I-E SAVANT
HEYNOLDS.
Vous marier I c^est étonnant 1 comment peuton se marier? cela ne me serait Jamais venu à ridée.
HÊLÈNB.
Ni à moi non plos ; mais Je vous le dis à voos , en qui J'ai confiance, pour que vous me disiez ce que vous en pensez.
BEYNOLDS.
Ce que Je pense du mariage ?
BÊLÈNfi.
Oui.
&BYKOLDS.
Je ne sais.
HÉL&NB.
Vous qui êtes si savant !
BBYNOLDS.
G*est pour cela. Dans nos auteurs anciens et modernes , il y a autant de raisons pour la négative que pour Taifirmative; et Je me rappelle, il y a quelque temps, avoir jeté i ce sujet quelques idées sur le papier. •
BÉLBMB.
Et ce papier , où e8t41 P
BEYNOLDS.
Je rignore. J'en ai tant! (montf^Qt u i«b)e) là, peut-être, avec mille autres; et si Je (p retrpiive, je vous renverrai.
HÉLÈNE
Vous me le promeuez ?
BBYNOLDS.
Gertainemenu
HÉLÈNE
Et moi , quels que soient vos conseils , Je vous promets de les suivre. Adieu , monsieur Reynolds,
BEYNOLDS.
Adieu...
(n baine la tèle, rêve qndque temps, paisse remat I travailler à la table.) HÉLÈNE , revenant timidement,
J*aiu^ bien encore quelque chose à vous dire ,
mais C*est que Je n^OSe pas. (voyant Beynolds qui ne
récoute plut.) Mon cher malu-e...
BEYNOLDS, tivement.
Ahl VOUS voilà de retour ?.«• tant mieui.
HÉLÈNE
Non, Je n*étais pas partie ; et Je vois que déjà vous vous êtes remis à Touvrage.
BEYNOLDS , se levant.
Toujours , quand J'ai du chagrin ; avec le travail on oublie tout.
HÉLÈNE
Même ses amis.
BEYNOLDS.
Non , mais leur absence. Que vouliez-vous me dire?
HÉLÈNE
G^est là le difficile ; J*étais venue pour cela , et je m'en irais , Je crois , sans vous en parler..^ Vous n'êtes pas riche , vous ne vouliez rien pour vos leçons, et J'ai demandé pour vous, à mon oncle , cette place de recteur.
BBYNOLDS.
Pour moi! oh ! Je vous remerde , gardez-la.
Vous me refusez?
BBYNOI^DS.
Elle peut être nécessaire à d'autres , et moi Je n'en ai pas besom ; mes manuscrits , mes travaux , voilà mon être , mon existence ; et tout ce qui pourrait m'en distraire , même pour me rendre heureux , me paraîtrait le plus grand des malheurs ; Je mourrai ici , la plume à la main, et an milieu de mes livres , comme le guerrier sur le champ de bataille ! mort moins glorieuse , mais aussi utile , peut-être 1 J'ai là... (portant u main II son front) là, un ouvrago qui m'usera avant le temps, mais qu'importe !
Aia : Un jeune Grec.
A-t-il vécu, celui qui, plein de jours , Ne laisse rien qu'un souvenir stérile?
Mais de sa vie en abrégeant le cours , A tous les siens s'il sait se rendre utile. Si ses écrits brûlant d'un feu nouveau^ Ont éclairé son pays qu'il honore.
Que de ses jours s'éteigne le flambeau , Il ne meurt pas , en bravant le tombeau , Par ses bienraits il vil encore.
HÉLÈNB.
Kb ! monsieur Reynolds , ne parlez pas ainsi.
BEYNOLDS.
Cet ouvrage-là , Hélène , vous le lirez après moi; Je n'en ai encore écrit que deux volumes , et il y en aura six... c'est bien long , c'est égal , vous le lirez. •• vous me le promettez; c'est de ses amis qu'on doit attendre du dévouement... |pus vous direz peut-être : « C'en l'ouvrage d'un » bavard , d'un rêveur... mais d'un rêveur honnête » homme, et cet honune-là était mon ami. »
Oh I il le sera toujours.
BBYNOLDS.
11 y i surtout un chapiu*e où J'ai pensé à vous; Je croyais l'avoir écrit avec quelque éloquence , quelque chaleur... et il me semble maintenant qu'il pourrait être mieux... Oui , oui , dans son de Jmieitiâ^ Gicéron n'a rien dit de pareil... il n'a pas parlé de l'amitié des femmes... « Qud à Dits immortalibus nihil melius hàbemus^ nihil dulcius... » eat-ce dulcius onjucuném qu'il y a dans le texte?
HÉLÈNE
Je n'en sais rien...
REYNOLDS
C'est juste ; je m*en vais le voir... Où e^t mon Glcéron? où cet étourdi de Hantz raura-t<il fourré ?... Ah ! je le lisais hier soir, en me déshabillant... et je Tai serré , là , dans ma chambre à coucher.
(Il entre dâo» «a chambre.)
HÉLÈNE , ieola.
Oui , dans sa chambre , à ce qu'il croit ; car il est si distrait et si original ! et si je pouvais lui épargner la peine de le chercher... C'est Cicéron qu'il a dit , et si je le trouvais là sur cette
table... (EUe cherche parmi les livres.) Ah ! UU papier
de sa main. (EUe lit) Sur le Mariage.,, C'est celui dont il me parlait ce matin; lisons : nVes inconvénients du Mariage, yy (Elle Ut tout bas, et
s'arrête effrayée.) Ah ! mon Dîeu ! ah ! mon Dieu !... je n'aurais jamais cru qu'il y en eût tant... Mais c'est que c'est vrai , rien n'est plus vrai ; et rien que d'y penser, j'en suis toute tremblante... Qui vient là ?... le docteur...
( EUe plie le papier, et le cache dans la poche desoQ tablier.)