‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 315 sur 756 · LE CARDINAL, GERTRUDE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL, GERTRUDE

LE CARDINAL , entrant par la droite.

C'est inimaginable , et je ne sais pas comment

je vais sortir de là. (a son domestique, qui le suit)

Qu'on mette mes chevaux.

(Le domestique sort.) GERTRUDE.

naTakagité.

LE CARDINAL

Ah ! c'est vous, ma chère madame GertrudeP

GBRTRUDE.

Est-ce que Votre Éminence va sortir?

LE CARDINAL

Je vais au Vatican.

De si bonne heure !

LE CARDINAL

U le faut bien, les affaires, j'en suis accablé; et puis, cela va mal, je n'ai pas d'appétit.

GERTRUDE

Monseigneur a si bien dîné hier !

LE CARDINAL

Je n'ai pas d'appétit ce matin ; et le mouvement, le grand air, me disposeront peut-être à déjeuner. On servira à mon retour.

GERTRUDE

Oui, Monseigneur. Mais Votre Éminence est dans un état de préoccupation qui m'inquiète.

LE CARDINAL

Oui , oui , c'est vrai ; je rêve , je pense; je ne suis pas dans mon état naturel; et moi qui aime à digérer tranquillement , et sans que rien me tourmente, je me trouve, grâce au prince de Forli , mon neveu , dans un embarras dont je ne sais comment me tirer.

GERTRUDE

Et comment cela?

LE CARDINAL

Imaginez-vous... car je vous dis tout , ma bonne madame Gertrude, surtout quand ça va mal... imaginez-vois que j'avais médité pour lui, depuis longtemps, un mariage magnifique, la nièce du cardinal Cagliari, qui est si influent au sacré collège; car moi je ne pense qu'à mon neveu, et à son bonheur. Le cardinal me faisait nommer secrétaire d'état, et au prochain conclave, en réunissant nos votes, que Dieu prolonge les jours de notre souverain actuel I... mais il est bien vieux, bien cassé; on a parlé d'un catarrhe, et même de deux médecins appelés hier près de Sa Sainteté!... enfin, ilyades espérances.

GERTRUDE , avec joie et explosion.

Est-il possible!

OEUVRES GOMFLÈTEB DE SCRIBE

LE CARDINAL, U modérant.

Taisez-Yoqs, taisez-Toqs, mon enfiint; il ne foot pas avoir de mauvaises pensées» cela porte malheur* Et pour en revenir à ce mariage, mon neveu m*avalt dit: « Faites comme pour vous, » mon oncle, cela m*est égal. » Alors j'avais été en avant, tout avait été conclu hier entre nous ; le cardinal, sa nièce, et jusqu^à Sa Sainteté qui a donné son agrément; il ne manque qu'un consentement, un seul, celui de mon neveu, et ce matin il refuse, U nt tant plus entendre parler de mariage.

Et quVst-ce qiill ol^ecte?

Que la prétendue est laide I c'eit poaiilito; je ne demande pas qu'il Tadore» mais qull réponse.

GBBTRUOI.

C'est juste, etdte que cela vous rend service ;... HMds ne pourrait-on pas le gagner par la persuasion et la douceur?

LB CARDINAL

Est-ce que J0 ne fais pas tout pour lui 9 est-ce que je lui refuse rien ? Il a voulu une meute , des cbev^ttt anglais , il n*a en qu'à parier ; U 9 désiré une villQ, une maison dp campagne, une galerie de tableaux , je |es lui ai dpni|ée«: e| tout cela, sur les revenus de Téglise^

QIRTBUDB,

Quelle |K>nté I quelle générosité 1

LB G4RpiVàL,

Hier encpre, U paraît qu'op a ent^n au Vatic9ii, devant le pape, uu «oprguQ maguifique» une vpix admirable, dopt il est revenu ravi, euthousiasmé I Selon lui , il n'y a jamais eu rien de Pfu^il; et daps apu amour pour les firis, il m> persuadé, moi, que je dev^ii^ les encouT^iger , Ips protéger, et offrir à pe jeuifp artiste un logement ici, dans mon propre palais.

UBRTRVDB^

Et vous j avOT consenti?

LB GARPINiU..

Il ra bien fallu. Jfe lais toni ee qu^ veut, pour «tra le maître, car je dounerais tout au monde k celui qui le déciderait à ee mariage } mais tout a été inutile» et je ne sais main^snant quel moyen employer.

8CÈNS IV.

^ES Pr$c|p|5NTS| un P0ME3TIQUE.

LU DOlIBSnQlIB.

Un jeune hemme qui a reçu une invitation de monseigneur ^onuiQÂe à lui parler* il signor Gianino.

LB OABDINAL.

G^est notre soprano. Tal bien le temps de le recevoir, moi qui vais au Vatican ; chargez-?oo8 de ce soin, ma chère madame Gertrude.

GERTBUDB.

Moi , Monseigneur ? Je ne peux pas souffiir ces gens-là.

LE CARDINAL

D'où vient?

GERTRUDE

Je ne sais... je ue peux p^ expliquer à monseigneur.

LE CARDINAL

Si, si... je vous comprends; mais priez-le seulement de déjeuner ici, ^vec moi et mon neveu.

UBRTRUDB.

Si Votre Ëminence Texige?

LE CARDINAL

Sans doute, ( ^u dooMtUque. ) Les chevaux sont mis?

LE POM^TIQU^

Oui, MonseigneuTt

LB CARDINAL

Mes gants Vloletsl (Le domMUqM lu donne I G«rtrade , qui les pc^M^to au cardinal. ) Je reviendrai

bientôt) un déjeuner léger. ( ii fait nn pa» pour wr^ tir et rerioat.) Ahl je n*y peusuis plus, car mon neveu me fait tout QubÛer: on servira cette truite dont je n*ai mangé hier que bi moitié; die était excellente.

GBRTRUDB^

Oui, Monseigneur,

LR CARDINAL.

Une truite du lac de Genève. Quel dommage que ce soit un canton protastuutl De si bon poisson! Adieu, adieu I Abt ma pauvre Gertrude,

je suis bien tourmenté ! ( u va pour aonir. Revenant.)

Sauce genevoise, entendez-vous?

( 11 sort par le fond ; le domestique le anit. )

acinE y.

GERTRUDE, leole.

Faire les honneurs du palais au signor Gianino ! Encore un qui vient s'établir ches nous, encore un qui voudra s^mparer de Fesprit de monseigneur , et le gouverner aussi : c'était d^à bien assez de moi et de spo uis^jordome. Celui-4à est un si honnête hompiie , qui s'eprichit 4^ son côté, moi du mien ; et nous aurions déjà fait une fin , si ce n'était monseigneur qui ne veut pas qu'on se marie chez lui : il tient tant aux mœurs ! Ah ! voilà nQtrit UQUvej^u çoupnensal, ce beau chérubin.

LE SOPRANO

SCiNE VI.

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