‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 316 sur 756 · GERTRUDE, GIANINO · texte numérisé non relu

GERTRUDE, GIANINO

GIAUIirO, timiiemaDt.

On m'a dit , Madame , que monseignemr le cardioal de TriYoglio était soitL

OBSTRUDK» brmqneiiMiit.

Oui, Sigaor; il voua prie de Fattendre, et de ûêiÊBmr ici arec mb sevea. Voilà ma commiaaioii foite, AdioL

(^efapoorfortir.) GIAHIia* teldemenU

Un mol, de grftce, Sigaora.

GEBTRUDE.

Quelle Yoix douce 1 Que ces gens-là ont un air cftlia!

OUHIHO.

Je soia si heureux de rencontrer id une per- •onne tille que ?ous , une femme 1

GERTBUOE.

Qu'est-ce que cela lui fiEdt , Je vous le demande ?

6IAIIIN0, de même.

Une personne , enfin, de qui je puisse receyoir des renseignements et des conseils.

GERTRUDE , avec aigreur.

Des conseib ! vous n'en avez pas besoin. Pro* t^é par le prince , reçu par son oncle , vous voilà déjà de la maison.

GIANINO

C'est que Justement je voudrais ne pas en être.

GBRTRUDB.

Estn possible!

GIANINO

Et Je ne sais comment refaser.

GERTRUDE, avec affection.

Parlex, |non enfant, parlez sans crainte : car il est vraiment gentil, ce petit signer; et malgré soi on s'intéresse à lui. Vous disiez donc , mon bel enfant.. •

GIANINO

Que seul, sans amis, sans protection dans ceUe ville ^ Je suis trop heureux d^avoir celle du cardinal de Trivogllo, qui m'arrive Je ne sais comment, et que Je tiendrais beaucoup à conserver. Mais, d'un autre côté , il m'offre dès aujourd'hui un appartement ici, près de Iqi, dans son palais; et il m'est impossible d'accepter.

GERTRUDEf

Et poiu^Qi donc?

giani.no.

Fa\it-ll tout vous dire?

Certaineo^ent

GIANINO

Et vous ne me trahirez pas? Ce serait bien mal.

GBRTRUDE.

Je n'ai Jamais trahi personne , Je voua prie de le croire*

GIANINO

C'est qu'il y va de mon sort , de mon repos.

GERTRUDE

Soyez tranquille* £h bien?

GIANINO

Eh bien! Signonu.... c'est que Je suis que femme.

GERTRUDE

Bonté de Dieu 1

GI ANETTA , I nu-f oii.

Silence , Je vous prie.

GERTRUDE

Et que signifie un pareil mystère ?

GIANSTTA.

Oh! Je vais tout vous raconter. Pauvre villageoise, orpheline. Je n'avais de ressource qu'une assez belle voix, à ce que tout le monde disait. Un musicien qui m'avait donné des leçons me proposa de m'épouser ; et le matin même de notre mariage, nous quittâmes le pays, et nous partîmes ensemble dans un petit voiturin qu'il avait loué. Nous traversions les campagnes de Naples, le jour tombait, et nous approchions de l'endroit où nousdevions coucher; mon mari et le conducteur montaient une côte à pied , et s'entretenaient d'histoires de brigands , lorsque près de nous partent deux coups de fusil : le conducteur se précipite à travers champs; mon mari en fait autant, sans réfléchir, sans pensera moi , qui étais restée dans la yoitare!,.. et le cheval, effrayé par le bruit et surtout par mes cris , m'emporte au grand galop , et sans s'arrêter , à plus d'une demilieue.

GERTRUDE

Dieu I que J'aurais eu peur !

GIANETTA

Pas pks que moi. Et ce qui redoublait encore mon effroi , c'est que J'entendais derrière la voiture les pas de plusieurs personnes qui me poursuivaient, et qui saisirent enfin la bride du dieyal ; ils étalent deux, à pied, et armés de fusils.'

GERTRUDE

Ah ! les inlames brigands !

GIANETTA

Du tout, c'étaient des jeunes gens... de très- Jolies figures... des manières très-distinguées ; ils furent rejoints un instant après par une meute et par des piqueurs, car c'était en chassant dans la montagne qu'ils avaient tiré ces deux coups de fusil qui avaient fait prendre le mors aux dents à mon cheval.

GERTRUDE

Et à votre mari.

GIANETTÂ.

