‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 336 sur 756 · FRÉDÉRIC, LE DOMESTIQUE, SGRIMAZZI · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, LE DOMESTIQUE, SGRIMAZZI

LB DOMESTIQUE

Monsieur , veuillez vous donner la peine de vous asseoir.

FRÉDÉAIC.

Merci , merci , mon garçon. Tâche que je voie ton maître le plus tôt possible, je suis pressé.

( 11 loi donne de rargent. ) LE DOMESTIQUE.

Cela suffit , Monsieur.

FBÉDÉBIC.

Ah!... écoute...

(il lui parle bai un instant. Le donaeatitjne entre du» If cabinet de Doreini. ) SGRIMAZZI , sur ledevantda théâtre.

» Où vas-tu , le front ceint de roses virpinalcs? » ( Se frappant le (root. )

Ah ! mon Dieu non , je n'y pensais plus , c'est une veuve , il faut remplacer les roses virginales par quelque chose de riche.

FRÉDÉRIC , apercevant Sgrimani.

Tiens I il y a du monde.

Justement elle est riche.

( Déclamant. ) a Où vas-tu, le front ceint de rubis et d'opales? » FRÉDÉRIC.

Eh parbleu t c'est lui, c'est mon cher hôte, toujours en train de* composer.

SGRIMAZZI.

Allons, il est écrit qu'il viendra toujours min* terrompre.

FRÉDÉRIC

Bravo! que je ne vous dérange pa8...contino('Z.

SGRIMAZZI.

Ah ! je vous remercie.

u 0 hymen ! ù hyménée! »

FRÉDÉRIC

Du reste , à ce que je vois, vous connaissez le maître de cette maison, M. Dorsini ?

SGRIMAZZI.

Beaucoup, et vous aussi, n'est-ce pas?

FRÉDÉRIC

Moi ! pas du tout

SGRIMAZZI.

Comment se fait-il donc que vous soyez invité au bal qu'il donne ce soir ?

Unballily a un bal, ici, ce soir?

SGRIMAZZU

Vous ne le saviez pas?

FRÉDÉRIC

Je viens tout bonnement pour toucher le dobtant d'une lettre de change. J'ai malntenaot des lettres de change. Cela vous étonne , et moiiossi; car Tannée dernière j'étais lieutenant de cavalerie: je n'avais rien que ce que l'on gagne au régisient, des dettes , des coups d'épée , et quelques bonnes fortunes. Ce n'est pas que je m'en vante , ntis enOn, si Ton m'aime Je ne peux pas i'empécber: et cet amour-là, mon cher ami, m'a porté bonheur à Millesimo, à Arcole, à Rivoli. Capitaine, puis chef d'escadron... c'était bien pour la gloire, ce n'était rien pour la fortune; lorsqu'on coapàt canon... ce diable de canon est original dans ^

LA VENGEANCE ITALIENNE

préférences! emporte monsieur Durand, le plus riche fom*nisseur de Tarmée , un cousin à moi , qui ne m*avait jamais parlé de notre parenté , dans la crainte de payer mes dettes : et me voilà millionnaire par droit de succession.

SGRIMAZZI.

Est-ce heureux !... et je me doute que les letU'esde change...

Viennent du cousin.

SGBIMAZZI.

Et des fournitures.

FRÉDÉRIC

Air : Vaudeville du Baiter au porteur.

Je ne t'oubUrai de ma vie, 0 mon cousin le fournisseur!

Les dépouilles de l'Italie Vont de droit A ton successeur.

SGRIMAZU.

Peul-^tre celles de la France; Car, grappillant même sur leurs amis.

Ces messieurs, en Tait de finance.

Sont partout en pays conqui s.

Mais je crains que vous ne veniez dans un mauvais moment pour M. Dorsini... un bal ce soir, et demain son mariage.

FRÊDÉaiC.

11 est bien heureux ^'il aime , et s'il est aimé ; moi, toutes les fois qu*on me parle d*un mariage , cela me fait penser...

SGRIMAZZI.

A quoi?

FRÉDÉRIC

A l'unique objet de tous mes vœax« à une jeune personne charmante , d'une illustre famille, d*Qne grande fortune. On me Ta refusée Tannée dernière. Mais maintenant , avec Faide de Dieu , et du cousin... c'est pour la retrouver que je me rends à Milan , avec une mission du général...

(Bm et arec mystère.) Une missiou SCCrète. SGRIMAZZI.

Vous me l'avez déjà dit

FRÉDÉRIC

C'est vrai. Vous ai-je dit aussi la rencontre que fai faite ce matin... une petite ouvrière charmante, une inclination que j'avais eue à Rome , inclination momentanée ! et je la rencontre dans votre maison , au premier !

SGRI\]AZZI.

Chez le chanoine ?

