SCÈNE X
Les Précédents, SUNDERLAND, entrant par
la porte à droile.
SUNDERLAND, & Kettly.
Jeune fille, laissez-nous. (Rettly l'approchode m»
Clarence , et lui parle bas.) LaiSSeZ-UOUS.
(Kettly sort. Sunderland s'approche de miis Clareneo, quHl
salue plusieurs fois avec respect.)
IIISS CLARENCE , cherchant & prendre de rassoranoe.
De quel droit , Monsieur, s'est-on permis de m'amener en ce château? Et qui étes-vous?
SUNDERLAND
Il n'est pas nécessaire que vous le sachiez. Tout ce que je puis vous apprendre, belle lady, c'est que vous n'êtes pas ici parmi vos meilleurs amis.
Air du Baiser au porteur.
Loin de la cour, où chacun nous réclame. Inaperçus nous vivons, grdce à vous ; Le roi ne voit que par vos yeux , Madame;
Vos yeux se détournent de nous , Oui, vos beaux yeux se détournent de nous.
Ils étaient , si j'en crois mon xéle , Trop dangereux... et sans rien ménager.
De mon prince, en sujet fidèle.
Je dois éloigner le danger.
Aussi le parti en est pris, on vous conduira cette nuit, sous bonne escorte, au port de "Whitehaven , de là vous passerez sur le continent, et de là... Mais dans ce moment il est inutile de vous en dire davantage.
MISS GLARENCE.
Ah! mon Dieu I
SUNDERLAND
C'était un parent à moi, un jeune homme, qui devait vous conduire ; il refuse.
M ISS CLARENCE, & part.
Le maladroit !
SUNDERLAND
Et j'ai choisi pour chef de l'entreprise un homme incorruptible et sévère que vous essaieriez en vain de séduire.
lIISS GLARENCE, hésitant.
Le capitaine Coverly?
SUNDERLAND, étonné.
Qui VOUS l'a dit , et comment savez-vous?
IIISS GLARENCE.
Lliabitude que j'ai de deviner. Croyez-vous franchement que j'ignore où je suis , et que je ne connaisse pas mes ennemis, (le regardant fixement) à commencer par milord Sunderland ?
SUNDERLAND
0 ciel ! c'est fiiit de moi.
IIISS GLARENCE, à paH« rohaervant.
Il tremble I cela me rassure.
SUNDERLAND
Eh bien 1 oai^lUdane; piisqae les qualUés
sont connues, je n^ai plus rien à ménager, et vous savez mieux que personne si, moi, ancien maître des cérémonies, acluellcraent en retraite, je dois vous en vouloir.
Miss CLARENCE.
Et en quoi, s'il vous plaît?
SUNDEBLAND.
J*ai usé mes jours et mes nuits au service de rÉtat , j'ai passé quarante ans de ma vie au milieu des bals, des concerts, des fêtes de toute espèce; et après une carrière aussi agitée, on me prie de me reposer. C'est indigne I
MISS CLARE^XB•
Sans doute ; mais est-ce une raison pour vous perdre à jamais?
SUNDERLAND
Milady...
MI8S CLARENCE
Écoutez -moi, Milord, les instants sont précieux. Je suis en votre pouvoir, c'est vrai ; mais notre jockey, notre postillon, qui vous est échappé, est déjà arrivé an village voisin, où il aura donné l'alarme. Dans ce moment peutêtre on est en marche.
SUMDERLAND.
Odel!
MfSS CLARENCE.
Et VOUS aurez travaillé , non pour vous , mais pour ceux qui auront l'esprit de me secourir et de me délivrer. Pourquoi voulez-vous leur laisser cet honneur, et leur donner a la reconnaissance du roi des titres qu'il vous est facile d'acquérir vous-même?
SUNDERLAND
Que dites-vous ?
