‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 266 sur 756 · LUDOVIC, STÉPHANIE · texte numérisé non relu

LUDOVIC, STÉPHANIE

LUDOVIC

Eh bien I chère amie , est-ce une affaire terminée?

STÉPHANIE , avec émotion.

Oh I certainement; tout à fait terminée.

LUDOVIC

Comme ta as Pair ému!

STÉPHANIE

On le serait à moins : si tu savais quelle fierté, quels grands airs il m'a fallu endurer !

LUDOVIC

Ah dame ! elle n'est pas chanoinesse pour rien.

STÉPHANIE

Elle était d'une humeur...

LUDOVIC

Peut-être de te voir si jolie.

Ta crois? ah ! que je le voudrais! pour toi, mon ami , et puis pour la faire enrager.

LUDOVIC

Ah! que tu es bonne !

STÉPHANIE

Elle ne l'est guère ; car, lorsque je lui ai parlé de l'embarras où nous étions, et de la somme que tu la priais de te prêter, si tu avais vu quel air de triomphe brillait dans ses yeux ! elle m'a rappelé ce mariage fait sans son consentement ; elle m'a dit que j'étais cause de tout , que je te ruinais , que je te rendais malheureux ! et, ce qu'il y a de pis encore, que je ne t'aimais pas.

LUDOVIC

Toi!

STÉPHANIE

A ce mot-là , je n'ai pas été maîtresse de moi ; j'étais furieuse à mon tour, et je lui ai dit tout ce qu'on peut dire ( Avec colère. ) quand on aime bien , que nous n'avions pas besoin d'eUe , que nous nous passerions de ses bienfaits.

LUDOVIC

Air : Du partage de la rieheste.

Quelle imprudence!

STÉPHANIE

Et que m'importe?

Pourquoi subir d'humiliants refus?

« Puisqu'on me parle de la sorte, A-t-elle dit , tous ne me verrez plus. » Puis, me jurant que jamais de sa yie On n'obtiendrait rien d'elle...

LUDOVIC

Que dis-tu? Elle est sortie.

LUDOVIC

Ociel! elle est partie!

STÉPHANIE

C'est toujours cela d'obtenu.

LUDOVIC

Qu*est-ce que til as fait là?

STÉPHANIE

Tai bien fait ; ne¥as-tu pas prendre sa défense? il nous reste mon fk*ëre , et cela suffit.

LUDOVIC

Ton frère I

STÉPHANIE

Oui, sans doute; est-ce que tu ne lui as pas avoué ?...

LUDOVIC

Pas encore.

Et tu as eu tort; ce n'est pas lui qui chercherait à nous humilier : il nous tendra une main secourable, il nous aidera d'abord , et nous grondera ensuite.

LUDOVIC » embarrassé.

Je n'en doute pas , mais c'est que les alTaires d'argent, c'est si délicat !••• je l'ai sondé là-dessus.

STÉPHANIE

0 ciel ! est-ce qu'il serait comme ta tante ? est-ce qu'il ne voudrait pas en entendre parler ?

LUDOVIC

Au contraire , il m'en a demandé.

STÉPHANIE

Luil

LUDOVIC

Oui , il est gêné , il a besoin pour aujourd'hui de quhize mille francs , et ce qu'il y a de plus terrible, c'est que je les lui ai promis.

STÉPHANIE

Toi qui ne les as pas!

LUDOVIC

Je comptais sur ma famille , sur ma grand'tante, et maintenant que tu l'as congédiée, que tu l'as mise à la porte.. •

STÉPHANIE

Ah I pardon , mon ami , je vois que j'ai eu tort , j'aurais dû supporter pour toi ses humiliations , ses mépris.

LUDOVIC

Non, non; si j'avais été là, je ne l'aurais pas souffert. Que faire cependant?

STÉPHANIE

S'adresser à tes autres parents.

LUDOVIC

Qui nous accueUleraient peut-être plus mal encore.

STÉPHANIE

Ah ! mon ami ! je ne m'en serais jamais douté I quelle bonne chose que l'argent, puisqu'il permet de se passer de ces gens-là 1

LUDOVIC

Nous nous en passerons sans cela , et plutôt que

d'avoir recours à eux, nous quitterons Paris; je n*y tiens pas.

STÉPHANIE

Ni moi non plus.

LUDOVIC

Nous nous retirerons dans notre maison de campagne.

STÉPHANIE

Oh ! oui , à la campagne on vit pour rien.

Elle n'est que d'agrément, je k ferai valoir : j'abatu*ai les arbres, j'aurai un fermier, je mettrai le parc en luzerne et les jardins en prairie; tout sera en plein rapport; il n'y aura rien pour le plaisir.

STÉPHANIE , pleurant.

Tu as rakon, nous serons heureux*

LUDOVIC

Am da Petit CortaUre, Oui , nous le serons loos les deux.

STÉPHANIE

Et notre fils... ou notre fille.

LUDOVIC

Oui, tous les irolâ... cela vaut mieux; Nous serons heureux en famille.

STÉPHANIE

Nos enfants seront, mon ami , Notre richesse...

LUDOVIC

C'en est une; Et puis on est toujours ainsi Maître d'augmenter sa fortune.

Rien ne nous manquera. Viens, partons.

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