‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 265 sur 756 · LUDOVIC, VICTOR · texte numérisé non relu

LUDOVIC, VICTOR

VICTOR , la regardant sortir.

Un Joli cadeau que Je t'ai fait là , J*espère.

LUDOyiG.

Et , chaque Jour , Je t*en remercie.

VICTOB.

Tant mieux; car, je te Tavouerai, je craignais dans les commencements que cela ne tournât

LUDOVIC

Et pourquoi cela?

VICTOB.

Je ne te parlerai pas de ta famille qui dédaignait la nôtre , et qui ne voulait pas nous voir ; de madame d'Obernay , qui faisait toujours de bonnes plaisanteries sur l'aristocratie du commerce, et sur les notables de Rouen. Permis à ellel Mon Dieu! la noblesse des écus est aussi ridicule que celle des parchemins; et il y a des sots dans le département de la Seine-Inférieure, comme dans celui de la Semé ; plus, peut-être , vu la richesse de la population. Aussi , ce n'est pas cela qui m'hiquiétait, c'était votre jeunesse, votre inexpérience ; avec une vingtaine de mille francs de revenu, je te voyais des goûts et des idées de dépense, qui demandaient cent mille livres de rente.

LUDOVIC

Vraiment!

VICTOR

Je me disais : Il va monter sa maison sur un train qu'il ne pourra pas soutenir , ou qu'il n'aura pas le courage de diminuer, parce que ce qu'il y a de plus terrible à Paris , comme partout ailleurs , c'est de déchoir aux yeux de ceux qui vous ont vu briller; ce n'est Jamais pour soi qu'on se ruine, c'est pour ses voisins , et ceux qui vous regardent.

LUDOVIC , avec embarras.

Ah! c'est vrai.

VICTOR

N'est-ce pas? voilà ce que je pensais , je te l'avoue, et ce que Je te répétais souvent, au risque de t'ennuyer ; mais tu m'as bien vite rassuré : J'ai vu, par tes lettres, que tu avais de l'ordre, de l'économie, que tu comptais avec toi-même.

LUDOVIC

Certainement; car tout à l'heure, avec ma femme , nous arrêtions le compte de l'année.

VICTOR

Bonne habitude , et le résultat doit en être satisfaisant ; car , dans ta dernière lettre , celle de la semaine dernière, tu me parlais de l'argent qee tu avais en caisse.

LUDOVIC , à part.

Ah ! mon Dieu !

VICTOR

Tu devais même, me consulter sur le placement

LUDOVIC, à part.

Quelle humiliation ! et comment lui avouer...

VICTOR

Eh bien I mon ami , Je t'ai trouvé un exceflent placement; Je suis gêné.

Que dis-tu ?

VICTOR

Je ne m'en cache pas; cela peut arriver àtott le monde; dans ce moment surtout, les derniers événements, si propices à la Uberté, ont compromis quelques intérêts, et, par suite, entravé le commerce ; cela reviendra , j'en suis sûr , et cela ne m'inquiète pas ; mais en attendant, pour faire vivre mes ouvriers, pour les garder tons, pour ne point fermer mes manufactures, ce qui, je crois, eût été d'un mauvais citoyen , j'ai été obligé à de nombreux sacriGces; les échéances se pressent, les rentrées ne se font pas, et J'ai aujourd'hui même, id, à Paris, trente mille fraocs à payer.

LUDOVIC

0 mon Dieu!

VICTOR

Je n'ai que la moitié de la somme, mais je me suis dit : J'ai là mon beau-frère, qui est à son aise, qui a de l'argent de côté, et m'adressera d'autres qu'à lui , ce serait l'oifenser ; n'est-ce pas?

LUDOVIC

Oui, mon ami, oui... mon sang, ma vie... tout est à toi.

VICTOR

Je n'en doute pas; mais je ne t'en demande pas tant, c'est quinze mille francs qu'il me laot; c'est , Je crois , la somme que tu as en caisse, du moins tu me l'as écrit.

LUDOVIC, arec embarras.

Oui... Je le crois.

VICTOR

Eh bien ! qu'est-ce que tu as donc ?

LE BUDGET D'UN JEUNE MÉNAGE

LUDOVIC

Rien*., mais je voulais te dire...

VICTOB.

E0t-oe qae par hasard tu me refuserais?

LUDOVIC

Non, mon ami... mais... c^estqoe...

VICTOR

Est-ce que tu serais de ces gens qui sont toujours riches quand on n'a pas besoin d'eux , et qui sont gênés, qui n'ont plus rien, dès qu'on leur demande un service?

LUDOVIC

Moi!... quelle idée! ( a part. ) n pourrait croire I... ( Hiat ) Tu auras ton argent , tu l'auras ce matin même , le temps d^envoyer à la Banque.

(â part, en montrant le salon.) Ma tante est là, et CC

que ma femme lui a demandé pour nous servira pour son frère. (Haot.) Mon ami, tu peux y compter.

VICTOR

A la bonne heure, je te reconnais. Ah ça, je ne viens pas à Paris pour m'amuser. J'ai des aH^dres dont je vais m'occuper ; je serai jusqu'à midi chez GrandviUe, mon banquier : tu peux y envoyer.

Aie: (hU, tout ett prêt pour ce doux hyménée (de LA Maîtresse au logis).

Mab à dîner noas nous verrons, j'espère. Adiea... tu sais ce que j'attends de loi.

LUDOVIC

Coi, to l'auras ce soir... adieu, beau-frére : Va, ne crains rien ; tu peux compter sur moi.

VICTOB.

Vois donc combien c'est utile en ménage D'être économe et rangé comme ici ; Pour soi d'abord... et puis quel avantage! On peut encore obliger un ami.

BHSEMBLE.

VICTOIU Mais A dtner nous nous verrons, j'espère. Adieu... ta sais ce que j'attends de toi. Je reviendrai ce soir... adieu, beau-frère; Je ne crains rien... to vas penser â moi.

LUDOVIC

Mais A dtner nous nous verrons, j'espère. Pour ton argent, tu peux compter sur moi : Oui, tu l'auras ce soir... adieu, beau-frère; Va, ne erains rien... je vais penser à loi.

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