‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 348 sur 756 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

lOovertare lente et mystérieuse. — Lorsque U toile se lève, deux sou» de cor, dont Tua semble partir du château , et

Tautre de l'extérieur. L'ouverture se termine en crescendo , et l'on eotebd à l'extérieur la voix de Frédéric et celle de Sgrimaxxi. )

FRÉDÉRIC, SGRIMAZZI.

SGRIMAZZI , eu dehors.

Non , non , je n'entrerai pas ; je veux savoir ou ron me conduit.

FRÉDÉRIC , eo dehors.

Taisez- VOUS donc , Sgrimazzi ; entrons toujours.

(Ici Frédéric et Sgrimazzi entrent parla porte à gauche, à côté de la cheminL>c ; et immédiatement après leur entrée | elle est fermée à double tour. — Il fait nuit. )

FRÉDÉRIC

Allons , c'est fini , nous voilà prisonniers.

SGRIMAZZI , allaut regarder par la fenêtre.

Soixante pieds de hauteur; pas moyen de s'échapper.

FRÉDÉRIC

C'est bien l'aventure la plus délicieuse...

SGRiaïAZZI.

La plus épouvantable...

FRÉDÉRIC

C'est la première fois de ma vie que je suis enlevé.

SGRIMAZZI.

Et moi aussi ; mais je m'en passerais bien.

FRÉDÉRIC

Certainement j'ai eu en France bien des bonnes fortunes, mais pas une seule dont les préliminaires ressemblassent à ce qui m'arrive aujour^ d'hui.

SGRIMAZZI.

Jolis , les préliminaires ! Arrêtés sur le grand chemin par des hommes masqués, dans votre voiture , où je suis bien fâché mamtenant d'avoir accepté une place.

FRÉDÉRIC

J'ai cru vous rendre senice ; j'avais affaire ce matin au bord de l'Arno , vous veniez de ce côté.

SGRIMAZZI.

Oui, au château de la signera Lorenzi, qui m'avait ordonné pour aujourd'hui un bal, une fête; mon monde, mes musiciens, tout est commandé pour ce soir, et je n'jr serai pas, et l'on va m'attendre.

FRÉDÉRIC

Bah ! vous ne serez pas le seul qu'on attendra aujourd'hui. ( a part.) Et Dorsini ! ce duel ! je suis désolé , mais ce sera pour demain : quand il y a force majeure, quand il saura que je suis, malgré moi, en bonne fortune....

SGRIMAZZI.

En bonne fortmie.... il y tient. Mais, malheureux jeune homme , vous rêvez tout éveillé , vous allez vous trOer des chimères..

FRÉDÉRIC

Gela te paraît tel , à toi qui ne f y coiuiais pas , qui n'en as pas Thabitude ; mais moi , Je suis sûr de mon fait, c'est une aventure galante.

SGRIMAZZI.

C'est un guet-apens , une vengeance italienne.

FRÉDÉRIC

Quelque jeune veuve à Tesprit romanesque.

Ou plutôt un mari à Thumeur vindicative, un amant jaloux , un tuteur, que sais-je ? Vous aurez tenu quelques propos indiscrets sur sa femme , ou sa maîtresse , ou sa pupille; vous n'en faites jamais d'autres!

FRÉDÉRIC

Et tu as raison , ne parlons pas de cela. Cette aventure-ci me charmait, parce qu'elle me faisait oublier celle d'hier, qui me revient toujours à l'esprit; c'est mdigne à moi.

SGRIMAZZI.

Qu'est-ce donc?

FRÉDÉRIC

Ce pauvre Dorsini dont j'ai détruit le bonheur !... et me voir forcé encore de menacer ses jours!

SGRIMAZU.

Qu'entends-je?

FRÉDÉRIC

Eh oui !... vous ne devinez rien. Nous devions nous battre ce matin au bord de l'Âmo; mon ami Derville, que j'ai prévenu, devait être mon témoin.

SGRIMAZZI.

Vous battre !. . . et pourquoi ?

FRÉDÉRIC, riant.

Pourquoi? parce que , mon cher ami... ( se repienaot. ) Mais uou , c'cst fini , me voilà corrigé. Je serai discret maintenant; et pour changer de conversation , j'ai vu ce matin Derville , je me suis chargé de votre commission d'hier.

Ah ! mon Dieu !

FRÉDÉRIC

Je lui ai demandé si la dame à qui il donnait le bras l'autre jour avait un chapeau avec des roses pompons.

SGRIMAZZI , «rec crainte.

Eh bien?

FRÉDÉRIC

Il a ri, et m'a dit que oui.

SGRIMAZZI, arec déieipoir.

Plus de doute , c'était ma femme !

FRÉDÉRIC

La signora Sgrimazzi?

SGRIMAZZI.

Oui, Monsieur.

( On entend un troitième bou de cor. )

SGRIMAZZI, tremblant.

Ah ! mon Die» ! si je n'avais pas peur, comme je serais en colère !... mais je n'en ai pas le temps. Avez-vous entendu ?

FRÉDÉRIC

Sans doute ; c'est un signal , on va venir.

On va venir, et pourquoi?

FRÉDÉRIC

Belle demande !... on ne nous a pas enlevés pour rien; c'est-à-dire, enlevés :toi, cela net e regarde pas, car tu étais dans mavoitore.tiies de trop ici.

SGRIMAZZI.

Si je vous gène , je ne demande pas mieux qie de m'en aller...

FRÉDÉRIC

Cela sera bien peut-être; car j'ai là undou pressentiment qui ne me trompe jamais.

SGRIMAZZI.

Moi , j'en ai un qui me fait frémir.

FRÉDÉRIC , parcourant le aalon.

Pauvre homme 1 ( Examinant le Ubieaa qui ert av

de»u8 de la cheminée. ) Tieus, qu'est-ce que c'est que ce tableau-là?

SGRIMAZZI, •' approchant.

Attendez donc, Françoise de Rimini, un jalon qui assassine son rival et sa maîtresse infidèle.

FRÉDÉRIC

A merveille !••. ( Regardant sur le mur & droite. ) lÔ

un Othello.

SGRIMAZZI , regardant à gaoche.

Et là, une Gabrielle de Vergy.

Beau coloris, belle perspective !

SGRIMAZZI.

Oui , une perspective rassurante !

AIR : L'hymen ett un lien eharmtaU, Voyez donc ces maris jaloux...

Dans tous leurs traits quelle furie!

FRÉDÉRIC

Vois comme Hèdelmone est jolie!

SGRIMAZZI.

Quels regards ils lancent sur noas!

Messieurs , calmez votre courroux.

FRÉDÉRIC

Si quelqu'un a pu vous déplaire , Âb ! croyex-moi , ce n'est pas lui.

Messieurs, je suis célibataire.

Je mérite votre colère.

SGRIMAZZI.

Moi, comme vous, je suis mari; Ah! n'immolez pas un confrère...

Moi , comme vous , je suis mari ; Vous respecterez uu confrère.

FRÉDÉRIC

Ces femmes italiennes ont on singulier godi pour la décoration de leui* boudoir. Silence! 1« porte s'ouvre, j'entends marcher.

LA VENGEANCE ITALIENNE

8GMM AZZI.

Voici le moment critique ; pauvre Sgrimazzil... ù t*a conduit ta mauvaise étoile !

( L« porte k droite de la cheminée s^ourre. ) FRÉDÉRIC , regardant de ce côté.

C'est bien cela!... une robe blanche qui se dessine dans Tombre : c'est une femme !...

SGRIMAZZI, regardant.

Une femme!... c'est, ma foi, vrai!... Est-ce qu'il aurait raison ?

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