SCÈNE IV
Madame DE TRENEUIL» DE PRESLE.
DE PRESLE
J'ai mal pris mon temps, Madame ; à ce^
œUVRES COMPLÈTES DE SCMBE.
ordres , à ces apprêts , je vois que tous attendez du monde.
MADAME DE TRENEUIL.
Quelques amis, une réunion bien modeste: une soirée de veuve , on dansera au piano ; et si vous n'êtes pas effrayé...
DE PBESLE.
De rester auprès de vous? j'accepte avec empressement , et néanmoins avec un peu de regret, Madame.
MADAME DE TRENEUIL.
Gomment?
DE PBBSLB.
Me voilà forcé d'ajourner ce que j'avais à vous dire ; car il s'agit d'un sujet trop important pour en parler au milieu d'un bal.
MADAME DE TBENEUIL.
Savez-vous que vous excitez mon intérêt? et puisqu'on n'arrive pas encore, voyons, deux mots seulement; eh bien , Monsieur?
DE PRESLE
Eh I quoi ! Madame, à mon embarras , vous n'avez pas deviné que je viens mettre entre vos mains le sort de ma vie entière.
MADAME DE TRENEUIL, à part.
Encore un parti pour ma sœur; elle s'en doutait, la coquette; écoutons; c'est mon état; eh bien?
DE PRESLE
Avant d'entrer ici, tout me semblait facile, et maintenant tout m'alarme ; comment réussû* à vous intéresser en ma faveur?... Les paroles, les phrases d'usage, expriment si mal un sentiment vrai ; du moins vous me saurez gré , je l'espère, de n'avohr recouru à aucune médiation... Madame Dorvilé, d'autres amies, ne m'auraient pas refusé la leur ; eh bien I je n'en ai pas voulu. Madame, c'est à vous seule que je m'adresse ; ma cause ne sera plaidée que devant vous, et que par moi ; si je m'y prends mal, n'importe... dans ma gaucherie même, vous verrez l'émotion d'un cœur bien épris , et vous en serez peut-être attendrie.
MADAME DE TBENEUIL , tTec un sourire bienveillant.
Le fait est que, depuis deux mois, voilà bien des déclarations que j'entends.
DE PRESLE
Ciel!
MADAME DE TRENEUIL.
Mais il y a dans h vôtre un naturel , un abandon qui persuadent.
DE PRESLE
Ab I vous me rendez le courage; et quand je
pense que même avant votre mariage... que depuis trois ans, sans avoir osé vous le ^, je vous aimais...
Moi , Monsieur ! comment ! c'est à moi qoe vous vous adressiez ?
DE PRESLE
Air du Matelot (de madame Ddchambce).
Eh quoi! cet aveu vous étonne?
MADAME DE TRENEUIL.
De l'attendre j'étais si loin...
Vous ne m'aviez nommé personne.
DE PRESLE
J'ai cru n'en avoir pas besoin.
Me parlant sans cesse A moi-même D'un sentiment et si vif et si doux, 11 me semblait que dire : /'otme, Suffisait pour dire : C'est vous.
MADAME DE TRENEUIL.
J'ai cru qu'il s'agissait de ma sœur.
DE PRESLE
Et vous m'approuviez ?
MADAME DE TRENEUIL.
J'étais flattée pour Delphine d'une recherdie aussi honorable, d'un parti aussi brillant.
DE PRESLE
Et ces vœux ne vous semblent plus ni honorables , ni désirables , depuis que vous savez qie c'est à vous qu'ils s'adressent ?
MADAME DE TRENEUIL.
Je ne dis pas cela.
Vous le pensez , du moins ; d'autres hommages ont prévenu le mien : je suis puni du respect qœ m'inspiraient vos vertus, de ce respect qui, pendant que vous étiez liée à un autre, m'a condainoé au silence, m'a forcé à fuir votre vue. Mais eolio, et bien lom d'ici , du fond de l'Alleuiagne , j'apprends que vous êtes libre ; j'accours, et j'hésitais encore à me déclarer; mais, par bonheur, os prétend que des revers , des malheurs, ont presque anéanti la fortune de M. de Treneuil et la vôtre : j'ai été plus brave alors ; et je venais vous oflrir des richesses que , pour la prenière fois, je me sentais heureux de posséder, et votre refus renverse tous mes projets, toutes mes espérances.
MADAME DE TRENEUIL.
GaLnez-vous, de grâce...
DE PRESLE
Non , Madame ; non, je vois que vous en aimei un autre... Son nom, de grâce, dites-BWi m» nom.
MADAME DE TRENEUIL.
Air : Retkx , resfez, troupe JoUe, Personne .'... je n'aime penonne, Je l'atteste, je le promeus
LE CHAPERON
DE PRE8LJL
Ah ! grand Dieu ! que vous êtes bonne ! Insensé !... Je vous accusais.
Déjà je me désespérais.
Mais non; j'avais tort de me plaindre"; De qui pourrais-je être >|#oux , Si pour rivaux je ne dois craindre Que ceux qui sont dignes de vous?