‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 393 sur 756 · SCÈNE IL Les Précédents; HÉLÈNE, entrant par le fond · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Les Précédents; HÉLÈNE, entrant par le fond

M. DE WURTZBOUBG.

Approchez, ma chère Hélène, approchez; d'où venez-Tous?

HÉLÈNE

Du jardin, où je me promène depuis une heure. •• depuis mon arrivée.

M. DE WURTZBOUBG.

U me semble qu'elle a les yeux rouges.

HÉLÈNE

Mon, mon oncle.

MADAME DE WURTZBOURG

Vous avez pleuré.

HÉLÈNE

Un peu, mais sans raisons, sans motilis.

MADAME DE WURTZBOUBG.

Pauvre enfant I un pressentiment Écoutez-moi, ma chère amie; au dernier bal, où nous avons été ensemble à la ville, vous avez remarqué un jeune homme qui ne vous a pas quittée ?

HÉLÈNE

Lequel, ma tante?

M. DE WUBTZBOURG.

G*e8t-à-dire qu*U y avait foule.

MADAME DE WURTZBOUBG , à Hélène.

Un jeune officier de dragons, M. Frédéric Stop.

HÉLÈNE

Ah! oui, ma tante.

MADAME DE WUBTZB0UB6, à *on mari.

Vous voyez, (a Hélène.) Vous avcz dansé ensemble... Qu'en pensez-vous?

HÉLÈNE

Je ne sais , je ne Tai pas regardé.

M. DE WUBTZBOURG, à ta femme.

Vous Tentendez.

MADAME DE WURTZBOUBG.

Nous disons toutes comme cela, (a Hélène.) Mais il faut, Hélène, ici parler franchement; sll se présentait pour mari ?

HÉLÈNE , à paru

Ah ! mon Dieu !

MADAME DE WURTZBOUBG.

£t qu'il ne dépendit que de vous d'accepter, qu'est-ce que vous feriez?

HÉLÈNE

Je refuserais.

MADAME DE WURTZBOVRQ» ATOC coièce*

^ Petite sotte I

M. DE WUBTZBOURG, avec joie.

Ma chère nièce, voilà qui fait honneur à ton goût ; et tu as bien lait de parler avec franchise, parce que ce n'est pas nous qui voudrions jamais contraindre ton inclination. Et si au lieu de M. Stop , un jeune officier qui n'a rien que la cape et l'épée, U se présentait un homme de mérite, un homme riche et tiu*é... M. le comte de Frankeinsten, par exemple, qui t'offrit sa main et sa fortune... qu'est-ce que tu dirais ?

HÉLÈNE , lui prenant la main avec tendre«e.

Oh ! mon bon oncle , je refuserais.

M. DE WUBTZBOURG.

Qu'est-ce à dire ?

MADAME DE WUBTZBOURG.

Cette chère enfant, elle a raison; elle aimerait encore mieux M. Stop.

HÉLÈNE

Du tout.

M. DE WUBTZBOURG.

Elle préfère le comte.

HÉLÈNE

En aucune manière, ni l'un ni l'autre.

MADAME DE WURTZBOURG

Et qu'est-ce quMl vous faut donc ?

M. DE WURTZBOURG

Qu'est-ce que vous voulez?

Rester comme je suis... Je ne veux pas me marier.

MADAME DE WURTZBOURG

Et pourquoi , s'U vous plaît ?

HÉLÈNE

Ah! c'est que j'ai lu un livre... non, un cahier, sur lequel sont décrits avec tant de vérité tous les inconvénients du mariage , que , depuis ce temps, je ne veux plus en entendre parler.

M. DE WURTZBOURG

Eh bien! parexemplel

HÉLÈNE

Tenez, mon oncle , lisez plutôt; (eiie lui donne le cahier) et VOUS vcrrez vous-même les inconvénients du mariage.

M. DE WURTZBOURG , aaiaiitant arec colère le papier qu U jeils aur la table, à gauche.

Qu'est-ce que c'est que de pareilles niaiseries? Croyez-vous que cela m'apprendra quelque chose?... et que je ne sache pas depuis longtemps à quoi m'en tenir ?

HÉLÈNE

Alors vous devez voir qu'il a raison. Et celui qui a écrit cela a tant de talent et de savoir, que j'ai toute confiance en lui.

AiR : J'en guetlê un petit de mon âge. D'après ce que je viens de lire , On aura beau me f opplier,

J'aimerais mieux, s'il faut le dire ,

Mourir que de me marier.

Oui , oui , ma tante , il dit dans son ouvrage Que de chagrin l'on meurt en s'épousant; Alors, autant vaut mourir sur^le-cbamp ,

On a de moins le mariage.

M. DE WURTIBOURQ,

A-t-on jamais va raisonnement pareil ? c'est TOtre tante qui vous suggère ces idées-là. Mais arrangez-vous; j'ai donné ma parole au comte de Frankeinsten; il doit venir aujourd'hui même, ici, à cette campagne, avec un ami qui fait ce mariage. J'entends qu'on le reçoive d'al^ord avec un air gracieux, heureux et joyeux. Après cela, nous verrons.

HÉLÈNE

Mais, mon oncle. ••

M. DE WURTZBOUaG.

Et s'il ne vous convient pas, si je suis obligé de retirer ma parole , je ne me mêle plus de voire avenir , et je vous renvoie à la ville cbe% votre mère.

HÉLÈNE , timidement et faisant la révéreoce en bainailt les yeux.

Oui, mon oncle.

MADAME DE WUBTZBOUBG.

Pauvres femmes! nous sommes toujours victimes de notre douceur et de notre soumission.

( Bas à Hélène en remmenant. ) VeUCZ , mOU CUfant :

du courage , résistez , et je vous soutiendrai.

( Elles sortent par la porte latérale à droite. )

Page 1