‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 303 sur 756 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Miss CLARENCE, KETTLY.

MISS CLARENCE

Te voilà ! je te revois I viens à mon aide , Je suis bien malheureuse.

KETTLY.

Pas tant que vous croyez; d*abord un beau jeune homme , un militaire, a donné ordre à vos gardiens de me laisser passer. Je puis aller et

venir en liberté dans toat le château , et j*en profite pour vous apporter des nouvelles , oh ! mais des nouvelles incroyables , il n'y a que celleslà de bonnes.

MISS CLA.RENCE

Dis-les vite.

KETTLY.

J'attendais dans la salle d'armes, où j'allais être interrogée par le seigneur châtelain , et puis sa sœur, une grosse châtelaine, lorsque est arrivé le capitaine Goverly , ce gentilhomme de grand chemin , quia arrêté notre voiture. Et on n'était pas du même avis , et on s'est disputé , et il leur demandait...

MISS GLABENCE.

Quoi donc?

KETTLY.

De l'argent, beaucoup d'argent , il paraît qu'il y tient. Ils disaient tout cela , à cause de moi , non pas en bon anglais , mais en patois irlandais ; et moi , qui justement suis du canton de Donnegal, je n'en al pas perdu un mot 11 y a donc une grande dame, une dame de la cour, qui est leur ennemie mortelle, et ils vous ont arrêtée à sa place.

MISS CLARENCE

Est-il possible I

KETTLY.

Miss Arabelle...

MISS CLÂRENCE.

La favorite, la maltresse du roi !

KETTLY.

Air de Oui et Non»

Est-il possible ! et dans ces lieux Ils osent vous prendre pour elle!

Mais c'est terrible... c'est aflTreux Pour une honnête demoiselle.

Et je n' Youdrais pas, quant A moi , SouCTrantde telles injustices.

Prendre les charges d'un emploi Dont une autre a les bénéfices.

(Pendant ce couplet, miu Clarence est allée au fond do théâtre, et a examiné Tappartement avec attention; elle redeacend , et ae trouve à la fin du couplet à It gauche de Kettly.)

Et vous devez être indignée.

MISS CLARENCE, avec joie et vivement.

Au contraire; attends, attends; sir Arthur partageait sans doute leur erreur.

KETTLY.

Qui, sir Arthur?

MISS CLARENCE , avec impatience.

Ce jeune homme, ce militaire qui m'a traitée si froidement, qui refusait de me secourir, et presque de m'entendre.

KETTLY.

C'est bien mal.

MISS CLARENCE

Non, non ; c'est très-bien, et je comprends son dépit , sa colère ; il aurait dû me traiter encore plus mal; mais c'était déjà bien ainsi, et je l'en remercie, et je l'en aime davantage.

KETTLY.

Qu'avez-vousdonc?

MISS CLARENCE

Rien... je suis contente, je le retrouve. Pauvre jeune homme!... c'est si aimable à lui!... Imagine-toi qu'il est furieux, et c'est ce qui me rend si heureuse. Mais il ne faut pas que ce bonbeorlà dure trop longtemps, et je vais le désabuser, lui dire qui je suis...

KETTLY.

Gardez-vous-en bien; car je ne vous ai point tout appris. Nous sommes ici dans le château de lord Sunderland.

MISS CLARENCE

Lord Sunderland, l'ami de sûr Robert, mon tuteur!

KETTLY.

Celui dont il nous parle sans cesse, et qaH vient visiter tous les jours. Il paratt même qu'aajourd'hui, et avant de se rendre à Carliste, sir Robert s'est arrêté ici , et qu'il doit y revenir dans deui heures ; on l'attend.

MISS CLARENCE

C'est fait de moi I Nous sommes venues noos livrer en ses mains , et juste au moment où cet hymen , où cet esclavage me paraît plus horrible que jamais.

KETTLY.

Et en quoi donc?

MISS CLARENCE

Et pour retomber au pouvoU* de sir Robert!... Non certainement , je ne dirai pas qui je suis: je m'en garderai bien.

KETTLY.

Ils vont alors continuer à vous prendre pour la favorite.

MISS CLARENCE

M'en préserve le ciel !

KETTLY.

U faut cependant choisir ; être à leurs yeux miss Arabelle ou miss Clarence. Voyez ce que vous voulez.

MISS CLARENCE, avec impatience.

Je voudrais... je voudrais n'être ni l'une m l'autre. Quel embarras! quel tourment! Qu'estce que tu me conseilles ?

KETTLY.

Dame I Mademoiselle, jen'ose pas. L'essentiel, c'est que nous nous remettions en route.

MISS CLARENCE

Plût au ciel!

(Elle i'aified auprè» de U table. )

LA FAVORITE

UTTLT.

Et fl m e semble que , pour commander et tous faire obéir, le nom de la favorite aura toujours plus de crédit que le vôtre.

IlISS CLARENCB.

Tu crois?

KETTLY.

Quand vous devriez leur faire à tous de belles promesses, qu'est-ce que cela coûte ? Les tiendra qui pourra. Mais vous ne saurez jamais mentir.

lIlSS CLARBNCE.

Mieux que ta ne crois ; j'ai été U*ois mois à la cour.

KETTLY.

Ah! c'est vrai.

MISS GLA.RENCE.

Et lorsque j'étais demoiselle d'honneur de la reine, je me rappelle que lord Sunderland et miss Réginald , sa soeur, étaient ce qu'on appelait des mécontents, des amis du bien public, qui demandaient toujours quelque chose pour eux.

KETTLY.

Vous voyez bien.

Air : De sammeUler encor^ ma chère.

Allons, reprenex confiance.

1IIS8 CLARBNCE.

Ta le veux, ]o suit ton conseil.

Mais c'est bien hardi, quand j'y pense, D'asurper un poste pareil.

(Blle^it)

KETTLY.

Rassurez-TOQS sur ce chapitre.

Comm' Unt de gens qu'on voit placer.

De remploi vous n'avez que V litre.

Vous n'él's pas Torcé' d'exercer.

MISS CLARENCE , le levant et allant à Ketlly.

Tiens, puisque, grâce à M. Arthur, tu as la liberté de te promener dans le château, voici

d'abord ces deux lignes (elle lui donne un papier)

qu'il faut remettre en secret à miss Réginald... et pois le capitaine Coverly. Je ne connais pas... mais d'après ce que tu m'as dit, on peut toujours... (Elle tire d« ton portefeuille on papier qu'elle net dau une lettre.) Voici pOUr luî.

KETTLY, regardant ven le fond , I droite.

C'est lord Sunderland.

MISS GLARENCE.

' Tu en es sûre? Le plus redoutable de tous.

(a part, et cherchant & te donner du courage.) ÂlloUS,

allons ; qu'est-ce que c'est donc que de trembler ainsi? Il ne peut rien m'arriver de pire ; prenons courage, et un air de dignité : rappelons-nous comment faisait la reine , cela ressemblera peutêtre à celle qui la renpltce.

Page 1