SCÈNE IV
Les PbÉCÉDENTS ; NELVILLE , entrant par la porte latérale à gauche.
CLICQUOT
Monsieur dâsire-t-il quelque chose? U n'a qu'à parier.
NELVILLE.
Est-il arrivé quelqu'un de Toulon?
CLICQUOT
Pas encore , mais si on savait de quoi il s'agit , on pourrait s'informer, on pourrait envoyer, nous n'avons que sept ou huit lieues tout au plus...
NELVILLE.
C'est inutile I c'est une lettre, un paquet que J'attends.
CLICQUOT
On vous le remettra aussitôt son arrivée. Monsieur veut-il déjeuner dans sa chambre , ou idà côté, à table d'hôte?...
Ici ? volontiers I Y a-t-il beaucoup de monde ?...
CLICQUOT
Sans doute, un voyageur, un gentilhomme corse, un vieillard. Je peux même vous dire qui il est , car j'ai lu son nom sur un nécessaire de voyage qui renfermait deux pistolets, trois poignards et des couteaux de poche.
NELVILLE.
Je vous remercie , Je ne tiens pas à savoir son nom.
CLICQUOT
Ni moi non plus. C'est M. de Subregondi, demeurant à Âjacdo I
NELVILLE.
Odel!
MADAME CLICQUOT
Subregondi!
CLICQUOT
Vous le connaissez?
NELVILLE.
Je ne l'ai Jamais VU...
CLICQUOT, & aa femme.
Et toi?...
MADAME CLICQUOT
Ni moi non plus; mais, il y a dix-huit ans à peu près, J'ai été femme de chambre d'une jeune dame qui portait ce nom , et qui était bien malheureuse...
NELVILLE.
Bien malheureuse I...
MADAME CLICQUOT
Elle retournait en Corse rejoindre son mari, mais Je n*ai pas voulu raccompagner jusque-là, etje suis restée ici.
CLICQUOT
Où je f ai épousée à cause de tes vertus.
NELVILLE.
Et combien de temps étes-vous restée près d^eUe?
MADAME CLICQUOT
Deux mois à peine ; elle m*avait prise à son service en rentrant en France.
Air du vaudeville de la Somnambule, Elle venait alori de l'IUlie, Elle était faible et paraissait souffrir; Mais sa pâleur la rendait plus jolie, £t l'on n' pouvait la voir sans la chérir!
Ma maîtresse et moi n' faisions qu'une... On sympathise avec les éir's souffrants. Il m' semblait doux de servir Tinfortune...
CLICQUOT, à part.
Qui lui payait de bons appointements.
NELVILLE. •
Ainsi, quand vous l^avez quittée, c'était en 1815?
MADAME CLICQUOT
Justement Gomment le savez-vous?
NELVILLE , avec embarras.
Je le présume ; vous m'avez dit tout à llieure qu'il y avait dii-huit ans! à peu près.... moi, à cette époque j'étais déjà parti pour Rio-Janeiro.
CLICQUOT
Cest égal , il paraît que vous connaissiez cette dame.
NELVILLE.
Moi! du tout
CLICQUOT
Il n*y a pas de mal; et c'était possible, vous pouvez ravoir rencontrée en Italie, quand elle voyageait, et que vous étiez au service du roi Murât.. Joachim Murât
NELVILLE, aévèremeut.
Hein ! qui vous a dit?...
Personne, ce sont des idées, des présomptions.
NELVILLE.
n suiBt Qu'on me serve à déjeuner! je quitterai cette auberge dès ce soir. Laissez-mot
CLICQUOT
Oui, Monsieur.
MADAME CLICQUOT
Encore une pratique que tu éloignes par tes bavardages.
CLICQUOT
Est-ce ma faute, s'il a servi le roi Miuat? Je suis sûr maintenant qu'il la connaissait, j'en mettrais ma main au feu... (a NeWiiie qui a^impa- Ueote.) Voilà, Monsieur; on va vous servir votre déjeuner, et avertir l'autre voyageur, (a madame GUcquot et à ta fiUe.) Allous! VOUS autres, à l'ouvrage 1
(ils sortent tout troit par la porte latérale & droite de racteor.)