‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 333 sur 756 · JULIA, LAURA · texte numérisé non relu

JULIA, LAURA

JULIA

Eh bien! ma soeur « qa*as-ta donc?

LAURA

Rien, je suis très-satisfaite.

JULIA

Pourquoi ?

LAURA

Ne pas savoir quand il sera libre I

JULIA

S'il est occupé... U fout bien qu'il donne d • fonds à Tarmée française qui vient à notre ^ cours... Le général en chef n'entend pas raillerie .

LAURA

S'occuper d'affaires d'intérêt la veille de noire mariage !

Un banquier... D'ailleurs c'est pour en fir. r.

AïK : J'en guette un petit de mon âge. Tout au travail , le monde qu'il oublie De ses calculs n'a pu le déranger; C'était pour toi, pour embellir ta vie; Mais il i'épouse, et son sort va changer.

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LA VENGEANCE ITAUENNE.

Obéissant à des lois moins austères.

Le plaisir seul le réclame aujourd'hui... Quand pour jamais il renonce à l'ennui, 11 doit mettre ordre à ses affaires.

LAUBA,

Non, tu as beau dire, Julia... Je ne suis pas contente de M, Dorsini.

JULIA

Eufln , que lui rcproclics-tu ?

LAUAA.

Il ne m'aime pas.

JULIA

Lui!

LAURA

Non; Il ne m*aime pas... comme je voudrais être aimée... Je le quitte hier au soir: il manque d'arriver un accident à ma voiture; car à coup sûr, et sans ce jeune homme qui a arrêté mes chevaux , j'étais précipitée dans FArno ! et il n'envoie pas seulement chez moi ce matin s'informer de mes nouvelles.

JULIA

11 n'en savait rien... pas plus que moi, qui n'ai appris ton aventure que ce matin en m*éveiUant.

C'est égal, H devait s'en douter... on se doute de tout qualid on aime... par instinct, par pressentiment.

JDLIA.

Tu es trop exigeante.

LAURA

Et toi, tu es trop légère, trop étourdie pour me comprendre.

JULIA

Il est vrai que nos caractères ne se ressemblent pas... j'ai été élevée en France, et je suis Française dans l'âme.

LAURA

Moi , je n'ai jamais quitté mon pays, et je suis demeurée tout Italienne.

JULIA

C'est-à-dire jalouse et vindicative Vilains

défauts !

LAURA

Que j'appelle, moi, desquaUtés, et j'en suis fière... Oui, je suis jalouse, et je ne m'en cache pas. Celui que j'aime en souffrira peut-éu-e, et moi aussi ; mais dans ces tourments , il y atu'a du charme, du bonheur, de la passion I et si je savais que lui-même ne fût pas jaloux, ce soir je romprais avec lui.

JULIA

De ce côté , tu n'as rien à désirer.

Heureosement.. car sans cela, et s'il pouvait m'oublier...

JULIA

Déjà des projets de vengeance.

LAURA

Sans doute. Il n'appartient qu'aux âmes froides d'endurer paisiblement une Injure, une perfidie, et si jamais celui que j'ai préféré à tous m'était infidèle... si j'en avais la preuve, à l'instant une haine mortelle succéderait à mon amour., je me vengerais cruellement sur le perfide, et sur ma rivale ; enfin ce sentiment-là est affreux , abominable ! mais que veux-tu?... c'est plus fortquî moi... je suis femme, et... je suis Italienne.

JDLIA.

Ah ! mon Dieu ! tu me fais peur !

« Et je rends grâce au ciel de n'être pas Romaine. » LAURA.

Songe donc ce que c'est lorsqu'on aime , et qu'on croit être aimée , et découvrir qu'on a été trahie... Mais toi , tu n'aimeras jamais.

JULIA

C'est ce qui te trompe... et quand je pense à ce jeune oflicier qui, l'autre année, à Milan...

LAURA

Ce Français que tu as connu dans un bal... M. de Rbétel?

JULIA

Oui , ma sœur.

Qui t'a fait une déclaration à la première conU'edanse , et qui l'avait déjà peut-être oubliée à la dernière.

JULIA

Non pas, car tout le temps que le général Bonaparte est resté à Milan , il y a eu des bals , des fêtes, et M. de Rhétel dansait toujours avec moi... Tu n'y étais pas , tu ne pouvais pas en juger... et quoiqull ne fût pas jaloux, je sais, moi, qu'il m'aimait bien.

LAURA

Et la preuve?

JTJLIA.

La preuve , c'est qu'il a demandé ma main à ma tante , qui l'a refusé... Ça n'est pas sa faute ; il n'avait rien que des épaulettes de lieutenant ; mais il promettait , ainsi que son petit général , de conquérir l'Italie , et puis après de venir m'épouser.

LAURA

Et tu y comptes ?

JULIA

Pourquoi pas ? Ils ont tenu leur première promesse, ils peuvent bien tenu* la seconde... elle n'est pas si difficile.

LAURA

Je le veux bien... j'admets qu'il t'épouse...

LAURA

JULIÂ.

LAUBA.

Dis-moi , alors , toi , qui ne peux pas comprendre ma jalousie , si , quelques mois après ton mariage , il devenait inconstant , inGdèle ?

JULIA

Tu vas prévoir des choses.. •

LAUBA.

Possibles.

JULIA

Jamais.

LAUBA.

Je te tlis que si.

JULU*

Je te dis que non.

LAUBA.

Enfin , si cela était , que ferais-tu ?

Alors...

Alors?

Je pleurerais.

Et puis?

JULIA

Je lui reprocherais sa conduite.

LAUBA.

Et puis?

JULIA

A force d'attentions, de douceur, de complaisance , je le ferais repentir, je le ramènerais à mes pieds.

LAUBA.

Et quand il serait à tes pieds, tu aurais la faiblesse de lui pardonner.

JULIA

Peut-être bien , on ne peut pas répondre...

LAUBA.

Eh bien ! j'en suisfôchée pour toi; mais je suis pour ce que j'en ai dit... tu n'aimes pas.

JULIA

Et toi tu aimes trop.

LAUBA.

n faut être de son pays.

Am : Vite y vive F Italie.

Vive, vive ntalie, Point d'amour sans Jalousie ; Vive, vive rilalie, C'est là qu'on aime vraiment.

JULIA

Je le sens , France chérie , Tu vaux mieux que ma patrie ; Car toujours la Jaioasie Est un tourment En aimant.

ENSEMBLE

LAUBA.

Vive, vive l'Italie, Vive, vive rilalie.

JULIA

Je le sens, France chérie.

Tu vaux mieux que ma patrie !

LAUBA.

Si ton époux volage D'un auire admirait les attraits?

JULIA

A mes pieds, je le gage , Bientôt je le ramènerais.

LAUBA.

Si, sans être inconstant.

Auprès de chaque objet charmant Il se montrait galant?

JULIA

J'en rirais.

LAUBA.

Je me vengerais.

LAUBA.

Vivo , vive l'Italie , etc.

Je le sens , France chérie ; etc.

LAUBA.

Enfin, voici quelqu'un... M. Dorsini, sans doute. Mon Dieu! non, pas encore!... Je suis d'une colère!...

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