SCÈNE IL Les Précédents, HECTOR DESVIGNETTES
HECTOR , à U ctotonade.
James , détèle Zélia, et promène-la doucement, pour qu'elle ne se refroidisse pas.
GAUTHIER
Quel est ce jeune (iB^hionable ?
MAUGIRON
Un de nos cousins... un protégé de ma scrar.
MADEMOISELLE MAUGIRON
M. Hector Desvignettes.
HECTOR, préMntant un ballot de livre» à mademoiaeUe Miogiron.
Void , belle cousine, un nouTeau tribut que je Yiens vous offrir.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Vos derniers ouvrages.
HECTOR
Précisément
GAUTHIER
Monteur Desvignettes est auteur ?
HECTOR
Mieux que ça , Monsieur, je suis éditeur , Je suis lancé dans la librairie , la haute librairie ! celle qui domine Tépoque; car franchement, c'est moi qui ai fait la littérature actuelle telle qu*eDe est, je peux m'en vanter.
GAUTHIER
nn> a pas de quoi.
HECTOR
C'est moi qui ai ressuscité le moyen-âge.
Air : Ah! qu'il est doux de vendauger. Avec du vieux on fait du neuf.
Vive trciie cent neuf!
La littérature ici-bas.
Grâce à nous , je rc«pére.
Vient de faire un grand pas.
GAUTHIER • à part.
Un grand pas en arriére.
UNE MONOMANIE
MADEMOISELLE MAUGIRON
Toutes VOS publications oat uo succès... Votre dernier romaa , surtout , m*a fait frissonner I j'en étais toute pâle.
HEGTOB.
Vous êtes bien bonne.
MADEMOISELLE MAUGIBON.
Mon, vrai, c'était épouvantable !
HECTOR» d*aQ tir modeste.
Vous me flattez , trois meurtres et on viol.
MAUGIBON.
C'était déjà bien honnête.
HECTOR, avec satisfaction.
Il y en a le double dans celui-ci ; vous en serez contente. Et puis nous venons de lancer un nouveau journal hebdomaire, dans le genre à la mode, le Cauchemar... revue qui paraîtra tous les dimanches.
GAUTHIEB.
CeseragaL
HECTOR
Vous avez là le premier numéro que je vous recommande : il est enchanteur. Le râle d^un pendu, saynette. — Ode d'un amant aux vers qui rongent le cadavre de sa fiancée. Et puis le dernier acte d*un drame encore plus osé que tout ce qu'on a mis au théâtre : Le frère prêtre et la scntr morte , ou Pinceste dans la tombe.
GAUTHIER
Dans la...
Dans la tombe! la scène se passe dans la tombe.
GAUTHIER
Et nous sommes en France ! au dix-neuvième siècle!
HECTOR
Oui, Monsieur, la poésie ténébreuse, ki littérature cadavéreuse! il n'y a plus que celle-là où l'on trouve encore de la vie et de la fraîcheur. Nous laissons reposer l'adultère, qui est bien usé... on en a mis partout, et nous exploitons actuellement l'inceste ; c'est une idée qui est de moi , et que j'ai donnée aux jeunes littérateurs qui travaiUent sous mes ordres.
GAUTHIER
Gomment ! Monsieur, c'est la jeunesse qui imagine et décrit des forfaits pareils ?
HECTOR
Oui , Monsieur, des jeunes gens charmants, qui sortent du collège, n y a surtout un petit blond de dix-huit ans, des yeux bleus, une physionomie de demoiselle, 11 est étonnant pour les atrocités ! Il a, dans ce moment, un double assassinat délicieux, qu*U m'a promis pour la fin du mois. Nous
en avons fait le plan ensemble , en déjeunant au café TortonL
GAUTHIER
Ces gens-là mangent ?
HECTOR
Très-bien... ce sont de bons vivants.
Air da Yaudeville de Turenne, La lyre en main, pleins de mélancolie.
Astres mourants, pâles soleils!
Ils vont quitter rhorizon de la vie...
Mais hors de U... gras. Joufflus et vermeils. Du plaisir seul ils suivent les conseils. 11 faut les voir, quand le Champagne fume, Quelle galté! quel feu dans leurs discours! Et quel esprit!
GAUTHIER
Ils en ont donc?
HECTOR
Toujours.
GAUTHIER
Tant qu'ils ne tiennent pas la plume.
HECTOR
Et si VOUS les aviez entendus hier à dîner chez moi ; au milieu du punch et du vin de Porto , c'étaient des éclats de rire, des coq-à-l'âne, des calembourgsl...
GAUTHIER
Et vous pouvez vivre au milieu de cette atmosphère de crimes ?
HECTOR
Je ne vis que de ça , et je vis très-bien , car mes affaires vont à merveille. J'ai de bon vin en cave , de l'or en caisse ! vingt auteurs nouveaux dans mes magasins , et trois chevaux anglais dans mon écurie... C'est le moment de s'établir, de faire un bon mariage, et j'espère bien que le cousin Maugiron se décidera en ma faveur.
(Il remonte la scène.) GAUTHIER , à Blaugiroo.
Monsieur est un prétendant ?
Je n'ai rien promis; mais c'est ma sœur qui l'encourage.
MADEMOISELLE MAUGIRON
Sans me prononcer, parce que plus il y aura de concurrents, et plus ma nièce aura de chances pour une grande passion.
MAUGIRON
Taisez-vous donc, car la voici.