‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 428 sur 756 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CLICQDOT , Hadaub CLICQUOT , LOUISE,

(àu lever du rideau, madame CHcqaot, aanso aaprès de la table à droite , «^occupe à plier desaerriettea; Louiae, à la table à gaucbe , enlèTe quelques aiiiettes et la nappe dont elle était couverte , et les porte dans le fond sur une autre table qui se trouve derrière elle.

CLICQUOT 9 en eostnme de barbier , entrant par le fond et s*adresstnt à Louise.

Eh bien ! les étrangers qui ont descendu cette nuit dans notre auberge , sont-ils levés ?... ont-ils para?... ils ont Tair bien, n*est-ce pas?... sais-tu cequ^ilssont?

LOUISE

Non, mon père.

CLICQUOT

Moi , Je le sais ; le plus jeune est un anden officier de Napoléon , qui a servi le roi Murât, et qui plus tard proscrit, comme carbonaro, s'est enfui au Brésil , oà , ne sachant que faire, il a fait une fortune immense , pour se distraire...

MADAME CLICQUOT , se levant.

Est-U possible I

CLICQUOT

Je D*aurai Jamais de ces distractions-là. Aujourdliui , il revient en France. C'est son valet de chambre qui m*a raconté tout cehi. 11 arrive de

Nice, a couché dans mon auberge, la plus belle des tles d'Hyères, au Fiat d'Élain, Cligquot, harhier^ aubergiste , fait la barbe , la coiffure et les matelottes y le tout à juste prix. Air de Turenne.

Au Platd'Étain tenant auberge, Gicquot, barbier, perruquier et traiteur.

Reçoit, râse, nourrit, héberge...

D'un double emploi s'acquitte avec honneur, (bù.) Oui, des barbiers Je suis le Bonaparte, Nul client ne m'a reproché Que jamais je l'aie écorcbé.

(à part.) Si ce n'est peutrétr' sur la carte.

(Haut.)

Aussi Tanden offider du roi Murât est enchanté de moi.

MADAME CLICQUOT

U restera donc id ?

CLICQUOT

Non, il part; il veut se rendre aujourdlini i Toulon, où il a grande hâte d'arriver; pourquoi? je n'en sais rien, ni son domestique non plus; mais je le saurai.

MADAME CLICQUOT

Vous êtes si curieux... (vivement.) Et l'autre voyageur, ce vieux, qui a un air sombre, est-ce aussi un Français ?

CLICQUOT

Certainement, puisqu'il est Corse; c'est uo

LA GRANDE AVENTURE

gentilhomme d'Ajaccio; un gaillard en dessous, qui a Tair , comme on dit , de vous donner avec plus de facilité un coup de poing qu'une poignée de main : aussi , il faut être honnête avec lui. Esta montée dans son appartement ?

MADAME CLICQUOT

Vous savez bien que Je n*entre Jamais seule dans la chambre des voyageurs.

CLICQUOT

C'est Juste... tu es d'une rigidité de principes, je dirai même d'une sauvagerie!... on t'appelle partout la belle insensible ! ta réputation embaume les Iles d'Hyères, ça , et les orangers qui y poussent.

MADAME CLICQUOT

Je te conseille de plaisanter.

CLICQUOT

Je ne plaisante pomt, l'autre année, tu aurais été nommée rosière , si tu n'avais eu une fille et un mari ; à cause de cela , on t'a préféré une innocente, soi-disant... ce n'était pas l'avis de tout le monde ; mais Je me tais , parce que , dans notre état, il faut de la discrétion.

MADAME CLICQUOT

G*est précisément ce qui te manque , tu ne peux rien ganler.

CLICQUOT

Par exemple! J*ai une foule de secrets que je n*ai jamais partagés avec personne, pas même avec toi, qui es ma moitié; t'ai-je Jamais parlé des intrigues de la petite Justine, de la grande Félicité, de madame Gothereau, la femme du courrier de hi malle? quand le mari est en route, on dit que...

Air : Qu'un poète.

Mais silence, {bit,) Je sais, moi, ce qae j'en pense;

Oui, silence, {bit,)

Car je bais Les indiscrets.

De poire épicier Malbiea L'épouse n'est pas cruelle...

L'épdux vend de la chandelle; Mais il n'y voit que du feu.

Aussi ce fortuné père.

Quoique des plus contrefaits.

Bossu par devant, derrière...

M'a que des enfants bien faits.

Mais silence, etc.

Le philanthrope à côté Était un ancien gendarme.

Cte grand* dam' qui fait vacarme.

Fut danseuse à la Gaieté...

Enfin, la prude Charlotte, Qui fait toujours des sermons , (Louîm quitte U table , etf*approche de ion père pour écouter.) Eut, avant d'être dévote.

Trois cousins dans les dragons.

Mais silence , (bit,) Je laii moi ce que J'en pense ;

Hais silence.

Oui, silence.

Car je bais Les indiscrets.

Oui, je les hais , et pourquoi? parce que... (se

retoumaot ven Louise.) Ma fille , la discrétiOQ CSt Un

devoir pour notre sexe , comme elle est un ornement pour le vôtre.

MADAME CLICQUOT

Auras-tu bientôt fini?

CLICQUOT

C'est toi qui parles sans cesse ; mais c*est égal , continue ; je t'écoute , je suis bon mari , j'ai de la patience : il en faut I souviens-toi de ça, ma fille , quand tu auras un époux, une maison , des enfants!...

MADAME CLICQUOT

Si toutefois cela arrive jamais , car malheureusement, ma fille a des attraits, et pas de dot.

CLICQUOT

Gomme sa mère.

Oh ! ça n'y fait rien , et je connais quelqu'un qui , malgré ça , ne demanderait pas mieux.

CLICQUOT

Qu'il se présente ! et s*il a des talents , de la considération, de la fortune...

MADAME CLICQUOT

Et des moeurs.

CLICQUOT

Certainement ! ça ne peut pas nuire , c'est même beaucoup, quand on a le reste.

LOUISE

Dame! mon père, si vous êtes trop exigeant...

CLICQUOT

Sois tranquille ; c'est dans ton intérêt , tu n'auras pas à te plaindre, si Je te donne un équipage , avec une petite livrée. D'abord, J'ai un pressentiment que tu es réservée à de lM*illantes

destinées. (Vojant GalUardet qui paraît à U porto du

fond.) Qtt*est-ce qu*ll veut celui-là?

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