‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 372 sur 756 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Lu Pbécédehts , ANTÉNOR.

ANTÉNOB.

Dieu ! que vois-Je I et qu'entends-je 1

DE PRESLE

On me permet d*espérer... voilà tout. C'est là ce qui te fâche?

ANTÉNOR

D'abord, Monsieur, je vous prierai de supprimer ces familiarités-là, parce qu'enGn comme je ne vous tutoie plus...

DE PRESLE

C'est juste,

ANTÉNOR

Et en ouU*e, Je vous préviens que je vais parler contre vous , et pour faire connaître à mademoiselle la personne à qui elle permet d'espérer, je ne dirai qu*ime seule chose, mais horrible, mais épouvantable... que je viens d'apprendre à rinstant.

MADAME DE TRBNEUIL, tvec émotioo.

Qu'entends-je I

DE PRESLE

Jallais partir.** mais je reste... je ne serai pas fuché d'avoir quelques renseignements sur mon compte.

ANTÉNOR

Comme ce n'est pas pour vous que je les ai pris, je ne suis pas obhgé de vous les donner.

DE PRFSLS.

Il me semble cependant que, quand on accuse, ce doit être en face.

DELPHINE

Cest juste!

DE PRESLE

Quant à moi, je m'engage envers non adversaire à ne pas l'interrompre ; qu'il lance contre moi son réquisitoire , je m'assieds là, muet, immobile , et fort de mon innocence.

( Il >'a«ied dans on («uttoil, )

DRIPHINB» I part.

Par exemple , voilà qui eicite ma curiosité.

( Haut à Anténor. ) AUOUS , parlez dOUC, MADAME DR TRBNEUILf

Parlez, Anténor.

ANTÉNOR

A cet empressement, je vois bien qu'on est maintenant pour lui : vous aussi , madame de Treneuil 1 11 vous a séduite, mais cela ne durera pas , quand je vous dirai que lui, qui recherche mademoiselle en mariage» il aime une autre femme.

DELPHINE

Est-il possible!

ANTÉNOR

Et qu'il s'est battu pour elle , la semaine dernière , à la suite d'un bal ; on vient de le dire dans le salon; et s*il ose le nier, j'ai un moyen de le confondre, en vous montrant la blessure qu'il a reçue.

MADAME DR TRENEUIL» avee émotion.

0 ciel ! une blessure !

ANTÉNOR

Vous voilà , comme moi , Madame , ellrayée d'abord , parce qu'on a beau haïr ses amis , le premier mouvement est pour eux; mais rassurezvous, presque rien, une égratignure à la main droite: c*est une permission du ciel, tout juste ce qu'il fallait pour rendre témoignage à la vérité.

DELPHINE

Moi , qui m'étais attendrie , qui le croyais la franchise même.

( Antéoor et Delphine remontent jusqu'au haut du théâtre. ) MADAME DE TRENEUIL, à de Presle.

Vous avez entendu. Monsieur?

DE PRESLE , le le?ant avec le plut grand sang-Croid.

Parfaitement, Madame.

MADAME DE TRENEUIL.

Quant à moi, tout cela me serait bien indifférent; mais, comme tutrice de ma sœur, comme obligée de veiller à son avenir, je ne puis me dispenser de vous interroger ; qu'avez - vous à répondre ?

DE PRESLE

Que dans le récit d'Anténor, de monsieur Anténor, il entre beaucoup d'exagération; des Faits mal présentés , plus mal interprétés encore ; et qu'après tout, j'espère être jugé sur ma conduite ultérieure, et non pas sur les rapports toujours suspects d'un rival, qui ne cherche à me perdre dans votre esprit que pour diminuer la concurrence.

(DMrMiied.) ANTÉNOR.

Voilà ce qui vous trompe , Monsieur. Je n'ai agi que pour le bonheur de aademoisdle Del-

akk

phine , son bonheur à venir ; car moi je n*ai pins de prétentions , je me retire.

MADAME DE THENEUIL.

Que dites-TOus ?

ANTÊNOR.

Qn*en me mettant sur les rangs pour épouser mademoiselle, qui a cent mille écus de dot, j^espérais lui apporter une fortune égale à la sienne ; mais je comptais pour cela sur mon bon onde ré?éque, à qui j'avais demandé deux cent mille francs ; et je reçois de lui , à Tinstant.. .

MADAME DE TBENEUIL.

Cette somme ?

ANTÉNOR

Non , une lettre , où il refuse de m'envoyer cet argent

MADAME DE TBEFiEUIL.

Est-il possible !

ANTÉNOR

Du reste , il m*en?oie sa bénédiction ; mais vous sentez que cela ne suffit pas pour épouser celle qu'on aime.

AiR : J'en guette un petit de mon âge.

Ainsi , je p«n , Ma demoiselle ;

Recevez mes derniers adieux;

Puisqu'un autre hymen vous appelle,

Puissiez-vous faire un choix heureux!

Par les grands airs craignez d'être éblouie. Cherchez surtout candeur et bonne Toi ; Enfin , prenez un mari comme moi ,

Afin d'être toujours chérie.

DELPHINE , le retenant.

Monsieur Anténor, vous qui êtes si bon, vous seriez malheureux ! Oh ! non , j'ai pu être légère , frivole ; maintenant je me le reprocherais ; et quoique vous soyez presque sans fortune , si ma sœur. y consent, il me semble que c'est vous que je préfère.

ANTÉNOR, hors de loi.

Est-il possible !

DE PRESLB 9 paisaot entre Delphine et Antraor.

Permettez, permettez; vous n'en êtes pas encore sûre.

ANTÉNOR

Comment cela ?

DE PRESLE

Mademoiselle a dit : il me semble,., expression pleine de tact, de prudence et de raison.

ANTÉNOR

Il ne s'agit pas de raison , puisqu'elle me préfère...

Pour le moment 1... premier moment d'enthousiasme et de sensibilité , qui ne prouve rien ; il faut attendre le temps et la réflexion...

MADAME DE TRENEUIL.

Mais il me semble, à moi, que ma sœur vous a dit assez nettement.»

DELPHINE

Oui, Monsieur.

DE PRESLE

Non, Mademoiselle.

DELPHINE , arec impatience.

Et je VOUS répète encore...

DE PRESLE

Vous n'en savez rien vous-même.

ANTÉNOR

Est-il obstiné!

DELPHINE

11 ne me croira pas.

DE PRESLE

Non , sans doute , tant que votre sœur sera là.

( A madame de TreneuiU ) Oui , Madame , VOUS

exercez sur votre sœur une influence à laquelle mademoiselle cède sans le savoir; votre présence lui dicte ce qu'il faut dire.

ANTÉNOR

Je vous dis que non.

DE PRESLE

Je vous disque si.

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