SCÈNE IIL
Les Précédents; HENRIETTE.
HENRIETTE
Bonjour, mon papa. (Apercevant Hector. )Ab!
notre cousin Hector! vient -il déjeuner avec nous?
HECTOB.
Non, coasine, je vais au châteaa de Bréval porter quelques ouvrages que j'ai là , dans mon tilbury ; mais soyez tranquille, je reviendrai pour le dîner.
GAUTHIER , à Maugtroo, «prêt avoir regardé Heoriette.
J*aurai là une charmante nièce... allons, Maugiron , une présentation officielle , qui me mette en droit de faire la cour... pour le compte de mon neveu.
HENRIETTE
Quoi ! Monsieur serait. . •
UAUGIRON.
Notre vieil ami Gauthier... tu sais, dont je t'ai montré la lettre.
GAUTHIER, àHaugiron.
Air de Julie.
En la voyant et si fraîche et si belle, J'ai du dépit, vraiment, d'<^tre aussi vieux.
(PassaDt auprès dllenrietie , qui baisae les yeux.) Quoi! pour cela rougir, Mademoiselle,
El roc dérober vos beaui yeuv?
Si devant ceux que charme tant de grâce ,
Vous persistez à le» baisser, 11 vous faudra désormais renoncer '
A regarder personne en iacc.
MAtJGIRON.
Gonunent! Gauthier, un madrigal !
HECTOR
Littérature ancienne.
GAUTHIER
Un madrigal d'oncle.
Que je trouve fort aimable.
MADEMOISELLE MAUGIRON
A propos d*homme aimable, et notre hôte, estce qu'il n'est pas encore descendu ?
HENRIETTE
Pardon, ma tante; il se promène dans le jardin.
MAUGIRON
Tu l'as va?
HENRIETTE
Par hasard , en allant cueillir des Qeurs pour la chambre de md tante.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Et, dis-nous, ce généreui inconnu s'est-11 un peu remis des dangers qu'il a courus pour moi?
GAUTHIER
Des dangers !..• un inconnu I... que signifie ?..
HECTOR
Est-ce qu'il y a un roman là-dedans ?
MAUGIRON
Oh non ! une aventure de deux lignes.
HECTOR
C'est égal , avec des marges et des vignettes , j'en ferai un volume.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Vous avez raison , et je m'en vais vous coater....
(Elle passe auprès de Gauthier. Benrietto s^éloigoe et va auprès de la table. ) MAUGIRON.
Ça n'en finirait pas... elle se promenait hier dans notre petit batelet , au bord de la rivière, trois pieds d*cau.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Trois pieds de vase.
( Hanrietle remonte la scèue.) MAUGIRON , avec iapttitt&oe.
Ça n'y fait rien.
HECTOR
Si vraiment ; c'ost plus noir, c'egt plus so» bre.
MAUGIRON
Le bateau a un peu dérivé , elle a eu peur, elle a crié... un jeune homme qui se promenait en pantalon blanc, et un livre à la main, s'est élancé dans l'eau jusqu'au! genoux.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Jusqu'à la ceinture.
MAUGIRON
A ramené le bateau à bord.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Et voulait s'éloigner, je ne l'ai pas voulu; je l'ai amené ici , pour proclamer son courage et ma reconnaissance; ma nièce* l'a remercié; mon frère lui a prêté un pantalon et une robe de chambre ; et moi , pour qui il venait de s'enrhumer, je Tai forcé d'accepter l'hospitalité pendant la nuit.
GAUTHIER
Sans lui demandei' son nom ?
MADEMOISELLE MAUGIRON
M'avait-il demandé le mien quand j'étais dans la vase?
GAUTHIER
Beau mérite!... se jeter dans l'eau an mois d'août , ça ne peut jamais lui compter que potu* un bain.
MADEMOISELLE MAUGIRON, avec iDdigoaUoo.
Ah 1 ce mot-là est d'un homme bien sec !... et je me flatte, moi , que nous recevrons souvent ce nouvel ami.
GAUTHIER
Que vous ne connaissez pas.
MADEMOISELLE MAUGIRON, prenant aitr la UàAe tm livre mouillé.
Je ne le connais que trop; voilà le livre qall portait sur loi... les poésies de Joseph Belome, soidignées aux endroits les plus Bavraats.
( Heorictle a repris sa place auprèa de sa taute. ) HECTOR.
C'est un des nôtres.
UNB MONOMANIË.
GAVTHIBR.
Belle garantie!
MADEUOISILLB M AUGIBON.
Gela noos garantit da moifis mie sensibU^ exquise , une mélancolie profonde , un dégoût amer delà Yie.