FRÉDÉRIC

Dont elle est la gouvernante , et elle m'a donné à déjeuner, un déjeuner destiné à son prétendu ; car elle veut faire une fin, elle est recherchée , m'a-t-elle dit, par un homme d'épée.

SGRIMAZZI.

Diable! un homme de cœur !

FRÉDÉRIC

Je n'en sais rien , mais pour un homme de tête , j'en suis sûr.

SGRIIIAZZI.

Gomment , est-ce que par hasard ?.m

FRÉDÉRIC

Je dis cela à vous, eu confidence, parce que vous êtes mon ami, et que vous êtes discret.,, et puis, c'est fini; je suis enchanté qu'elle se marie , je lui ai fait mon présent de uoce , une chaîne d'une cinquantaine de louis , que j'ai échangée comme souvenir contre ceile-ci (Montrant ceUtt qa*ii a autour du cou.) qui en vRut bien deux ou trois , et qu'elle avait peine à quitter, parce qu'elle venait, ainsi que cet «^ulette (Montrant

celui qui est attaché k la chaîne.) de SOU prétCUdU...

(Riant.) suo carosposo!

SGRIMAZZI , froidement et Vinterrogeant.

Mon cher Monsieur, mon cher ami, comment VOUS nomme-t-on?

FRÉDÉRIC

Frédéric de Rhétel.

SGRIMAZZI.

Me permettez-vous de vous donner un conseil?

FRÉDÉRIC

Gomment donc , vous, mon ami intime! vous, mon hôte ! qui avez , de plus, une femme charmante.

SGRIMAZZI.

C'est possible.

FRÉDÉRIC

C'est entre nous à la vie et à la mort.

SGRIMAZZI.

Vous devez, m'avez- vous dit , rester huit jours à Florence... eh bien! si vous voulez y réussir, il faudra changer tout à fait de manières et de caractère. »

Comment, comment!... et pourquoi donc mon cher ami ?

SGRIMAZZI.

Je vais m'expllquer, mop cher ami. Florence est une ville assez favorable aux bonnes fortunes.

FRÉDÉRIC

A qui le dites- vous?

SGRIMAZZI.

Pour mon compte, j'avoue franchement que je n'en ai pas l'expérience.

FRÉDÉRIC

Comment! vous qui avez tant d'esprit à votre disposition... qui faites des vers...

SGRIMAZZI.

Je travaille pour les autres , et jamais pour moi. D'ailleurs , en fait de bonnes fortunes, j'ai ma femme, et c*est bien assez.

FRÉDÉRIC

Une femme très-estimable.

SGRIUAZZI.

Oui, mon cher ami.

FRÉDÉRIC

Que TOUS n'appréciez peat-étre pas assez : car VOUS ne savez pas tout ce qu'elle vaut.

SGRIMAZZI.

Il ne s'agit pas d'elle ; mais de vous... Gela lait deui.

FRÉDÉRIC

Probablement.

SGRIMAZZI.

Ici donc , les hommes à bonnes fortunes doivent être essentiellement discrets.

FRÉDÉRIC

C'est par là que je brille. Autrefois , du temps de la monarchie, les Français n'étaient cités dans l'Europe que par leur légèreté et leur indiscrétion. Mais ce n'est plus cela... tout cela est changé par arrêt du directoire, et maintenant que nous avons la gravité, la probité, la ûdélité, ou la mort , nous avons toutes les vertus , témoin nos fournisseurs... mon cousin Durand.

SGRIMAZZI.

Je ne vous parle pas des étourderies de calcul , mais des vôtres, de vos indiscrétions en amour.

FRÉDÉRIC

Et moi , je vous réponds , mon cher ami , que de ce côté-là , j'ai fait mes preuves. Pas plus tard encore qu'hier, une grande dame, une dame de distinction , si j'en juge à l'élégance de ses manières et de son équipage... et si j'avais aimé à me faire valoir , j'aurais pu dire bien des choses.

SGRIMAZZI.

Que vous tairez par prudence, et dans votre intérêt.

FRÉDÉRIC

Dans mon intérêt?

SGRIMAZZI.

Oui , les indiscrétions peuvent avoir à Florence des suites très-dangereuses.

FRÉDÉRIC

Ah ! très-bien , je vous entends , mon cher ami, les duels, n'esMl pas vrai? mais c'est notre état à nous autres, nous ne sommes bons qu'à cela.

SGRIMAZZI.

Vous ne me comprenez pas : on ne s'avisera guère d'aller vous chercher querelle, à vous autres, vainqueurs de l'Italie. On a à Florence des moyens plus sûrs et moins dangereux, à l'usage (les amants et des maris malheureux. Ces messieurs ont plusieurs manières différentes de se débarrasser d'un rival, le poison, le stylet, les braves î

FRÉDÉRIC

Les braves?...

SGRIMAZZI.

Ce que nous appelons t bravù

( Ici UD homme à mouslacbe» tmc une longue rif>ière pi* rait au fond du théâtre. )

Page 1