LA COMTESSE, RODOLPHE
LA COMTESSE
Rodolphe, Monsieur, vous demandez à me pa^ 1er; je vous ai fait attendre, peut-être ?
BODOLPHE.
Pardon , Madame ; c'est trop de bonté, en ce moment surtout, que d'autres soins , d'antres iotéréts...
LA COMTESSE
Moi! non. Je ne m'occupais que de vous, di danger qui vous menace.
BODOLPHE.
Et le vôu*e, Madame !... Disposez de nés jours, de mon bras, ils sont & vous. Je cours rejoindre mes amis ; un mot d'eux peut soulef er le peuple , qui n'attend qu'on signaL
LA COMTESSE
Vos amis !
LES TROIS MAITRESSES
BODOLPHE.
Je TOUS réponds de leur déYouement oomme damien.
LA COMTESSE
Comment ?... à quel titre ?
RODOLPHE
Us saTent que si parfois un peu de liberté nous fat laissé, c'est à vous» à vous seule que nous le devions; que tous fûtes leur protectrice; que récemment vous avez risqué voire laveur à défendre leur cause.
LA COUTESSE,
Vraiment! abl que de bien vous me faites t.*. £t ces sentiments vous les partagiez?... Écoutezmoi, Rodolphe, j*ai besoin de vous ouvrir mon coeur, de justifier la confiance de vos amis, la votre. Lorsque vous me connaîtrez mieux, vous me plaindrez peut-être.
BODOLPHE.
Âh! Madame!
LA COMTESSE
Le rang où je suis placée, ces honneurs qui m'environnent, ce n'est pas moi qui les ai recherchés; on m'a condamnée à les subir. Issue d'une des premières familles de Napies, je ftas mariée bien jeune encore au comte d'Aretzo, seigneur ambitieux , prodigue , et cachant ses vices sous les dehors les plus brillants. En peu d'années il eut dissipé au jeu, et en folles dépenses, une partie de mon immense fortune, et pour sauver Tantre, que réclamaient ses créanciers, il quitta l'Italie. .. il m'arracha de la maison de mon père, que je ne devais plus revoir, de ma beQe patrie, où j'avais été heureuse quinze ans,
(ragtrdant Bodolphe) OÙ jC pulS l'être enCOrC... BODOLPHE,
Madame...
LA COMTESSE
Je le suivis en Allemagne. Il avait connu, je crois, votre grand-duc a Rome, au milieu des désordres de sa jeunesse : il les avait partagés, et comptant sur cette fraternité de plaisirs, il parut à la cour du prince, qui d'abord Taccueillit assez mal ; mais le jour que je fus présentée , mon mari rentra en grâce. Une charge nouvelle l'attacha à la personne de son nouveau maître , dont fl redevint fami, le confident. Le trésor lui fut ouvert, les honneurs lui furent prodigués; et mol, fière du crédit dont , sans le vouloir, j'étais la caose, je vis bientôt les courtisans à mes pieds, le prince donnait l'exemple. Bientôt il se montra plû tendre , plus pressant , il demanda le prix de ses bienfaits. Je vis alors le piège tendu sous mes pas ; et courant près de mon mari...
Air de Ténien.
t)e cet projets qu'en tremblani Je soapçoane , ie faTertU... 11 rit dt nu terreiur ;
Je feux partir... De rester il m'ordonne,
Et chaque jour voit doubler sa faveur...
D'aucun affront son âme ne s'effraye ,
Et je compris alors que, pour gagner
Ces honneurs vils qu'avec l'honneur on paye,
11 n'avait plus que le mien à donner.
BOnOLPHE.
Le lâche!
LA COMTESSE
N'est-ce pas , Rodolphe ? 11 méritait nn haine , mon mépris. (BaiaaiitiMyeax.) Je le méprisai trop, peut-être. Dès lors, je n'eus plus de rivales, je régnai. L'ambition s'étant glissée dans mon cœur. Je crus que c'était de l'amour ; le prince luimême, soumis à mes volontés, ne fut bientôt que le premier de mes sujets; il abandonnait à mes caprices le sort de sa couronne. Son indolence aimait à se reposer sur moi de l'embarras des affaires; et il y a quelques mois, lorsqu'un duel eut mis fin aux bassesses du comte d'Arezzo , effrayé de mes projets de départ pour l'Italie , il voulut m'attacher à lui par de nouvelles chaînes , et m'offrit sa main : il voulut m'épouser.
BODOLPHE.
Vous , Madame t.. Et vous avez hésité ?
LA COMTESSE
Non ; j'ai refusé , parce qu'alors il y avait dans mon cœur autre chose que de Tambition ; une cou« ronne ne pouvait lui suffire , c'était du bonheur qu'il lui fallait Vous vous rappelez ce bal , où vous prîtes ma défense contre de jeunes étourdis; un jour plus tôt j'aurais méprisé cet outrage , devant vous il me fit rougir. Mon sort avait changé, j'aimais!... Rodolphe, ce matin, vous-même, vous m'avez dit que, libre, sans ambition , exempt de préjugés...
C'est vrai, je raidit.
LA COMTESSE
Air : Damt un i>ieux ekdteou de PAndaloutie, Vous ne demandies qu'une humble eiistence, Vous ne denandies rien que d'être aimé ; Gomprenex ma joie et mon espérance :
Ce projet si doux, je Favais formé.
Richesses, honneurs, pouvoir, rang suprême. Ce sœptre qu'un roi veut me confier.
Moi , j'oubllrais tout pour celui que j'aime; M'aimez-vous asseï pour tout oublier?
RODOLPHE
Ah ! le ciel m'est témoin que jamais reconnaissance ne fut filus pure , plus vraie que la mienne.
LA COMTESSE
Répondei-ffloû
RODOLPHEé
Ah ! je ne puis vous dira ce que j'éprouve , ce qui se passe dans mon cœur !... Que n'étes-vous sans fortune, sans naissance, dans la classe la plushumMel
LA COMTESSE
Répondez.
RODOLPHE
Pour TOUS je sacriGerais tout au monde, tout , excepté...
LA COMTESSE
L*amour ?
RODOLPHE
L'honneur.
LA COMTESSE, attérée.
Ah I Je comprends ; laissez-moi.
RODOLPHE
Quoi! Madame...
LA COMTESSE, avec dignité.
Sortez.
(Rodolphe fort en laluant.)