HBIIBIBTTB, vivement.
Ma lame a raiâon; car tout à rhaurt fai eansé avec loi au Jardin , et il y a tant de tristesse et de douceur dans son regard et dans sa voix ! on dirait qa^il a lieaucoup souffert, mais c'est ont raison pour le plaindre, et non pour le soupçonner, et il ne faudrait plus se fier à personne 8*11 y avait la moindre fausseté en lui.
GAtJTHIBB, robcervant, à part.
Aie, aïe!...
MADEMOISELLE HAUOIBON.
Très-bien, ma nièce; enfin tu t*exaltes,
HENRIETTE
Ah ! mon Dieu ! est-ce que j^anrais commis une inconséquence ?
6AUTHIBB , i ptrt.
Mon pauvre Emile I il est temps qu'il arrive. (Haut. ) Ail çà ! je vous demande la permission da revenir bientôt avec mon neveu, pour le présenter à sa prétendue.
HEGTOB.
Sa prétendue t...
OAUTHIEB.
Oui, Monsieur; ÉmHe Desgaudins, mon ne»
veu, qui, si vous voûte bien le permettre, demande aussi à se mettre sur les rangs, pour Daire sa cour à mademoiselle.
HEGTOB , allAiit vivement niprèa de Gtnihier.
Emile Desgaudins ?.*• Attendez donc... cdui qui avait une place dans les Domabies.
GAUTHIEB.
Précisément
HEGTOB.
Qui fidsait aussi des poésies vaporeuses?
GAUTHIEB.
Je n'en sais rien.
HBCTOB.
Je le sais; car j'ai de lui un manuscrit*
eAUTHIEB.
VeoB le connaissez ?
HEGTOB.
Je ne rai Jamais vu; mais si je n'ai pas d'autre rival à craindra..
«AUTHIBB.
Qu'est-ce à dire?
HEGTOB.
Rien, Monsieur; depuis quand l^vei^veos vu?
6AVTHIEB.
n y a unan, bpeuprès;et j'arrivedeGoimar.
HBCTOB*
C'est donc eela.*. (Lui mtMm u mau.l Pauvre homme!
GAUTHIEB.
Et en quoi , s*il vous plaît?
HBCTOB.
Je ne dirai pas un mot de plus , il y a des choses qu'on sait toujours assez tôt; je demande seulement que , dans le cas où M* Emile Desgaudins n'épouserait pas , ce soit moi , Hector Desvignettes... Votre parolt, à vous, et à Monsieur, cela iDe sufi^; et Je suis sûr de mon fait. Adieu, mes chers parents... adieu, ma Jolie fiancée !•••
(A Gautbier, d*un top pénétré. ) Mon ChCT MOUSieur...
ah I.,. (Briuqueneot.) Je yais déjeuner au château de Bréval, et Je reviens çllnçr ici
(U sort.)
MAUGmON, GADTHIER, Mademoisellb MAUGIRON, HENRIETTE.
IIAUGIBON.
Qu'est-ce que ça veut dh*e?... est-ce que ton neveu serait disparu?
MADEMOISELLE MAUGIRON
Est-ce qu'il serait marié ?
HSNBIETTE, à part.
Ah ! comme cela se trouverait bienl
GAUTHIEB.
Laissez-moi donc tranquille. Je craindrais plutôt qu'il ne fût devenu fou; car lorsque je me rappelle le style de sa dernière lettre... du reste , je vais le savoir; car il n'y a qu'une demi-lieue d'îd à Paris • et J'y cours.
MAUQIBON.
Et moi , Je ne soufirirai pas que tu nous quittes ; tu déjeuneras avec nous.
GAUTHIBB.
Et mon Beveu?
HAUGIBON.
Éerisrlui de venir ici te rejoindre; qn de mes gens montera à cheval, et avant deux heures tu auras réponse.
GAUTHIEB.
A la bonne heure; Je vais écrire.
MAUGIBON.
Moi, ihire seller un chevaL
(u Mru] HBNBIBTTB.
Moi , presser le déjeuner.
(EUe sort.) MADEMOISELLE MAUGIBON , tenant le Tolumt.
Et moi, achever de lire les notes tracées ai| crayon par ce Jeune homme. Ah ! il y en a une , surtout... un proverbe Mm : H vaut mimx
être endormi qu'éveillé, couché que debout, et mort que vivant. — C'est subliiiiel...
(EUeiort.) GAUTHIBfi , pendant que midemoûelle Mtugiron sort.
Toujours ses idées 1... Elle y tieut; ce qui me rassure, c'est que, chez elle, cane ya pas jusqu'à la coDsomption.