MISS CLARENCE
Que je vous parle dans votre intérêt, et dans le mien. Je ne veux pas feindre ; j'y mettrai de la franchise. Eh bien ! oui , j'ai le plus grand intérêt à arriver ce soir à Carlisle ; me retenu*, ne servira en rien vos projets , qui finiront toujours par être découverts ; et à moi , une heure de retard peut renverser toutes mes espérances.
SUNDERLAND
Qu'entends-je !
MISS CLARENCE
Je vous dis mon secret, j'ai confiance en vous; et si, à l'insude vos compagnons, vous voulez me permettre de repartir à l'instant même. • .
SUNDERLAND
Après notre serment, une telle idée...
MISS CLARENCE
Est moins dangereuse qu'une coDspu*ation , et vous rapportera davantage : c'est vous qui serez mon chevalier ; vous me conduirez , vous ne me quitterez pas , nous arriverons ensembleà Carlisle,
au palais ; je vous présente à la reine... non , ]e veux dire au roi, et je lui dis : « Voilà mon dé- » fenseur, mon libérateur, celui qui , cette nuit, » a bravé tous les dangers pour me sousunire » aux complots de mes ennemis. »
SUNDERLAND
Je comprends bien qu'un pareil service.... et certainement, si ce n'était...
MISS CLARENCE
Votre serment?
' Du tout , ce n'est pas cela ; mais...
AIR : Le beau Lycoi aimait Thémire*
PREMIER COl'PLET.
Encor faut-il des garanties.*...
Si , par vous , je redevenais Grand-maitre des ccréiuonies...
MISS CLARENCE
J'en parlerai... je le promets.
SUNDERLAND
Un traitement en conséquence.
Un peu plus fort qu'il ne Tétait, Le double de ce qu'il était...
MISS CLARENCE
Comptez-y... l'on vous le promet.
(A part.)
Ce n'est pas cela , je le pense.
Qui peut augmenter le budget.
DEUXIÈME COUPLET
SUNDERLAND
Pour être sûr qu'on me pardonne, Je voudrais bien, outre cela, i/ordre du Bain.
MISS CLARENCE
Je vous le donne.
Je donne tout ce qu'il voudra...
SUNDERLAND
De plus... en signe d'alliance.
Et si milady le permet...
( Il lui prend la maio. )
MISS CLARENCE, la retirant d'abord. Que faites-vous?
(a part, et se laÎMant baiser la main. )
Mais en elTet Ce n'est pas cela , je le pense.
Qui peut augmenter le budget.
(Haut et vivement.) Mais partoDS, de grSce; faites qu'on me rende ma voiture, mes chenu, ma fille de chambre , et qu'avant une demi-heure, nous soyons tous en route.
SUNDERLAND
C'est tout ce que je demande; mais commeot tromper la surveillance des antres personnes qm habitent ce château ? et ils ne sont pas les seob; nous pouvons rencontrer dans notre faite sir Robert , qui revient ce soir de Carlisle.
MISS CLARENCE , effrayée.
Sir Robert!...
SUNDERLAND
Un de nos voisins, homme dangereux, và9é
LA FAVORITE
des plus maoYaises intentioDS, non-seulement contre vous, mais contre le roi lui-même.
MISS CLARENCE
En étes-vous bien sûr ?
8UNDERLA.ND.
Je n'étais pour rien là-dedans; je vous le prouverai par des lettres mêmes qu*il m'écnvait pour me gagner. Silence! c'est miss Réginald, ma sœur; rentrez là , dans cet appartement.
(Lui indiquant la chambre & gauche.) MISS CLARENCE.
Oui, Monsieur, oui.
SVNDERLAND.
Fidélité à toute épreuve ; et dès qu'il en sera temps, jlrai vous chercher pour vous conduire moi-même ; moi-même , entendez-vous ?
MISSCLARENCE, Apart.
Lui-même. Allons, il me semble que ce n'est pas mal, et que la véritable n'aurait pas fait mieux. (Haut.) Adieu!
( Elle entre dans la chambre & gauche , en faiaant un signe d'intelligence à Sunderland , qui met la main droite sur ion coDor, et étend Tautre en guise de serment)