‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 334 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JULIA, LAURA, SGRIMAZZI.

S6BIHAZZI.

J'ai l'honneur de saluer ces dames.

JULIA

Quel est cet original ?

SGBIMAZKI.

Oserai-je leur demander si M. Dorsini est sorti?

LAUBA.

Non • Monsieur... Encore un importun !

JULIA

Monsieur est sans doute quelque fonmissear, quelque capitaliste ?

StiRIUAZZI.

Au contraire , je suis poëte , poète improTisatenr... le signor Sgrimazzi dont vous avez peutêtre entendu parler.

JULIA

Ce beau talent , qui parle en vers , et sans s'arrêter, pendant deux heures de suite?

SGBIMAZZI.

Quelquefois trois , cela dépend du prix.

JULIA

Votre génie est à l'heure ?

SGBIMAZZI.

Oui , Signora , c'est ainsi que Ton nous prend... et j'avais un petit compte à régler avec le signor Dorsini.

JULIA

Vraiment!

LA VENGEANCE ITALIENNE

SGRlUAZZr.

Ouï, n doit épouser une jeune veuve, une veuve charmante, comme toutes celles qui vont se remarier, et il m'a commandé pour ce soir, veille de son mariage , une improvisation sentimeniale et chaleuieuse, des vers à un demi-ducat la pièce !

LâURà, d'an air aimable.

Est-il possible !

JULIA , souriant*

Ah ! cela vous intéresse ?

SGRIMâZZI.

Mais pour un banquier, et un banquier amoureux!

LAUBA, vivement.

11 Test donc?

SGRIMAZZI.

11 m*a dit de le dire, et nous disons, nous autres, tout ce qu'on nous commande.

JUUA.

Et vous connaissez celle qu'il épouse ?

SGRIMAZZI.

En aucune façon... cela n'est pas nécessaire.

(PaiMQl entre Jolia et Laura.) NouS aVOUi dcS penséeS

toutes faites qui servent au moment... nous en tenons un assortiment complet, et ajuste prix, rangé et serré avec ordre , article pai' article , je ne dirai pas dans mon portefeuille, car Je n'écris

JULIA

Où donc?

SGRIMAZZI.

Dans ma tête.

LAURA

U faut de la mémoire.

La mémoire ! Signora , la mémoire ! c'est le génie de l'improvisateur! ... c'est notre Imagination à nous autres... Aussi ma této est une espèce de secrétaire poétique composé d'nn certain nombre tie tiroirs à l'usage des sonnets , tiagédies , opéras ei poèmes épiques qu'on nous commande. Aous avons le tiroir de la jalousie , celui de l'amour : lions avons le tiroir des princeiises désespérées, <*! des tyrans farouches ; nous avons le tiroir des baptêmes, le tiroir des mariages, le tiroir des odes l'olitiques et monarchiques qu'on fait payer aux i<Hes couronnées qui les écoutent , les chants patriotiques qu'on fait payer aux peuples qui les i^hament,et les ditliyraaibes de gloire qui m'ont w^vi pour tous les généraux français et oulricbiens, depuis Beaulieu et Uurmser jusqu'au général Bonapai te.

AiB : des Amazones^ Mais celui-là , je dois le dire , Improvise enror mieui que moi ;

Mes tiroir» n'y peuvent saffirê,

lis sont épuisés , sur ma fol :

Chaque poëte en dit autant que moi.

Ce gaillard-là va trop vile à la gloire. Et pour lui seul , c'est vraiment un abus , Consommera tant de chants de victoire , Que pour personne il n'en restera plus. On fait pour lui tant de chants de victoire, Que pour personne il n'en restera plus. Pour personne il n'en restera plus.

JULIA

Vous avez raison.

SGRIMAZZI.

Pour aujourd'hui , grâce au ciel , je n'ai pas à emboucher la trompette guerrière... nous n'avons I besoin que de fleurs.

, 0 hymen ! 6 hyménée !

Mais encore , et ce que je venais demander , à quelle heure le bal ?

LAURA

A huit heures.

SGRIMAZZI.

C'est bien prompt

! JULIi.

Pocu* un improvisateur....

SGRIMAZZI.

Aflaire d'ordre et d'arrangement... j'aurais déjà commencé ce matin... mais j'ai chez moi un de nos alliés.

JULIA

tu Français.

SGRIMAZZI.

Oui, Mademoiselle, un chef d'escadron , qui est venu depuis hier avec un billet de logement, et qui n*a pas cessé de faire un tapage... il fait des armes , il donne du cor , il joue de la guitare avec la signora Sgrimazzi, ma femme... Du reste, charmant jeune homme , joli cavalier , aimable comme on ne Test pas.

JULIA, bas.

Si c'était!...

SGRIMAZZI.

Et d'une gaieté... il rit toujours.

JULIA , i demi-voix.

Ce n'est pas lui, il pense trop à moi.

LAURA

Pauvre Julia !

SGRIMAZZI.

Nous sommes amis intimes, quoique je ne le connaisse que depuis hier; il a toujours sur lui ou sur les autres une fuulc d'aventures à vous raconter, et cela m'embrouille dans mes tiroirs.

LAURA

Je conçois ; je vous prie cependant de ménager votre verve; car je veux y avoir recours.

SGRIMAZZI.

Vous, Signora?

LAURA

Je veux demain, dans un château que j'ai au

3iï

bord de TArno, donner une fête à mes amis, à ma famille ; je veux que vous en soyez Tordonnateur.

Vous n*avez qu'à ordonner.

LAURA

Je vais écrire mes invitations , et Vous aurez à ce sujet tous les détails... Si vous voyez M. Dorsini , ne lui en parlez pas , et dites-lui seulement que deux dames l'attendent là.

SGRIMAZZI.

Je n*y manquerai pas.

( Laura et Juliaaortent par la porte à droite. ]

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