‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 384 sur 756 · HÉLÈNE, REYNOLDS · texte numérisé non relu

HÉLÈNE, REYNOLDS

REYNOLDS

Ma tête est si lourde, si fatiguée...

HÉLÈNE

Que si vous n'y prenez garde, vous perdrez la mémoire.

REYNOLDS

Jamais, Jamais Je n'oublierai ce que je vous dois ; Je soufirais tant , Je ne savais plus où J'étais ; mes livres, mon grand ouvrage, mon ouvrage commencé , j'avais tout oublié , Je ne pensais plus, j'allais mourir.

Air : Muse des b is»

Un froid mortel , une langueur étrange , Glaçaient mes sens!... et quand j'ouvris les yeux, A mes côtés apercevant un ange.

Je me suis cru transporté dans les cieux.

HÉLÈNE , souriant.

Pour un savant que j'estime et j'honore. L'erreur est grande.

A présent, je le vois. Oui, dans le ciel je n'étais pas encore,

( La regardant. ) Celait le ciel qui descendait vers moi.

HÉLÈNE

Lui, et puis le docteur que J'ai envoyé chercher ; et sans son secours...

REYNOLDS

Oui, ce bon Sdiultz , mon ancien ami , l'ami de ma famille ; J'avais oublié de Taverlir , et c'était mal à moi de mourir sans lui ; U me Ta bien re-

proché, et rien ne poufra ^'acquitter jamais envers vous deux.

HÉLÈNE

N'est-ce pas moi qui vous suis redevable ? vouloir bien me donner des leçons d'italiea et de français, vous, monsieur Reynolds, un si grand savant, c'est bien de rhonneur.

REYNOLDS

Non; mais c'est commode pour vous, dans U même maison, quelques escaliers seulement à monter, et tous les deux jours, quand Je vous vois arriver avec la vieille Catherine, votre gouvernante...

HÉLÈNE

Nous interrompons vos travaux.

REYNOLDS

Non , cela me repose, cela me délasse , comme de la belle poésie de Goethe ou de Klopstock ; et il me semble que ce jour-là, je me porte mieux.

HÉLÈNE, vivement.

Oh ! je viendrai tous les jours.

REYNOLDS

Je n'osais pas vous le proposer.

HÉLÈNE

Par malheur, ce ne sera que dans bien longtemps; car je vais partù* pour trois mois, monsieur Reynolds.

REYNOLDS

Partir! et pourquoi donc?... négliger vos leçons, vos études!...

HÉLÈNE

u le fout ; c'est un voyage que je vais faire tous les ans, chez un oncle dont je suis l'unique héritière, et qui est très-riche.

REYNOLDS

Qu'importe la richesse, auprès de la sdence?

HÉLÈNE

Sans doute ; mais ma mère, qui tient peu à la science et beaucoup à la fortune , n'a d^utre bien que cette petite maison où nous demeuroDs; et pour ne pas se brouiller avec mon onde, elle m'envoie passer trois mois à la campagne : je pars ce matin , et je viens vous faû*e mes adieux.

REYNOLDS

Trois mois I c'est bien long ; vous oubliereE ce que vous savez, vous m'oublierez peut-être aussL

Oh ! non , ne le croyez pas, car celte année^i ce voyage me fait une peine, et surtout une fk-ayeur...

REYNOLDS

Et pourquoi donc?

HÉLÈNE

C'est que mon oncle et ma tante veulent me marier.

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