HÉLÈNE, REYNOLDS
REYNOLDS
Ma tête est si lourde, si fatiguée...
HÉLÈNE
Que si vous n'y prenez garde, vous perdrez la mémoire.
REYNOLDS
Jamais, Jamais Je n'oublierai ce que je vous dois ; Je soufirais tant , Je ne savais plus où J'étais ; mes livres, mon grand ouvrage, mon ouvrage commencé , j'avais tout oublié , Je ne pensais plus, j'allais mourir.
Air : Muse des b is»
Un froid mortel , une langueur étrange , Glaçaient mes sens!... et quand j'ouvris les yeux, A mes côtés apercevant un ange.
Je me suis cru transporté dans les cieux.
HÉLÈNE , souriant.
Pour un savant que j'estime et j'honore. L'erreur est grande.
A présent, je le vois. Oui, dans le ciel je n'étais pas encore,
( La regardant. ) Celait le ciel qui descendait vers moi.
HÉLÈNE
Lui, et puis le docteur que J'ai envoyé chercher ; et sans son secours...
REYNOLDS
Oui, ce bon Sdiultz , mon ancien ami , l'ami de ma famille ; J'avais oublié de Taverlir , et c'était mal à moi de mourir sans lui ; U me Ta bien re-
proché, et rien ne poufra ^'acquitter jamais envers vous deux.
HÉLÈNE
N'est-ce pas moi qui vous suis redevable ? vouloir bien me donner des leçons d'italiea et de français, vous, monsieur Reynolds, un si grand savant, c'est bien de rhonneur.
REYNOLDS
Non; mais c'est commode pour vous, dans U même maison, quelques escaliers seulement à monter, et tous les deux jours, quand Je vous vois arriver avec la vieille Catherine, votre gouvernante...
HÉLÈNE
Nous interrompons vos travaux.
REYNOLDS
Non , cela me repose, cela me délasse , comme de la belle poésie de Goethe ou de Klopstock ; et il me semble que ce jour-là, je me porte mieux.
HÉLÈNE, vivement.
Oh ! je viendrai tous les jours.
REYNOLDS
Je n'osais pas vous le proposer.
HÉLÈNE
Par malheur, ce ne sera que dans bien longtemps; car je vais partù* pour trois mois, monsieur Reynolds.
REYNOLDS
Partir! et pourquoi donc?... négliger vos leçons, vos études!...
HÉLÈNE
u le fout ; c'est un voyage que je vais faire tous les ans, chez un oncle dont je suis l'unique héritière, et qui est très-riche.
REYNOLDS
Qu'importe la richesse, auprès de la sdence?
HÉLÈNE
Sans doute ; mais ma mère, qui tient peu à la science et beaucoup à la fortune , n'a d^utre bien que cette petite maison où nous demeuroDs; et pour ne pas se brouiller avec mon onde, elle m'envoie passer trois mois à la campagne : je pars ce matin , et je viens vous faû*e mes adieux.
REYNOLDS
Trois mois I c'est bien long ; vous oubliereE ce que vous savez, vous m'oublierez peut-être aussL
Oh ! non , ne le croyez pas, car celte année^i ce voyage me fait une peine, et surtout une fk-ayeur...
REYNOLDS
Et pourquoi donc?
HÉLÈNE
C'est que mon oncle et ma tante veulent me marier.