NEUVILLE
Est-il possible?
SUBEEGONDI.
Sans savoir au juste ce que je dois , et si même je dois quelque chose... ce qui est hi positioa la [^us pénible. ',
NELVILLE.
Et comment cela?
SDBBEGONDI.
A vous, qui venez de me rendre im service d^ami , je puis vous faire connaître ma position; j*ai eu une femme, jeime , jolie...
NELVILLE*
Que vous avez perdue ?
SUBREGONDI.
Oui : il y a ime douzaine d'années, une maladie , une fièvre cérébrale... ce n'est pas sa faute , je ne luien veux pas, mais je lui en ai voulu, je lui en veux encore de sa tristesse continuelle !... je rai surprise plusieurs fois pleurant toute seule.
NELHLLE.
0 del ! vous pourriez soupçonner !.•«
SUBREGONDI.
Sans doute ; que pouvait-elle regretter? ce n'était pas moi, qui étais toujours là, qui ne la quittais pomt, qui ne l'avais jamais quittée qu'une fois en ma vie , et bien malgré moi.
NELVILLE.
Et pour quel motif?
SUBBEGONDI.
Un motif supérieur ; l'autre , mon compatriote, qui régnait alors, avait pris en mauvaise part quelques mots de tyran et de despote que j'avais lâchés tout haut sur son compte !... La police impériale était sur mes traces, et je m'étais réfugié , avec ma femme , en Italie, dans une maison de campagne aux environs de Florence , et près des bords de l'Arno ; j'y fus découvert, arrêté, et jeté dans ime chaise de poste qui me conduisit dans une prison d'état, où je restai un an.
NELVILLE.
G*e6t bien long.
SURBEGONDI.
Ça m'était bien égal , pour moi du moins ; mais pour ma femme!... Que faisait-elle pendant ce temps-là^... je ne l'ai jamais su, elle ne m'a jamais rien avoué; et cependant j'ai toujours eu des soupçons.
Sur qui?
SUBBEGONDI.
Sur tout le monde. D'abord, comme je vous disais : ses regrets, sa tristesse, quand on parlait de lltalie ; et puis une fois , quand elle dormait , je lui ai entendu prononcer un nom... qui n'était pas le mien... elle disait : Arthur.
NELVILLE.
Arthur? ,
SUBBEGONm.
Oui : elle me l'a dit, à moi, Jean-Jérôme- Joseph Subregondi.
Air du vaudeville du Charlatanisme.
J'en demeurai comme hébété.
NELVILLE.
Penl^tre vous crûtes entendre.
SUBBEGONDI.
Elle Ta deux fois répété.
Et je ne saurais m'y méprendre.
Un soupçon afTreux m'a saisi ; Car une femme , je suppose , Capable d'oublier ainsi Même le nom de son mari...
Peut bien oublier autre cbose.
Et si ce ne sont pas là des preuves...
NELVILLE.
Bien faibles, vous en conviendrez.
SUBBEGONDI.
Et c'est là-dessus , cependant , que je vis depuis une quiniaine d'années; attendant totyours que
m'eo arrive de plus décisives... lorsque, il y a quelque temps, feuilletant d'anciens papiers, de iSiU à 1815, des mémoires, des comptes écrits de la main de ma femme... j'ai vu : « Donné » deux cents francs, pour derniers gages, à Gé- » cile Gertrude , ma femme de chambre , qui m*a » quittée aux îles d'Hières. » Je me suis dit : Voilà donc le nom d'une des personnes qui ont été près d'elle pendant mon absence ; je me suis embarqué , j'ai appris ici que cette Cécile Gertrude avait épousé un nommé Glicquot , barbier , aubergiste, maître de cet hôtel; je veux la voûr, l'interroger , la forcer par l'or, ouïes menaces , à me donner tous les renseignements qui sont en son pouvoir ; et si , par ce moyen, je puis arriver à connaître le séducteur , je le poursuivraijusqu'au bout du monde.
nelVille.
Et s'il n'existe plus?
SDBREGONDI,
Peu m'importe !... lui, ou les siens; il faut que ça tombe sur quelqu'un... c'est mon existence, mon avenir... c'est une idée que je caresse à mon coucher , à mon réveil ; je crois voir le coupable, je crois l'entendre !... Depuis quinze ans , je le tue tous les soirs avant de m'endormir , et je recommence en me réveillant.
Quelle folie !
SUBREGONDI.
Vous ne connaissez pas comme nous le plaisir de la vengeance... la vendetta... la seule passion que le temps ne détruise point , et qui s'accroisse avec rage ; passion qui tient lieu de toutes les autres, qui vous fait vivre dans l'avenir, qui vous fait oublier le boire et le manger , car , avec elle, on n'a besoin de rien, on ne prend rien, et on engraisse*