‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 34 sur 756 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les Précédents ; Mademoisellb JUDITD, ep

grande tenue.

mademoiselle JUDITH.

Qu'ai-je appris? M. le marquto de Varfaivflle serait arrivé ?

VABINVILLE.

Il est déjà reparti. Madame... Mais voici son neveu, mon cousin, qui demande l'honneur de Y0U3 offrir ses respects.

MADEMOISELLE JUDITH

Que nç se présentait-il ?

SAINT-YVES

Vous étiez à votre toilette... et je n'aurais pas voulu , pour tout au monde.... m'exposer.... Je vous demanderai la permission de n'en pas dire d^v^tage... à cause de la bienséance.

MADEMOISELLE JUDITH

Voilà m jeune homme qui a de fort bonnes manières, (a varinviUe.) Quelle carrière a-t-il suivie?

SAINT-YVES

Aucune, Madame. Il y a foule partout. Dans ma famille, me suis-je dit, les uns auront de la fortune, les autres des dignités; celui-ci des places! moi, j'aurai des mœurs: c'est un état

comme un autre... Céli|)atoire avec des mœurs, voilà ma profession.

MADEMOISELLE JUDITH

C'est exactement la mienne.

SAINT-YVES

C'est à mademoiselle Judith que j'ai l'honneur de parler, cette respectable dame, dont le cœur est le réceptacle de tous les bons principes?

MADEMOISELLE JUDITH

Moi-même.

SAINT-YVES

El qui, dans son exU-ème rigueur, fuyant le mariage et ses chaînes, a juré jusqu'à présent de rester, «« ^e vous demanderai la permission de n'en pas dire davantage , à cause de la bienséance.

MADEMOISELLE JUDITH, à VarînTille.

Votre cousin a une mesure et un toa parfaits.

LA FAMILLB DU BARON

SlINT-TTESthétitint.

lladame...

MADEMOISELLE JUDITH

Qa'est-ce que c'est ?

SAINT-YVES, k inademoiselle Judith.

Oserai-je réclamer de vous une audience particulière?

YARINYILLE.

Je comprends ; je vous laisse, (n pmm à u gaocbe de sainfYm. ) (A part ) Que diable va-t-il lul dire? {Bm à saintrYTei.) Comment, tu risques le téte-àtéte?

SAINT-YVES, bat et gaiement.

Je t'ai dit qi^e je me dévouais ; et quand on y est

une fois... ( Se retournant gravernent ven mademoiselle

Judith. ) Madame , je suis |î vos ordres.

(VarinviUe sort.)

8CÈNB XL

Mademoiselle JUDITH, SAINT-YVES.

MADEMOISELLE JUDITH

Daigna vous asseoir. (Saint-Yvca offw un faoteutt

à mademoiselle Judith, et va CDSi)ite en prendre un pour

loi. Mademoiselle Judith s'assied. Vojranl Saint'Yfes <|m, en

s*«sey ant , fait on geste de douleur :) Qu'aveZ'VOUS doqC ?

6AIIfT*YVE9«

lUen; mais quand on vient de faire quarantednq lieues en poste , malgré la bénignité des coussins , cela endommage toujours plus ou moins... Je vous demanderai la permission de n'en P9S dire davantage, à cause de la bienséance.

MADEIfOlS^LLK JUDIin,

A merveille; je vous écoute, Vonaienr*

SAINT-YVES

Vous sentez. Madame , que , prêt i foire alliance avec une fomille, on désire la connaître intimement; c'est pour cela que mon onde m'a prié de vous demander à ce si^et des admonitions et rense^nements.

MADEMOISELLE JUDITH

iBOtOes i tous égards : la famille Destaillls est la fomille la plus irréprochable et la plus re^ectable...

Xen vois en ce moment de grandes preuves et témoignages. Ainsi donc, M. Destaillis votre frère...

MADEMOISELLE JUDITH

D'excellents prindpes, mais peu de tète , et de llmportance comme un marguillier.

SAINT-YVES

Quelle vanité 1

MADEMOISELLE JUDITH

Gomme ces dames qui ne songent qu'à leur pa-

ure, et quelle parure encore I car la toilette d'àprésent..

SAINT-YVES

C'est comme chez nous; j'ai des tantes et des cousines qui souvent me forcent à baisser les yeux ; elles ont surtout... comment appdez-vous cela?

MADEMOISELLE JUDITH

Des corsets?

SAINT- YVES , lui montrant la manche de sa robe.

Non; ce que vous avez là?

MADEMOISELLE JUDITH

Des gigots.

SAINT-YVES

Elles opt des gigots scandaleux, tant ils sont dairs et transparents ; au point que la mousseline immodeste laisse apercevoir continuellement.... Je vous demanderai la permission de n*en pas dire davantage. Quelle difiérence avec les vôtres! Voilà des gigots vertueux et opaques, qui ne permettent point à rimaginationde s*égarer sous leurs tissus diaphanes et tentateurs , et comme le reste de la toilette y répond bien !

MADEMOISELLE JUDITH

Vous trouvez.

SAINT-YVES

Quelle convenance ! quelle recherche gracieuse dans ces ajustements! et quelle élégante simplidté dans le chou même de cette étoffe!

MADEMOISELLE JUDITH

Que fait là votre main ?

SAINT-YVES

L'étoffe me paraissait si moelleuse que je craignais d'abord que ce ne fût de la soie.

MADEMOISELLE JUDITH, a?9C fiwté. et éloignant sa chaise.

Soie et coton , Monsieur.

SAINT-YVES

C'est bien différent ; car nous avons maintenan t un si grand luxe...

MADEMOISELLE JUDITH

Même chez les jeunes gens.

SAINT-YVES

Ne m^n parlez pas, et la plupart ont si mauvais ton. J'en ai vu dans les salons qui , au lieu de se tenir respectueusement éloigné des dames , s'en approchaient ainsi...

( Rapprochant aon fauteuil. ) MADEMOISELLE JUDITH.

Vraiment!

SAINT-YVES

C'est comme je vous le dis ; ils ne craignent pas de les regarder d'un air passionné... Voyez-vous, de ces yeux qui semblent dire : k 0 dieni, si j'osais! » Et ils étalent ploa hardis que leurs yeux

MADEMOISELLE JUDITH

11 serait possible I

SAINT-YVES

J'en ai vu même qui prennent la main d'one femme , non pas comme la vôtre , avec un gant ,

mais telle que la voilà , ( il ôte le gmt de Judith et lui

baise u main ) et qui avcc ardcur osaient la porter à leurs lèvres, exactement comme cela..,.. N'est-ce pas une horreur?

MADEMOISELLE JUDITH

Je n'en reviens pas.

On ne peut pas s'imaginer leur oubli des bienséances. Bien mieux encore : l'autre semaine , à Paris , j'allais dans un bel hôtel , chez une grande dame, pour une souscription. J'entre brusquement dans son boudoir, car elle en a un; et

qu'est-ce que je vois ! je n'ose y penser sans

que le feu de l'indigoation... Je suis rouge , n'estce pas?

MADEMOISELLE JUDITH

Dites toujours.

SAINT-YVES

Je vois on oflicier, un beau brun , on brun superbe, qui était à genoux, exactement comme cela.

MADEMOISELLE JUDITH

Que faites-vous?

SAINT-YVES

C'est pour vous montrer; et puis je suis mieux là qu'assis , à cause de ce que je vous disais tout à l'heure.

MADEMOISELLE JUDITH

Eh bien ! Monsieur, achevez.

SAINT-YVES

Eh bien! Madame...

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