SCÈNE PREMIÈRE
LUDOVIC , STÉPHANIE. Tous deux en costume de bal ; ils paraissent harassés. Stéphanie se jette sur an fauteuil auprès de la table. LodoTic va poser son chapeau sur un fauteuil à gauche , et puis vient se placer à la droite de Stéphanie.
STÉPHANIE
Ah! je n'en pois plus!
LUDOVIC
Dieu ! que c^est fatigant les soirées et les bals à la mode!
STÉPHANIE
Je ne trouve pas, quand on s'amuse... Ah! Ludovic , envoie donc la voiture chez le sellier... il vient du vent par la pordère.
LUDOVIC
Ah ! mon Dieu I ma petite Stéphanie , est-ce fiue tu aurais pris froid?
STÉPHANIE
Non, et toi?
LUDOVIC
Bon I un homme !... et puis c'est nous qui portons les cravates, les habits de drap, les gilets bien chauds , tandis que vous autres femmes , dont la santé est si frêle, si délicate, au sortir d'un bal... Oh ! quand j'étais garçon , ça me paraissait charmant ; je ne voyais là que de jolis bras, de
jolies épaules; mais à présent que tout cela esta moi , j'y vois des rhumes , des fluxions de poitrine; avec ça que tu as dansé...
STÉPHANIE
Gomme une foUe ! tandis que toi , tu étais dans le petit salon, sans doute à faire de la gravité; c'est l'usage à présent.
Air de JaéU et Aujourd'hui, Au bal on s'observe, on s'ennuie :
On croirait dans chaque salon Que la jeunesse et la folie Ont donné leur démission.
Avec vos airs de patriarche Réformant de nombreux abus, J'ignorasi le siècle marche ; Mais, pour sûr, il ne danse plus.
LUDOVIC
Delà gravité , moi ! après deux tours de galop» je m'étais nus à la bouillotte , qui reprend Ênreor.
STÉPHANIE
Tu as joué?
(Us se lèvent.) LUDOVIC
Oui , pour m'asseoir, il n'y avait que ce moyenlà. Mais c'est égal , je levais souvent la tête pour te regarder et t'admirer; tu danses si bien, d'un si bon cœur ! Je me trouvais dans un groupe où tout le monde était de mon avis. J'entendais dire autour de moi : « Voyez donc cette jeune daine»
LE BUDGET D'UN JEUNE BIÉNAGE
» qui est là , eo face , en chaperon de plumes ; que » de grâce! quelle taille charmante! » Et moi, souriant, je me disais tout bas : C'est ma femme !
STÉPHANIE
Mauvais sujet!
LVDonc.
Mais c'est surtout lorsque tu as chanté , c'était une admiration générale* Tiens, à ton point
STÉPHANIE
On à ma grande roulade, ah ! ah ! ah!.,«
LUDOVIC
C'était délicieux ! tu as enlevé tous les suffrages. De toutes parts on criait : « Brava! bravis- » sima!... mieux que madame Malibran. »
STÉPHANIE
Ah ! laisse donc , flatteur.
Aift : Restez , restez , troupe jolie.
Eh! oui, c'est la phrase ordinaire, El tous ces messieurs , en dansant.
Jusqu'à notre propriétaire.
M'ont fait le même compliment.
LUDOVIC
Mais je le conçois aisément.
Prés de toi , dans un trouble extrâme , Je croirais, dans ces moments-là, DcTenir aoaoureux moi-même.
STÉPHANIE, parlanU
Comment, Monsieur!
LUDOVIC , finiwant Pair.
Si Je ne TéUis pas déjà.
LOUIS, entrant.
Pardon, Monàeur.
LUDOVIC
£hbien!qa*est-ce?
LOUIS
Ce sont vos journaux que je vous apporte , si VOUS voulez les lire.
LUDOVIC
Par exemple , moi qui viens de passer la nuit
LOUIS
Et puis une carte.
STÉPHANIE , prenant la carte.
Donne. Ah ! mon Dieu ! Ludovic , vois donc.
LUDOVIC , regardant la carte.
Ton frère! il est à Paris?
LOUIS
C'est un monsieur qui arrivait de Rouen, et qui est venu hier soir, pendant votre absence, et il aime à causer, celui-là ! Dieu ! m'a-t-il fait des questions!
LUDOVIC
Des questions ! sur quoi ?
LOUIS
Dame ! sur vous, sur votre train de maison , sur vos plaisirs.
C'est singulier !
STÉPHANIE
C'est l'intérêt qu'U prend à nous ; il nous aime tant.
LUDOVIC
C'est lui qui nous a mariés.
STÉPHANIE
n m'a dotée.