MADAME DE TREI9SUIL
Nul antre, Mmisiear, ne le serait sans doate que tous, sans la résolution que j*ai prise de ne point me remarier... résolution qae rien ne peat changer.
DE PRBSLE.
Et moifesp^ que le temps, que mes soins, que mon amour...
MADAME DE TRENEUIL, froidement.
Ne le croyei pas. Monsieur : vous êtes trop galant homme, vous avez trop de droits à mon estime, pour que je veuille vous abuser; et à vous seul , et sous le sceau du secret. Je veux bien confier ma situation... Pendant trois ans qu*a duré mon mariage, j'ai été la plus malheureuse des femmes, non pas que M. de Treneuil ne m^almftt beaucoup; mais une jalousie aveugle, effrénée, donthii-méme gémissait, a empoisonné tous les instants de sa vie ; elle lui a fait négliger le soin de ses affaires et de sa fortune; elle a bâté ses derniers moments, et lui a même survécu.
DE PRESLE
Que dites-vous?
MADAME DE TRENEUIL.
Prêt à mourir, il m'a fait jurer qu'après lui je ne serais jamais à un autre; et il est mort en emportant ce serment
DE PRESLE
Qnelle^horreurl
MADAME DE TRENEUIL.
Ehl pourquoidonc?... si cette dernière marque d'amour lui a prouvé la sincérité de ma tendresse, l'injustice de ses soupçons , si elle a adouci ses derniers moments, je n'ai fait que mon devoir, et je m'en félicite.
DE PRESLE
Abuser de bi foi du serment, pour enchabier votre avenir I
MADAME DE TRENEUIL.
Enchaîner I... il le serait sans cela : car j'aune peu le monde , où je n'ai trouvé que des chagrins ; et je suis décidée à le quitter.
DE PRESLE
Est-il possible !
MADAME DE TRENEUIL. ,
Le repos et la solitude conviennent seuls à mes goftts, à mon caractère, à mes serments; et ans-
sitôt après le mariage de ma sœur, je compte me retirer à l'abbaye de Mûremontb
DE PRESLE
Vous n'exécuterez pas un semblable projet.
MADAME D£ TRENEUIL.
C'est déjà fait à moitié , car voici la lettre que j'écrivais ce matin à la supérieure , en lui annonçant ma prochaine arrivée.
DE PRESLE
Ce n'est pas possible, vous réfléchirez; vous déchirerez cette lettre.
MADAME DE TRENEUIL.
Vous ne me connaissez pas. Monsieur. (Appelant.) André.
DE PRESLE
Que voulez- vous faire?
MADAME DE TRENEUIL.
Vous prouver que quand j*ai pris une résolution que je crois sage et raisonnable, rien ne
m'empêche de l'exécuter. (Au dometUqœ qoi entra.)
Portez cette lettre à l'instant même à la poste.
(Le domestique tort.) DE PRESLE , avec colèra.
Madame, voilà qui est affreux I
MADAME DE TRENEUIL, offeufée.
Monsieur 1
DE PRESLE
Oui, sans doute , et puisque vous me réduisez au désespoir, je dois vous sauver d'une résolution que vous regretteriez plus tard ; je m'attache à vous, je ne vous quitte pas... à dtfaut d'autre mérite, j'aurai du moins celui de la persévérance. Vous verrez sans cesse celui que vous rendez si malheureux; il sera là, devant vos yeux, connue un reproche continuel.
MADAME DE TRENEUIL.
Monsieur 1...
DE PRESLE
Et si cet amour dont je vous poursuis vous déplaît, vous gêne, vous contrarie... Eh bien! tant mietix, je ne serai pas le seul à soulTrir, vous serez comme moi , vous ne pourrez vous en défaire, vous y serez condamnée.
MADAME DE TRENEUIL.
C'en est trop...
DE PRESLE
£h quoi! Madame...
MADAME DE TRENEtlL.
Oui , Monsieur; et puisque la voix de ruuiicic , puisque celle de la raison ne peuvent rien sur vous , il faut se résoudre à se séparer, à ne plus se voir, à se priver même de vos visites.
DE PRESLE
O ciel! vous me renvoyez, vous me chassez..»
MADAME DE TBEKEUIL.
Non, sans doute; mais c'est vous qui m'obligez à ne plus vous recevoir. Adieu, Monsieur.
(EUe lui fait U rérérenca , et entre dam «on tpparlemenl.)