‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 319 sur 756 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LE CARDINAL. GDIliBARDINL

GUIMBARDINI, à part.

n me fait des signes... déddément c'est bien elle. Arrivera ce qu'il pourra ! je ne puis pas digérer un pareil affiront Mari d'un soprano! c'est déshonorant ! je vais déclarer que c'est ma femme.

LE CARDINAL

Eh bien ! Signor , que me voulez-vous?

GUIMBARDINI , arec mytière.

Pardon, Émlnence... Nous sommes seuls?

LE CARDINAL

Vous le voyez.

GUIMBARDINI, regardant U porte.

Personne ne peut nous entendre ?

LE CARDINAL

Eh 1 bon Dieu ! que de précautions!

C'est qu'effectivement on ne peut en trop prendre pour une chose aussi délicate. ( Bai^antu Tou. ) Vous connaissez parfaitement ce jeune soprano?

LE CARDINAL

C'est-à-dire je le connais... je sais qu'il s'est fait entendre hier avec un grand succès , et quH doit avoir du talent , car on lui offk*e un traitement de dix mille écus.

GUIMBARDINI.

Hein!... dix mille écus!... comme soprano!...

LE CARDINAL

Comme soprano... Je crois qu'il doit signer aujourd'hui.

GUIMBARDINI, à part.

Santa Maria!..* quelle fortune pour le ménage!.... nous n'aurons jamais été si riches... qudle bêtise j'allais faire !

LE CARDINAL

Eh bien! qu'aviez-vous à me dire?

GUIMBARDINI.

Moi, Monseigneur?... rien...

LE CARDINAL

Comment?

GUIMBARDINI.

Rien absolument., si ce n'est qu'on vous a dit l'exacte vérité sur ce jeune virtuose... personne plus que lui ne mérite la protection et les bienfaitsde Votre Émlnence... c'est un grand et magnifique soprano.

LE CARDINAL

Vrai?

GUIMBARDINI.

C'est-à-dire que c'est le premier soprano de lltalie... je dirai même le plus extraordinaire.

LE CARDINAL

Vous l'avez donc entendu ?

LE SOPRANO

GUIIIBAEDINI.

Plus de cent fois. A Velletri , on ne parlait qoe d'elle.

LE CABDINAL.

D'eUe !

GUIUBARDINI , te reprenant.

De sa Toix... oui, Monseigneor... et je pois vous certifier...

LE CARDINAL

C'est hien. Mais ce n'est pas cela que tous yoqliez m'apprendre...

GUIMBARDINI , embtrr«ié.

Ah ! Je m'en vais vous dire... et ça tous expliquera son trouble et le mien , car vous avez dû vous apercevoir qu'en nous reconnaissant, nous avons eu un moment de... Voilà ce que c'est. Monseigneur... il devait jouer dans un opéra de moi, t7 Matrimonio inierrotto^ le Mariage interrompu... un ouvrage sur lequel je comptais... et il s'en est allé... 11 est parti le jour de la première représentation.

LE CARDINAL

C'était désagréable pour vous.

GUIMBARDINI.

Très-désagréable. Alors il croit peut-être que je lui en veux; il se trompe , mon Dieu!... entre artistes, il iaut se passer tant de choses...

LE CARDINAL, impatienté.

Tout cela est fort bien ; mais ça ne m^apprend pas ce que vous me vouliez.

GUIUBARDINI.

Ce que je voulais à monseigneur... si fait... c'est tout simple, c'est que Votre Éminence daigne nous raccommoder, qu'elle daigne lui dire que tout ce qu'il a fait est bien fait, que ça me conifient» que ça m'arrange; que je ne suis pas lâché... au contraire, je suis content que ce jeune homme ait un traitement de dix mille écus, et que tout ce que je demande, c'est que désormais nous vivions en bonne intelligence.

LE CARDINAL, •ouriant.

Et qu'il reprenne votre opéra.

Le Mariage interrompu!... Mais je compte bien qu'il y aura une reprise , surtout si monseigneur daigne m'attacher à sa maison.

LE CARDINAL

Oh! cela c'est différent! d'après l'échantillon que vous nous avez donné... Vous n'avez pas pu 8ea!bement achever ce morceau.

GUIMBARDINI.

Cela tient à la fatalité qui ne me permet jamais de rien achever... mais je m'en rapporte au sop.ano lui-même.

L£ CARDINAL, vrtc bonhomie.

Kous verrons , nous verrons : si effectivement il

répond de vous, et que cela convienne à mon neveu et à madame Gertrude...

GUIMBARDINI.

Vivat! me voilà en pied.

LE PRINCE, endehon.

Eh non ! non, ce sera très-bien.

GUIMBARDINI.

Chut! c'est le prince, cet aimable protecteur des arts.

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