Précisément! Et jugez de leur surprise, en me voyant la nuit , seule dans cette voiture , et en habit de mariée. A ma prière , on alluma des flambeaux , on parcourut la montagne , on battit les bois dans tous les sens, point de nouvelles de mon mari ! impossible de le retrouver ; et Tun de ces jeunes gens qu'on appelait monseigneur, et qui avait Tair de commander aux autres , m'offrit de me conduire jusqu'à la prochaine villa. Il était minuit , et dans ce bois j'avais froid , j'avais peur, et j'acceptai ; nous arrivâmes à une maison de campagne délicieuse , c'était la sienne !

GBRTHUDE.

Ah! ah!...

GIANETTA

On me donna l'appartement de sa sœur ; des tentures, des tableaux magnifiques!... Moi qui sortais de mon village, je n'avais jamais rien vu de si beau; des femmes s'empressèrent de me servir, de prévenir tous mes vœux ; et puis le prince , c'était un prince italien , était pour moi si soumis , si respectueux , que je ne pensais plus à avoir peur, je ne pensais plus à rien.

GERTRUDB.

Qu'à votre mari.

GIANETTA

Oh ! toujours I... Mais le prince devenait si aimable , si galant , que je voulus absolument partir; il ne le voulait pas, et il avait un air si malheureux... il me suppliait avec tant d'instance de rester encore un jour, que cela me faisait de la peine ; un pauvre jeune homme qui est à vos pieds, et qui pleure!... si vous saviez comme c'est terrible.

GEBTRUOE.

Je le sais , Signora. (se reprenant.) Je l'ai su , du moins.

GIANETTA

Et ne sachant comment faire pour lui résister, craignant de ne pas en avoir le courage , je m'échappai la nuit, et sans l'en prévenir, par une petite porte du parc dont j'avais pris la clef. Mais , en arrivant à Rome , j'avais épuisé ma dernière pièce de monnaie , et je me trouvai seule, sans ressource, et ne connaissant personne.

GERTRUDE

Pauvre jeune fiDe!

GIANETTA

L'hôtesse chez laquelle j'étais entrée, sans savoir comment je la payerais , me demanda ce que je comptais faire. Je lui répondis que j'avais une belle voix, que j'étais musicienne , et qu'en m'adressant au maître de chapelle de Sa Sainteté, peut-être m*admettrait-ii dans la musique parti-

culière ; mais jugez de mon désespoir! elle m'apprit qu'aucune cantatrice ne pouvait se faire entendre devant le pape et les cardinaux.

GERTRUDB.

C'est vrai.

GIANETTA

Ce fut alors , et voyant ma misère , qaTû vint une idée à mon hôtesse : elle me consdlli de prendre des habits d'homme , et de me présenter comme soprano. Moi je ne savais pas ce que c'était ; et Je craignais de ne pas réussir.

GERTRUDE

Rien de plus facile ; il n'y a rien à faire qu'à chanter.

GIANETTA

C'est ce qu'elle me dit ; et je l'ai bien vu , car hier soir, oiï j'ai été admise pour la première fois à me faire entendre au Vatican , devant la pins brillante société de Rome , j'ai eu un succès ibi, des applaudissements, des transports, un enthousiasme... et j'étais tellement émue, que, voulant les remercier. J'ai manqué faire la révérence.

GERTRUDB.

Quelle imprudence!

GIANETTA

Et les directeurs de Rome et de Naples qui m'offraient chacun dix mille écus; enfin, le cardinal de Trivoglio qui se déclare mon patron, mon protecteur, et qui veut, qui exige absolament que j'accepte un appartement dans son palais. Voilà où j'en suis ; et maintenant que vous savez tout, qu'est-ce qu'il faut faire?

Ce qu'il faut faire ? Avant tout , ma cbère enfant, gardez avec soin un secret d'où dépend votre fortune , et acceptez d'abord la protection et le déjeuner de monseigneur : cela n'engage en rien.

GIANETTA

Vous croyez?

GERTRUDB.

Pour le reste , cela me regarde ; je vab en causer avec le majordome de monseigneur, le signer Scaramella, qui m'est dévoué.

GIANETTA

Vous êtes bien sûre de lui?

GERTRUDE

Comme de moi-même ; et quand tous les dent nous voulons quelque chose, monseigneur le veut aussi. Nous le ferons renoncer à cette idée de vous loger au palais , d'autant qu'elle ne vient pas de luL Mais du silence I car s'il y avait le moindre éclat , tout serait perdu , et l'on ne poorrait plus... Void Son Éminence et le prince soi neveu.

LE SOPRANO

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