien serait-ce?
MADAME GUICHARD
AiR : Pour le trouver, on peut rester chez soi (d'YELVA }. C'est à peu prés...
GUICHARD
Parlez, je \ous écoule.
MADAME GLICnARD.
Vingt mille francs que ça pourra coûter. Ah! c'est bien peu poor ses fautes.
GDICHARD.
Sans doute.
Quand on en a beaucoup à racbeter.
Moi, qui suis sobre, et jamais ne m'oublie, Pour mes pécbés faut-il payer autant?
Heureux encor si J'avais, chère amie.
Le droit d'en faire au moins pour mon argent!
MADAME GUIGHARD*
HeiD , plaît-il ?
GUICHARD
Je verrai , si cela se peut
MADAME GUICHARD, sévèrement.
Comment donc? cela se doit, j*y compte, entendez-vous? il le faut. (D'un ton careiMat.) AdicU,
mon ami.
GUICHARD
Adieu , ma bonne.
MADAME GUICHARD , sortant.
Adieu.
( Elle sort. ) GDICHARD, seul.
Que le diable m'emporte si elle les aura !